Le monde paysan aveyronnais en 1939-1945

Voir tous nos articles sur la résistance dans l’Ouest Aveyron : AveyronResistance.fr

A l’exception de l’ouest avec le bassin minier et sans grandes villes (Rodez et Millau autour de 20000 habitants) , l’Aveyron était en 1939/1045 essentiellement rural .Six actifs sur dix étaient des travailleurs de la terre , et trois habitants sur quatre vivaient de l’agriculture .L’idée de Pétain était de restaurer une société corporative, familiale, rurale et chrétienne. En Aveyron, cela au moins n’est pas douteux, cela lui assurait l’adhésion du clergé, des officiers de carrière, des notables politiques et administratifs, des propriétaires fonciers et surtout des masses paysannes qui adhéreront avec enthousiasme à l’idéologie pétainiste fortement influencées par le journal catholique « L’union catholique » et la corporation paysanne qui a son propre journal « Le Rouergue Paysan « (Voir chap. 1, § 7. )

La Corporation paysanne* est créée le 2 décembre 1940 par le régime de Vichy : c’est l’organisation corporatiste mise en place par la volonté du maréchal Pétain pour servir de point d’appui dans le monde agricole à la Révolution nationale .

A l’origine de la corporation paysanne l’Union départementale des syndicats paysans du Rouergue créée par le docteur Ayrignac Le 18 décembre 1938 qui veut bannir toute politique et tout commerce dans la nouvelle organisation ce qui ne l’empêche pas de parler de « la situation catastrophique dans laquelle a jeté la France malade, l’arrivée au pouvoir en 1936 de la coterie marxiste que nous avons vue à l’œuvre et dont nous subissons les effets désastreux. Aux pauvres masses aveuglées d’égoïsme, de jouissance matérielle immédiate, de jalousie et d’envie, il était impossible d’abandonner l’avenir du pays. La Solidarité a estimé qu’elle se devait de contribuer au regroupement discipliné des masses paysannes seules aptes à se sauver elles- mêmes, à sauver la France de la décomposition finale et à ramener les masses ouvrières à l’exacte compréhension des nécessités et des besoins communs à tous les Français. » On retrouve là tous les thèmes qui vont fleurir sous la Révolution Nationale. Le 1er décembre 1941 a lieu l’assemblée générale constitutive de l’Union régionale corporative du Rouergue. L’Union régionale corporative dépend de la Corporation paysanne, seul organisme représentatif de l’agriculture (loi du 2 décembre 1940).

Les responsables aveyronnais de l’Union régionale corporative paysanne du Rouergue se recrutent essentiellement parmi les notables , souvent liés à l’Église aveyronnaise . Le docteur Ayrignac est nommé délégué régional , son adjoint le docteur Touzery appartient à la famille Touzery qui dirige le principal journal de l’Aveyron, l’Union Catholique , journal totalement engagé et développant les thèses de la Collaboration . Le 24 juin 1940 , Ayrignac s’adresse directement au Maréchal Pétain . Partisan d’un pouvoir fort et autoritaire qui privilégie le retour aux traditions , il redoute des troubles sociaux et la Révolution : « Le Salut de la France ne se réalisera que par un pouvoir qui frappera vite et fort pour ne pas laisser aux embusqués de l’Armée Rouge , la France, le temps de se ressaisir et de préparer une nouvelle Commune sous le regard des Allemands . Les Français n’ont pas besoin d’aller chercher hors de leurs frontières , ni des doctrines , ni des exemples pour conduire leurs affaires ; ils n’ont qu’à regarder dans leur passé et reprendre leurs anciennes traditions ». La corporation paysanne avec son journal « Le Rouergue paysan » exerce une grande influence sur le milieu paysan a priori très réceptif aux valeurs pétainistes et qui restera imprégné de maréchalisme militant jusqu’à l’été 1944.(Le paysan , »soldat du maréchal ») Par ailleurs ,un abondant et puissant clergé catholique exerce sur la campagne un magistère moral sans faille « Ici l’esprit porte soutane »

Incontestablement , le monde rural paysan a su bien souvent tirer partie de la situation pour s’enrichir . Les rapports des préfets dénoncent , statistiques des caisses d’épargne et rapport des services des fraudes à l’appui , l’enrichissement et la cupidité des ruraux . Dans la caisse d’épargne de Rodez , les taux de couverture des versements sur les retraits passent aux niveaux exceptionnels de 325  % en juillet 1943, 268 % en janvier 44 , et 297 % en juin 1944 . Ainsi , sans aucun doute , la prospérité de certaines familles , gros paysans ,maquignons , commerces de gros , commerçants) trouve aujourd’hui son origine dans les activités légales ou illégales effectuées pendant l’occupation.

