14 juillet 1944 dans l’Ouest Aveyron

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En ce mois de juillet , la Wehrmacht recule sur tous les fronts où elle est engagée (Italie , Normandie ) et à l’est c’est une quasi débâcle , l’armée rouge progresse de 20 km par jour.

En Bas Rouergue , depuis juin , l’administration vichyste n’y administre plus rien , le maquis d’Ols est chez lui. Les maires nommés par le préfet de Vichy dans les municipalités communiste d’Aubin , socialiste de Capdenac , radicales de Villefranche et Dcazeville sont virés et remplacés par des assemblées de patriotes. Essentiellement dans cette région de l’Aveyron se poursuit une vive activité résistante avec , depuis longtemps , la priorité à l ‘action directe. Le comité de libération du bassin engage la population , par tracts , à rejoindre le Front National . Des attentats frappent des cibles significatives : « Le 3 juillet les FTP enlèvent et exécutent à Coté de Decazeville le chauffeur de l’office de placement allemand » (A.D.Aveyron Dos.201W-76) , le lendemain toujours à Decazeville est abattu à la sortie de la direction des mines un officier de marine Allemand. Les comités de libération ont pris la situation en main et dirigent l’administration. Le comité inter-local du bassin houiller s’occupe du ravitaillement de la population et des maquisards , du maintien de l’ordre , de l’épuration , de la tutelle des mines et usines , de la création des FFI .

14 juillet 1944

Le CNR entendait faire du 14 juillet 1944 le prélude à l’insurrection nationale.
Il invita à la grève , ce jour ou le suivant, « si les hommes de Vichy esquivent l’épreuve de force en [en] faisant un jour férié » et préconise des manifestations appelées à clairement s’inscrire dans la perspective de l’insurrection nationale. Des instructions spéciales sont adressées aux FFI et FTP pour faire du 14 juillet une « journée d’attaques généralisées contre les occupants et les traîtres ».

Ces appel reproduit par l’Humanité est rejeté par la SFIO minoritaire au sein du CNR (Rappelons que depuis juillet quarante ce parti avait disparu , liquéfié , volatilisé sans même avoir été interdit).

L’appel de l’État Major FTPF est très clair« Le 14 juillet 1944 doit être un jour de rassemblement , de mobilisations et de combats qui donnent à tout le peuple français la mesure de sa puissance , qu’il va se jeter toute entier dans l’insurrection nationale en chassant l’envahisseur et en rétablissant toutes es libertés populaires. Français , Françaises , à l’appel du CNR , faites grève le 14 juillet(–)organisez des manifestations de masse aux monuments aux morts »

Le 8 juillet 1944 ,le C.I décida : De monter pour le 14 juillet une grande manifestation à Decazeville De déclencher le même jour une grève générale insurrectionnelle dans le bassin houiller du Tarn (Les responsables VENI ,C.F.L ,M.U.R des FFI ont été contactés et ont refusé de s’associer à ces manifestations )

Le 10 juillet , tous les détachements du maquis d’Ols intègrent l’appel de l’EM FTPF et se préparent à de grandioses manifestations pour célébrer la fête nationale dans les grands centres de l’Ouest Aveyron et dans les villages .

La commémoration du 14 Juillet dans l’arrondissement de Villefranche de Rouergue est d’une ampleur exceptionnelle , où se mêlent civils et soldats. Un défilé des FTPF a lieu auxquels se sont joints l’AS de Prévinquières et le maquis Antoine (Veny) venu du Naucellois .

Et à Decazeville , dans la nuit du 13 au 14 juillet 1944 , en silence , sans que la population s’en aperçoive, Vittori envoya un détachement FTP , commandé par le capitaine Louis Odru (alias Curie) qui investit Decazeville. Au petit matin , les points stratégiques étaient occupés par les troupes et la ville bouclée.

Le 14 juillet 1944 à de Decazeville , Viviez , Cransac et Aubin , tel que le raconte Marceau Coursières (H) (Dantès) dans la clandestinité) dans L’Humanité du 14 juillet 1994

