Elections en Aveyron post-libération

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Les consultations électorales se sont multipliées du printemps 1945 à l’automne 1946. Rappelons pour mémoire :

  • 29 avril-13 mai 1945 : municipales
  • 23 septembre 1945 : cantonales
  • 21 octobre 1945 : élections de la 1ère Constituante
  • 5 mai 1946 : référendum sur le projet de Constitution
  • 2 juin 1946 : élections de la 2ème Constituante
  • 13 octobre 1946 : référendum sur le nouveau projet de Constitution
  • 10 novembre 1946 : élections législatives

Municipales 29 avril-13 mai 1945

Pour ces élections municipales, l’union des forces de la Résistance est maintenue partout, et à Decazeville une liste socialo-communiste est constituée. Face à la liste « d’Union républicaine antifasciste », une liste incomplète réunit trois militants du MRP.Toute la liste unitaire l’emporte haut la main. Il n’y a aucun élu MRP. Les six candidats communistes arrivent en queue. Ils constituent pourtant l’élément nouveau, avec l’élection de trois femmes, Mademoiselle Lestang, socialiste, Mesdames Goès et Argonès, communistes.

cantonales septembre 1945

SFIO:16 %
PC:12,4 %
Div. gauche:3,8 %
UDSR:8,5 %
Radicaux:23,5 %
Total:64,2 %8

Dans l’arrondissement de Villefranche, le succès de la gauche est massif (SFIO : 46 % ; PC : 21, radicaux : 17).

Dans le canton de Decazeville, Ramadier n’eut qu’un seul opposant, Raynal, du parti communiste. Il totalisa 4 008 voix contre 1 777 à son rival

Dans le canton voisin d’Aubin, le conseiller communiste sortant Edmond Ginestet dès 1940, réélu maire, il est à nouveau membre du Conseil général. Il a battu d’une assez courte tête Norbert Espinasse, secrétaire fédéral de la SFIO

A Capdenac ,election d’un maire SFIO ,Gres.

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élections cantonales françaises

Assemblée constituante du 21 octobre 1945

Par ordonnance du 17 août 1945, le général de Gaulle a choisi la représentation proportionnelle dans le cadre du département, et par celle du 21 avril 1944 il avait accordé le droit de vote aux femmes ; ainsi les conditions du scrutin sont considérablement modifiées par rapport à l’avant-guerre

L’effritement des positions résistantes perceptible dés les élections municipales du printemps s’accélère à l’élection de l’assemblée constituante du 21 octobre 1945. Les Députés sont élus selon le système de représentation proportionnelle suivant la règle de la plus forte moyenne dans le département, sans panachage ni vote préférentiel. (pour la première fois les femmes ont le droit de vote )

Les quatre députés élus

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Sont donc élus quatre députés dont un seul a résisté , Guy de Boyson*. Ramadier** a passé le guerre attendant la libération , Jean Solinhac *** de droite( MRP) transparent pendant l’occupation comme Joseph Bastide****

Guy de Boyson

D’une vieille famille catholique , DE Boysson a suivi ses études au Grand séminaire de Lyon , au lycée Janson-de-Sailly , aux facultés de droit de Paris et de Lyon, puis à l’École libre des sciences politiques. Il sortit diplômé en sciences politiques et docteur en droit. Engagé dans la Résistance au sein des maquis FTP, il est décoré de la croix de guerre. Secrétaire général des Forces unies de la jeunesse patriotique, il devient membre de lAssemblée consultative provisoire le 8 novembre 1944. Il y est nommé rapporteur du budget de la jeunesse , de l’éducation physique et des sports au cours de la séance du 29 mars 1945.

Ramadier

**Ramadier , présenté comme résistants par ses amis SFIO est en fait resté paisiblement à Decazeville sans être ni d’un côté ni de l’autre. En juillet 1942,le commissaire de police note « M Ramadier,ancien ministre , s’abstient de toute manifestation » A.D Aveyron DOS.201W69-75 Temoignage de P.Delpech : Ramadier a dit à son père « Que fait votre fils avec ses voyous alors qu’il y a le STO ? » François Vittori apporte un témoignage similaire : « pour Ramadier , maquis=bandits » .Son unique viatique est son vote négatif aux pleins pouvoirs à Pétain en 1940 .