La perméabilité à Vichy va forcément de pair à une imperméabilité , pour ne pas dire une grande réticence des ruraux aveyronnais envers la résistance . Si ici où là le soutien logistique et moral a été important (Maquis d’Ols), sa sous représentation dans la résistance est manifeste , quelques petits %(et quasiment jamais dans les FTP) alors qu’ils sont ultra-majoritaires dans la population . Dans la martyrologie Aveyronnaise ,on trouve de nombreux paysans , victimes civiles ou otages mais jamais pour fait de résistance. De plus ,la présence importante dans la résistance armée aveyronnaise (surtout dans l’Ouest Aveyron) : Espagnols ,tchèques ,insoumis italiens,polonais ,Allemands antifasciste heurtait l’opinion publique paysanne largement pénétrée de xénophobie. Pour les ruraux il était inadmissible « de laisser les campagnes sans aucune protection ; qu’ils vont être non seulement à la merci des maquis mais aussi du premier malandrin venu » (Rapport des RG 9juin 1944 A.D.Aveyron Dos. 201W-75)

Au sein du CDL aveyronnais(Comité Départemental de Libération) il n’y a eu aucune représentation paysanne du fait que n’étaient représentés que les groupements ou partis politiques ayant fait de la résistance en tant que collectivité.

En résumé ,la paysannerie aveyronnaise par conservatisme et par intérêt s’est accommodée d’un régime dans lequel elle se reconnaissait et qui favorisait pour beaucoup leur enrichissement

Rapport des Renseignements Généraux du 29/07/1943 ( RG 29-07-1943 ADA 201 W 74) « Le paysan très croyant , d’opinion éloignée de tout excès , tenu par une prudence instinctive , loin des manifestations tapageuses , moins touché que l’ouvrier par la misère et la Relève , semble devoir être moins hostile à la politique du gouvernement . Mais, les difficultés actuelles auxquelles il se heurte lui font souhaiter le retour à une économie plus libérale . Il tend à opposer une résistance passive aux taxations . Trop ennemi des aventures pour prendre nettement parti , il souhaite que les événements favorisent le retour de la liberté économique d’autrefois . En résumé , la richesse de son sol et la variété de ses produits assurent au département de l’Aveyron une situation privilégiée . Un afflux permanent des personnes des départements plus touchés par les privations a développé le marché noir qui se généralise . Les paysans y ont puisé une richesse apparente , tandis que l’ouvrier ou l’habitant des petites villes subissaient les conséquences de salaires insuffisants devant la cherté de la vie. Le malaise économique est si profond qu’il tend à établir une opinion commune défavorable à la politique intérieure et extérieure du gouvernement « .

A la libération . Le Gouvernement provisoire déclare nuls tous les textes relatifs à l’organisation corporative de l’agriculture (ordonnance du 26 juillet 1944) et propos La création du comité d’action agricole chargé de remplacer la Corporation paysanne .

La composition du comité départemental d’action agricole chargé de gérer et de liquider les services de la Corporation paysanne suscitera de sérieuses réserves (annonce de la composition le 13 octobre) .La composition a été faite de façon confidentielle. Trois de ses membres faisaient partie du Conseil Régional corporatif « de feu la Corporation paysanne du Rouergue » où « ils siégeaient à côté de l’ex-chef départemental de la Milice dite Française . Ainsi, sur les huit membres nommés, six sont originaires de la Corporation paysanne. L’administrateur provisoire chargé de la liquidation des biens de la corporation était ,excusez du peu ,son ancien conseiller financier .

La corporation n’existait plus mais les intérêts qu’elle représentait ,notamment ceux des gros propriétaires ne risquaient aune mise en cause .

Le 29 avril 1945, environ 260 syndicats sont convoqués pour élire dans chaque canton, à bulletin secret, un délégué cantonal. Le 30 avril est formé le bureau de la Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles. Jean Lacombe, ancien membre de la Corporation paysanne, ancien maire destitué par Vichy, radical, est élu président. On retrouve nombre d’anciens de la Corporation paysanne dont Chayrigues, le père du gendre du docteur Ayrignac.

La Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles(FNSEA), fondée en 1946 nommera comme secrétaire général ,René Blondelle, ancien syndic régional de la Corporation paysanne pendant l’occupation qui sera ensuite président de la FNSEA de 1949 à 1954 …..Aux élections professionnelles de 1946 ,la plupart des dirigeants reviennent ,après une courte épuration ,aux postes de commande. Si on examine la liste des présidents et secrétaires généraux de la FNSEA jusqu’en 1961 ,on s’aperçoit qu’ils ont fait partie de l’organisation corporatiste.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s