 » Le bassin houiller fut libéré le 14 juillet. Le 14 juillet 1944 , le peuple de Decazeville et de tout le bassin houiller, après de longs mois d’une lutte douloureuse, est venu à bout d’une autre bastille. Celle-ci avait pour nom : le pétainisme , le fascisme , l’hitlérisme. En juin 1943 , durant l’occupation allemande , sur l’initiative et l’instigation du Parti communiste clandestin , un comité inter-local de libération s’est créé dans l’illégalité. Il siégeait à Decazeville , ayant comme rayon d’action le bassin houiller. Sa composition en était la suivante : Marceau Coursières (Parti communiste clandestin) ; André Cayrol (syndicat clandestin des mineurs) ; Raoul Froment (Front national) ; Irénée Raynal (Front uni des jeunesses patriotiques) ; Ernest Germes (personnalité socialiste). La région Tarn-Aveyron, dont je dépendais , m’avait confié la mission d’organiser une action de masse pour le 14 juillet 1944 qui avait pour but de promouvoir la résistance à un niveau supérieur et de progresser par là même vers la libération. Notre objectif était de sortir de la clandestinité et de prendre contact au grand jour avec la population. Cependant , pour entreprendre cette opération qui , normalement , devait porter un grand coup aux Allemands , il était nécessaire d’obtenir l’accord unanime des membres du Comité de libération et l’appui militaire des maquis , afin d’assurer au maximum la sécurité pour le cas où les Allemands seraient intervenus.

Pour être juste , il faut bien reconnaître que si par malheur une colonne allemande avait été dépêchée de Rodez vers le bassin il y aurait eu inévitablement combat , avec effusion de sang et aussi des représailles plausibles, à l’égard de la population. Mais, d’autre part l’envergure et la simultanéité de ces actions sur divers fronts à la fois paralysaient les nazis. Ils se sentaient de plus en plus menacés et débordés par la guérilla des maquis et le sabotage intensif de la production et des transports. Le principe donc de cette opération étant enfin accepté par le comité inter-local de libération, il nous fallait ensuite faire appel aux militaires pour le leur faire adopter et nous mettre d’accord sur l’organisation pratique. A cet effet nous avons pris contact avec les maquis d’Ols, commandés par François Vittori (alias Marc). Celui-ci avec son état-major nous donna son plein accord pour cette action décisive. C’est ainsi que dans la nuit du 13 au 14 juillet 1944, en silence, sans que la population s’en aperçoiv , Vittori envoya un détachement FTP , commandé par le capitaine Louis Odru (alias Curie) qui investit Decazeville. Au petit matin, les points stratégiques étaient occupés par les troupes et la ville bouclée. Ce fut une réussite totale , tant par le dispositif que par la discipline et le comportement de ces hommes en arme et en cotte bleue des FTP du 1er bataillon de l’Aveyron. Le matin donc , comme une traînée de poudre , la population apprend la nouvelle et progressivement s’agglutine devant la mairie , comprenant qu’il se passait quelque chose d’extraordinaire. Des alentours elle a accouru et vers 9 h 30 la place Decazes était noire de monde. C’est à ce moment-là que nous , membres du comité inter-local , avons gravi l’escalier et avons pris possession de la mairie. Je décrochais le portrait du maréchal Pétain et , le mettant en pièces , j’en jetais les débris en pâture à la foule déchaînée. L’émotion faisant place à un enthousiasme délirant , les applaudissements sans fin crépitèrent et les cris de joie jaillirent de la foule , couvrant comme une marée montante la place Decazes. De son côté, Pierre Bessac réinstallait sur son socle, dans la salle d’honneur, le buste de la République (…). Nous avons alors décidé spontanément de poursuivre sur cette lancée vers Viviez , Aubin et Cransac. La population criait des slogans et chantait «la Marseillaise» et autres chants patriotiques et révolutionnaires. Arrivés à la mairie de Viviez , il fut procédé par les patriotes au même scénario d’occupation que celui qui avait eu lieu quelques moments plus tôt à Decazeville. Et puis , continuant notre marche en avant , le cortège ne s’arrêta qu’à Cransac, avec nouvelle occupation de la mairie et même scénario. Enfin nous retournions sur nos pas pour terminer cette action victorieuse à Aubin. Ce jour-là, la population du bassin houiller prenait conscience qu’une longue période de souffrances , de privations et de malheurs allait prendre fin. L’horizon s’éclairait enfin , avec sans doute une ère nouvelle de paix et de liberté. Les nazis avaient-ils été surpris et avaient-ils surestimé nos forces , nul ne le saura jamais. Ce qui est sûr, c’est sûr, c’est que notre détermination et notre tactique avaient été confirmées et payantes.

Mais les nazis se vengeront en faisant une descente sur le bassin houiller le 10 Au terme de cette journée du 14 juillet 1944 , la population se dispersa , les troupes FTP se regroupèrent pour regagner leur campement et rejoindre aussitôt Carmaux où les combats faisaient rage. C’est ainsi que le 1er bataillon de l’Aveyron se distingua en participant à la déroute des nazis, jusque chez eux en Allemagne (…) ». Firmi-Marceau Coursières L’Humanité 14 juillet 1994

Dans un pays encore occupé , où l’ennemi traqué et furieux n’a pas fini de porter des coups , les populations du Bassin houiller , de Villefranche ,de tout le Bas-Rouergue ont eu , avec ces manifestations du 14 juillet , un avant-goût de la liberté.

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Le Libérateur

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