Henri Gasc-Interview d’un résistant de Capdenac

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À 90 ans, Henri GASC dit Ripette a l’esprit clair et le verbe rapide.

Lui qui parle si peu de la Résistance à ses proches, le voilà heureux d’évoquer, sans forfanterie, devant un camarade, cette période dangereuse mais exaltante.

Quand il est contacté pour la première fois, en 1942, c’est pour une participation financière: deux francs, que lui demande son ami WEBER. Ce ne sera qu’une entrée en matière.
Chauffeur d’une locomotive à vapeur, il sera intégré dans le corps prestigieux des « mécaniciens », donc responsable d’une locomotive, RIP (il ne retrouvera le surnom de son enfance « Ripette » que beaucoup plus tard), est une recrue précieuse pour la Résistance, dans l’importante gare de triage de chemin de fer de Capdenac, carrefour de cinq directions, qui compte 120 « machines » (locomotives) dans son dépôt.
Parmi les 1500 cheminots, dont 240 mécaniciens, il y a 15 Résistants sous les ordres directs de René CANTALOUBE et GARCIA, du réseau « Résistance-Fer ». Leur chef de secteur est le Commandant MARC, commandant FTP du maquis d’Ols. Ancien des Brigades Internationales, le commandant MARC est un dur. Inflexible, redouté par ses hommes, mais terriblement efficace. C’est lui qui dirige les opérations de parachutage d’armes du causse d’Ols, qui sont ensuite réparties entre FTP et AS. Ce partage donne parfois lieu à des contestations. C’est ainsi que RIP, ayant caché dans sa cave une dizaine de mitraillettes avec leurs munitions, ainsi que des explosifs, doit un jour constater leur disparition…

Leurs rôles s’exercent dans trois directions :
le renseignement,
le transport (essentiellement des armes),
le sabotage.

Les « renseignements » essentiellement sur les transports allemands, sont transmis verbalement au commandant MARC, qui les achemine en morse vers sa hiérarchie à Toulouse. Les « transports » sont essentiellement assurés sous les tas de charbon des tenders: près de cinq tonnes de charbon sont nécessaires pour aller de Capdenac à Toulouse. La cachette ne sera jamais découverte. Il s’agit surtout du transport des armes et du matériel parachuté par les alliés. Mais à la suite de la rébellion des Croates de l’armée allemande à Villefranche, RIP recueille un jour à la gare deux des déserteurs pour les déposer à 15 km de là, dans les gorges de Najac.Le « sabotage » peut revêtir des formes très variées. Deux véritables faits d’armes émergent:
lorsque en juin-juillet 44 l’ordre arrive de bloquer au maximum toute circulation ferroviaire afin de retarder la concentration des Allemands sur le front de Normandie, RIP met à profit sa connaissance du fonctionnement de la gare: il prend part, sous la direction de René CANTALOUBE sur ordre de MARC, au plasticage du pont transbordeur qui dessert la rotonde, bloquant ainsi pendant plus d’un mois toutes les machines au dépôt. Il procédera lui même plus tard au plasticage de deux autres machines,
peu de temps après, chauffeur de locomotive chargé de conduire avec Gaston CALMETTE, mécanicien, un train de marchandises de Capdenac à Toulouse. Ils l’immobilisent dans le tunnel de Villeneuve, laissent à l’arrêt la moitié arrière du train, puis ayant parcouru trois kilomètres avec la partie avant, la lancent en marche arrière et sautent aussitôt de leur machine en pleine accélération. Le choc violent dans le tunnel produit un enchevêtrement des wagons chargés de minerai de zinc, et il faudra là encore plus d’un mois pour rétablir le trafic.

Mais les actes de sabotage ne s’arrêtent pas là. Toujours respectueux du matériel quand c’est possible, RIP s’enhardit jusqu’à contester l’ordre du commandant MARC de saboter les machinespar explosion. C’est ainsi qu’il réussit à convaincre MARC que plutôt que de détruire du matériel, susceptible d’être utilisé plus tard par la Résistance, il est bien préférable de démonter tout simplement la tuyère de l’injecteur. Les tuyères seront soigneusement empaquetées puis enterrées par CAUSSE, et récupérées à la Libération.
RIP raconte également, avec une retenue de bon aloi, comment début 1943, avec ses camarades REILLEMER, WEBER, CANTALOUBE, BOUYSSET et GARCIA, ils sont amenés à partager un repas avec… Jean MOULIN, venu pour donner à MARC des instructions précises (ils n’apprendront que plus tard l’identité de leur convive).RIP évoque ses regrets d’avoir parfois échoué, mais également les succès de ses camarades. Il cite son ami TOUZOU qui a fait franchir la ligne de démarcation (entre la zone occupée par les Allemands et la zone « libre », par le tunnel de Vierzon) de nombre de Résistants, et il se rappelle de son propre échec pour faire évader son ami CAPRARO arrêté au cours d’une rafle à Figeac, de la déportation (heureusement, celui-ci échappera à la mort).Entre autres aventures, il se rappelle comment, en déplacement dans le nord de la France, avec deux camarades cheminots, ils avaient réussi à subtiliser à Termer, près de Chaumont, son « Lüger » à un gradé allemand qu’ils ont enivré. Preuve à l’appui!Parallèlement, RIP, après avoir stigmatisé la rudesse du chef de gare allemand SS de Capdenac (exécuté à la Libération), signale en contrepoint l’attitude compréhensive du chef de dépôt, un Autrichien, déjà prisonnier de guerre en 14-18 à Auzits ( près de Capdenac). De nouveau prisonnier en 1944, RIP le rencontre par hasard dans un convoi, et il est heureux de pouvoir le faire libérer.Au delà des strictes actions de Résistance, RIP tient à rendre un hommage particulier à Madame BERGON responsable du couvent de Massip à Capdenac. Madame BERGON a pu cacher et héberger cinquante enfants juifs qui ont ainsi échappé à la mort. Elle a été décorée de la « Médaille des Justes ».

L’évocation paisible de ces faits authentiques serait incomplète si n’était pas signalé le refus catégorique d’Henri GASC, dit « capitaine RIP », de recevoir la Médaille de la Résistance qui lui était proposée

Propos recueillis par Pierre Figuet
le 18 juillet 2010 et le 1er mars 2011

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