L’église en Aveyron en 1939-1945

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l’Aveyron est quasiment sous la coupe et les directives de l’église. Le clergé est surabondant, les écoles religieuses pléthoriques et la plupart des notables catholiques. On comprendra que les représentants de l’église locale, avec à leur tête l’autocrate Mgr Challiol adhéreront sans restriction à la révolution nationale de Pétain et ce sera le cas jusqu’aux tout dernier jour de l’occupation.

L’église a soutenu massivement Pétain et jusqu’aux derniers jours de la libération La venue au pouvoir du maréchal combla les vœux du clergé aveyronnais, comme l’essentiel de l’église française. La Révolution Nationale avait trop de points communs avec la doctrine sociale de l’église pour ne pas la satisfaire. Les prises de position de la hiérarchie catholique confortaient l’ultra-conservatisme du monde paysan aveyronnais. Le soutien de l’église au maréchal fut largement édité par les lettres pastorales, par les prêches et le journal aveyronnais « L’union Catholique » . Département largement catholique, le diocèse est dirigé en autocrate par Mgr Challiol depuis 1925. Aumônier militaire, il a servi sous les ordres de Pétain et est connu pour ses positions conservatrice (c’est un euphémisme) contre le Front populaire, en faveur de l’école libre et d’une morale rigoriste; en résumé, pas carrément un progressiste, plutôt franchement réactionnaire…Il s’appuie sur un clergé nombreux à la tête de 670 paroisses. (en 1939 , 250 jeunes se préparent au sacerdoce au grand séminaire de Rodez) 370 établissements divers d’enseignement totalisant 22000 élèves concurrencent l’école Laïque.( Une revue religieuse notera, en octobre 1940, que « jamais nos écoles n’enregistrèrent au premier jour un chiffre si élevé d’élèves » Même les petits séminaires croissent de 731 en 1940 à 822 en 1943)

Les ennemis de la France, de la famille, de la religion, juifs-franc-maçon-communistes-étrangers largement désignés avant 1940 resteront sous vichy les bêtes noires du clergé désignés abondamment par leur presse, l’Union Catholique, la Croix de l’Aveyron, la revue religieuse de Rodez Etc…

Les cardinaux et évêques de la zone libre réunis à Lyon et ceux de la zone occupée à Paris le 19 février 1941 (Article rédigé par Pierre Fau, rédacteur en chef du journal ultra-collaborationniste « La Croix de l’Aveyron » Il sera exécuté à la libération

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La croix de l’Aveyron-Pierre Fau rédacteur en chef 19/02/1941

Les revues de l’église n’hésitent pas à user de stéréotypes et d’expressions antisémites qui créent une image diabolisée du juif.

La croix de l’Aveyron 14 septembre 1941
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Revue religieuse de l’Aveyron 20 novembre 1942
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Revue religieuse de l’Aveyron 23 octobre 1942

Les journaux aux écrits franchement antisémites, ne feront pas l’objet de la moindre réserve de Mgr Challiol. Ce dernier, du reste, et au contraire de certains évêques tels Mgr Saliège à Toulouse n’élèvera pas la moindre protestation contre la déportation des juifs.

Mgr Challiol à propos de :

Pétain : »Il nous montre en lui l’homme providentiel qui est toujours là pour servir le pays et le sauver(…) L’ordre revient, le travail reprend, le pays respire et se relève(…) faisons seulement confiance au chef providentiel » (Mars 1941)

Vichy : Nous devons aider un régime qui renie les erreurs du passé, pour adopter une conception française et chrétienne...(Mars 1942)

La révolution nationale : « Nous ne nous priverons pas de faire entendre qu’il est, en dehors de la profession spéciale de chacun, une profession générale et de grande classe, celle de tous les français, qui nous consacre tous ouvriers de la restauration national...(Février 1944)

Autres exemples d’écrits antisémites de la presse du clergé pour lesquels Mgr Challiol n’a pas soulevé la moindre réserve ( Pas plus que face aux rafles des juifs dans l’aveyron) :

Revue religieuse de Rodez du 18/09/1942 : « Les juifs ne sont pas comme le commun des mortels; ils ne s’assimilent pas. A l’heure où le gouvernement demande aux agriculteurs de produire, les juifs trafiquent, démoralisent les gens des campagnes…cultivent le mécontentement…se conduisent en véritables parasites sociaux, ne produisent rien, s’enrichissent au dépend de la communauté…