***Jean Solinhac . Même en cherchant bien ,au niveau résistance , c’est le néant.

****Joseph Bastide (source Wikipédia)

Avocat , bâtonnier du barreau de Rodez , il n’exerce aucun mandat politique quand le Congrès républicain national lui demande de se porter candidat aux élections législatives de 1936. Après une intense campagne axée sur la dénonciation du danger communiste incarné par le Front populaire , il est élu au premier tour devant un candidat radical. Il rejoint, à la Chambre des députés, le groupe de la Fédération républicaine de France, le grand parti de la droite conservatrice de la Troisième République. S’étant abstenu lors du vote des pleins pouvoirs au maréchal Pétain le 10 juillet 1940, il effectue son retour en politique après la Libération du territoire en devenant délégué à l’Assemblée consultative provisoire en 1944. Il y prend position en faveur d’une plus grande clémence des Cours de justice. En 1945, lors des élections à la Première constituante, il conduit la Liste républicaine de défense agricole dont il est le seul élu. Il rejoint le groupe de l’Unité républicaine qui devient après quelques semaines le groupe du Parti républicain de la liberté. Son grand combat concerne alors la lutte contre certaines réquisitions de titres de presse, qu’il juge arbitraire. Il ne se représente pas aux élections à la seconde constituante et décède à Rodez en 1957.

Son activité résistante et même son activité tout court sont une page blanche en 1939-1944.

Saluons Emile Borel battu dans cette élection , protestant ,résistant , peu connu en Aveyron hors sa ville d’origine Saint-Affrique et pourtant brillant mathématicien spécialiste de la théorie des fonctions et des probabilités . Dreyfusard , il fait partie d’un quatuor d’amis prestigieux avec Jean Perrin , Paul Langevin et Pierre Curie fortement engagés à gauche. Il est ,en 1936 , avec Jean Perrin et Jean Zay , à l’origine de la création du CNRS. A noter qu’il est devenu député en 1924 en battant l’ultra catholique , le général Édouard de Castelnau, député sortant , ce qui n’est pas un faible exploit dans cette circonscription

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A comparer avec le scrutin national ,le verdict de ces élections en Aveyron est à l’inverse du pays qui a donné une large victoire à la gauche. Le département reste profondément conservateur et le restera ,élection après élection ,aujourd’hui en 2020 ,compris.

Referendum 5 mai 1946

Le référendum porte sur l’approbation ou non de la nouvelle constitution rédigée par l’assemblée constituante élue en octobre 1945.

Au plan national et en Aveyron ,le PC et la SFIO appellent à voter oui. Radicaux, républicains populaires et conservateurs à le repousser. Or dans l’Aveyron, c’est toujours le thème de l’école qui est la pierre d’achoppement .Il faut sauver l’école confessionnelle du danger marxiste ; les curés remobilisent à cet effet et réunissent les parents dans les villages pour les inciter à voter non au référendum.

Le non l’emporte avec même certains socialistes. Ces résultats sont accentués en Aveyron où le non l’emporte partout, même dans l’arrondissement de Villefranche (mais de justesse). La géographie du oui coïncide avec celle de l’implantation de la gauche.

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Le non au projet constitutionnel entraîne de nouvelles élections le 2 juin suivant, pour renvoyer à Paris une autre constituante et proposer une nouvelle constitution !

Eléctions du 6 juin 1946

Au plan national, grande stabilité ; le PC, le MRP et les radicaux consolident leurs positions ou progressent légèrement ,et légère régression de la SFIO .

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En Aveyron

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L’Aveyron reste un département conservateur, les Républicains indépendants arrivent en tête et font un score bien supérieur au score national de ce parti qui se classe au contraire en dernière position. Et, comme depuis cinquante ans, seul l’arrondissement de Villefranche donne la majorité à la gauche ; mais dans cette circonscription, les différences politiques s’accentuent, suivant les tendances profondes : le nord, c’est-à-dire la région du Bassin d’Aubin-Decazeville et Capdenac, cantons ouvriers, votent le plus à gauche, mais c’est à Aubin seulement que le communisme triomphe et s’enracine depuis 1929 ; le Villefranchois est toujours aussi radical, et les cantons ruraux du centre et de Najac toujours plutôt conservateurs.

La guerre n’a donc pas modifié les tendances réactionnaires de l’électorat aveyronnais, seul le PC a progressé spectaculairement et remporte un siège. Mais la concurrence communiste fragilise la position de Ramadier

Referendum 13 octobre 1946

Le projet de Constitution est adopté par l’Assemblée à une confortable majorité (443 voix) et acte la naissance de la quatrième République ; seuls radicaux, gaullistes et indépendants ont voté contre (106 voix) et cette fois le oui l’emporte à une faible majorité et une forte abstention.