Et notons à la fin du texte  » Et c’est pour ces motifs que le Haut commissariat aux affaires juives commence à les expédier dans des camps de concentration »

Revue religieuse de Rodez(18/09/1942)

Revue religieuse de Rodez(18/09/1942)

Le STO et l’église

Le clergé et le STO : Pierre Fau, rédacteur en chef de l’Union Catholique du 6/7/1943 : »Les Français doivent comprendre que la LVF contre le bolchévisme, que nos ouvriers, nos jeunes envoyés en Allemagne, travaillent à la défense du continent, donc de la France »

L’évêque de Rodez s’engage par ses directives, en faveur du STO .

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Revue religieuse de Rodez 19/3/43

L’éducation

Dans l’éducation, le clergé s’inscrit totalement dans la nouvelle France qui rejette « l’odieuse législation laïque »

Revue religieuse de Rodez 6 septembre 1940

Ainsi, a lire les journaux catholiques, on n’y trouvera l’expression d’aucune réserve face au nazisme et jusqu’au début de 1944 Mgr Chaillol renouvelait ses appel à l’obéissance à Vichy et la condamnation de la résistance.

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Revue religieuse de Rodez 22/10/1943

Les silences du clergé sous l’autorité de Mgr Challiol sur les publications antisémites et la rafle des juifs, l’engagement de l’évêques en faveur du STO et sa constance collaborationniste pendant quasiment toute l’occupation feront qu’il figurera dans la liste des 22 évêques « indésirables » à épurer à la libération. Sanction qui ne lui sera pas appliquée. Non seulement il ne sera pas inquiété mais il présidera scandaleusement les funérailles des 30 victimes de Sainte-Radegonde , le 20 août, et restera a son poste jusqu’en 1984.

On pourra lire dans le N° 14 de Résistance : Mgr Challiol, vous êtes vous souciez de mes camarades et de moi-même? Vous-êtes vous attendri sur notre sort lorsque nous avions pour seule nourriture journalière une louche de rutabagas bouillis, à midi et le soir, et 200 gr de pain?…En 14 mois,j’ai maigri de 22 Kg. Vous ne vous êtes jamais ému de notre misère et votre charité chrétienne est à sens unique, en faveur des traitres …..« 

.( « l’épuration a été réduite a la collaboration de plume ou à la répression policière ou crapuleuse la plus indéniable , le haut clergé a été explicitement exclu du champ des recherches et des questionnements , et en ont pratiquement disparu le capital financier , l’armée , la magistrature-sauf notable exception-la police dans son ensemble ».)  « La NON épuration En France » de 1943 aux années

1950 » Annie Lacroix-Riz Edition Armand Colin

A la libération, l’épiscopat de France sera le corps spécial le moins touché par l’épuration

Nota : Si le département à une majorité catholique écrasante, il existe une importante communauté protestante implantée implantée à Rodez et dans les villes du Sud telles que Millau ou Saint-Affrique. Celle-ci a parmi ses membres des personnalités influentes au niveau du département comme les industriels Léon Freychet, directeur des caves de Roquefort ou encore au niveau national tels que le mathématicien Emile Borel et son épouse Camille Marbo, écrivain de renom.(Très lié avec Marie Curie, Paul Langevin et Jean Perrin tous Dreyfusards, Emile Borel est avec Jean Zay à l’origine du CNRS)

Cette communauté protestante, à contrario de la communauté catholique, a eu, entre autres, deux grands résistants :

Alfred Merle, patron Gantier, chef départemental de Combat arrêté le 6 février 1944 par la Gestapo de Rodez, décédé le 11 du même mois suite aux tortures endurées .

Léon Freychet, directeur des caves de Roquefort, chef départemental de l’Armée secrète arrêté par la Gestapo le 3 mai 1944, torturé et déporté à Buchenwald, il en sera libéré le19 avril 1945

Alfred Merles, Léon Freychet résistants alors que l’essentiel des professions gantiers et des caves de Roquefort se sont vautrés allègrement dans la collaboration voir : 1944, l’épuration en Aveyron

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