Dans l’ensemble du département, 67 % des électeurs ont voté, 48,5 % ont approuvé le projet et 46,9 l’ont repoussé. Là encore droite classique a regagné du terrain.

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Elections législatives du 10 novembre 1946

Les listes sont les mêmes qu’en juin 1946 pour le MRP, la SFIO et le PC .Au plan national, on enregistre une stabilité globale par rapport à juin, avec une légère poussée de la droite et des pertes à la SFIO (24 sièges) et au MRP (3 sièges). Ainsi, en novembre 1946, la France a encore glissé à droite confirmant la tendance de juin. La République s’annonce donc moins nouvelle que prévue et souhaitée telle par beaucoup.

En Aveyron ,le MRP arrive en tête . A gauche, le parti communiste a encore gagné des voix (2 000) et la SFIO, nettement derrière lui, en a perdu environ 1 500. L’électorat ramadiériste continue de s’effriter.

Chaque grand parti obtient un élu comme précédemment (E. Temple, J. Solinhac, P. Ramadier et G. de Boysson

Si dans un premier temps dans de nombreuse villes du département on a assisté à un véritable retournement des valeurs et à un renouvellement des cadres par le bas , où par ailleurs les mouvements de résistance ont constitués un vivier au sein duquel ont été recrutées les élites nationales très rapidement l’influence des résistants s’est estompée , les corporatismes exacerbés et les forces réactionnaires ont redressé la tête et repris le département.. En Aveyron à l’exception du Bas-Rouergue dans un premier temps où Guy de Boyson de 1945 à 1948 et Edmond Ginestet de 1948 à 1951 y furent députés communistes , dés les législatives de 1951 la droite a repris la totalité des circonscription.(et pas le moindre résistant)

L’esprit de la résistance s’est peu à peu érodé en France . Dés 1947 , la plupart des grandes formations politiques cessèrent d’y faire référence mais dans l’Aveyron ,beaucoup plus rapidement qu’ailleurs.

Deuxiième Législature de la quatrième république (1951-1955) :

Quatre élus de droite : Jean Solinhac (MRP) Robert Laurens (Centre républicain d’action paysanne et sociale et des démocrates indépendants) Roland Boscary-Monsservin (RI) Emmanuel Temple (RI)

« …..L’esprit de la résistance ,c’était le respect de certaines règles et principes , tant dans la vie sociale que politique.On a instauré à la place , une IVème République qui , de dérives en dérives , allait devenir une réplique de la IIIème dont nous ne voulions à aucun prix le retour. Mener un si dur combat pour rendre à la France une nouvelle jeunesse , un dynamisme ,un esprit d’enthousiasme et de sacrifice pour finalement hériter d’un Ramadier en 1947….Amère victoire ! »

Serge Ravanel , polytechnicien ; officier de liaison du Mouvement Libération-sud ; chef national des groupes francs ; Chef des Forces Françaises de l’Intérieur ( FFI ) de la région toulousaine ; Chef de bataillon ;

Article de Pierre Loubière dans le Rouergue Républicain du 08/O2/1945. »Servir et non se servir »

« La résistance était belle….sous la résistance » me confiait un vieil ami…troublé par les faits et gestes de cette nuée de pseudo-résistants , fin 44 , début 45 qui nous a envahis. A tel point qu’à l’heure actuelle peu de leviers de commande sont encore aux mains d’authentiques résistants.Sous peine de compromettre à jamais les douloureux efforts de tant d’années de sacrifices , il n’est plus possible de tolérer l’ingérence de pareils individus dans les affaires dont ils ne saurait être que des profiteurs »

La plupart des notables aveyronnais ont baissé la tête (pour ne pas dire plus) pendant l’occupation et très vite après la libération se sont réappropriés les rênes de la cité et du département ,comme si la guerre 1939/1945 n’était qu’une parenthèse qu’il fallait vite oublier. L’éclipse partielle de ces notable locaux explique ce refoulement de mémoire et la rapidité avec laquelle ils ont reconstruit les traditions conservatrices du département et réinstallé la société rurale et bourgeoise d’avant guerre. Ce quasi complot du silence et ces temps qui flirte avec l’oubli impose la nécessité de rappeler l’histoire de la résistance en Aveyron , et surtout en Bas-Rouergue .

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