1939/45 Résistance en Bas-Rouergue

Voir tous nos articles sur la résistance dans l’Ouest Aveyron : AveyronResistance.fr par Guy Calmels

aveyron 1939-1945

Sommaire

Nota :

Cliquer sur les noms ou mots surimprimés en rouge ou souligné en rouge dans le texte renvoie au Maitron, à wikipédia ou autres)

La lettre (H) accolée à un résistant signifie son homologation pour faits de résistance par le Ministère des Armées

I-L’Aveyron en 1939-1944 I-I-Démographie I-2-L’économie I-3-L’Aveyron politiquement I-4-L’église I-5-Les notables I-6-Les préfets I-7-La presse I-8-Le monde paysan

II-L’Aveyron et la drôle de guerre

III-L’armistice

IV-L’Aveyron avant Vichy

V-L’Aveyron sous le régime de Vichy V-1-La répression V-2-Organisations pétainistes V-3-Le STO V-4-Le clergé

VI- Invasion et occupation de la zone libre

VII-La résistance en Bas-Rouergue VII-1-94O VII-2-1941 VII-3 1942 en Aveyron- VII-4-1943 VII-5-1944

Annexes

-Sigles

-Vittori François-Commandant Marc dans « Le Maitron »

-nterview d’un Résistant de Capdenac (Aveyron) -réseau « résistance fer »

-Malraux résistant ?

Les luttes populaires en Bas-Rouergue ont fortement marqué l’histoire de cette région depuis le soulèvement des croquants en 1643, pendant la révolution française (Les émeutes de Privezac, Peyrusse, Bournazel), la riposte au coup d’état du 2 décembre 1851, les luttes incessantes des travailleurs de la mine et des forges du bassin houiller (La grève sanglante d’Aubin en 1868 et la grève de Decazeville avec « l’affaire Watrin » en 1886 etc….

Les années d’occupation n’ont pas failli à la tradition de l’Ouest Aveyron rebelle, où les Allemands et Collaborateurs n’ont jamais réussi a imposer l’ordre nazi.

Nombres de Résistants ont été oublié, ce texte essaye, eu égard à leurs combats, de les citer autant que faire ce peu, et raconter leurs actions.

I-L’AVEYRON EN 1939-1944

Département vaste, au cinquième rang national, l’Aveyron appartient au Massif central, mais il fait figure d’arrière-pays pour le Languedoc viticole ou la région toulousaine. En 1939, l’Aveyron c’est 3 arrondissements, 47 cantons et 307 communes .

I-1 Démographie

A la veille de la guerre, l’Aveyron est un département fortement conservateur dans les domaines économiques et sociaux et excessivement marqué par le catholicisme.

EN 1939 le département est rural et agricole majoritairement, excepté le bassin où y vit un dixième de sa population. Affaibli déographiquement le point culminant de sa courbe démographique est en 1886 avec 415 826 habitants, et après une phase de régression, phase qui se poursuit au-delà de la deuxième guerre mondiale, 311700 hab en 1939 .(Hécatombe de 1914/1918, le département a eu 15000 tués*, émigration massive de ses enfants, le code civil qui a la place du droit d’aînesse de l’ancien régime a institué l’égalité des enfants devant l’héritage ce qui implique le partage des exploitations agricoles comme de tous les avoirs mobiliers( l’enfant unique pour sauvegarder l’intégralité de la propriété).

*Sur une population de 370 000 habitants en 1914, l’Aveyron a eu 4,05 % de pertes pour 3,29 % au plan national.

Depuis la fin de la guerre de 1914, compte tenu des besoins de main d’œuvre un important prolétariat immigré est venu s’installer en Aveyron. Jusqu’à la guerre de 1914 le département ne connut pas d’immigration étrangère mais au contraire un exode rural important vers la région parisienne majoritairement mais aussi dans d’autres régions françaises voire à l’étranger. Dés 1921, conséquence de la guerre et du déclin démographique qu’elle a accélérée, le département compte déjà 5180 étrangers essentiellement pour travailler à l’exploitation du bassin houiller de Decazeville. C’est le début de l’arrivée des colonies espagnole. polonaise ,italienne,Tchèque, yougoslave etc…

Le département a donc profité de la politique d’accueil de main-d’œuvre étrangère en France, très ouverte durant l’entre-deux-guerres pour pallier le manque de main d’œuvre. Il faut distinguer deux fortes cohortes , l’une de Polonais et l’autre d’Espagnol évalués au 31 décembre 1939 à 10000 unités qui travaillent surtout dans le bassin. La colonie espagnole, la plus importante, est très hétérogène, elle est formée d’émigrés économiques installés durablement et de réfugiés politiques fuyant le franquisme qui s’impliqueront fortement dans la résistance notamment avec, par ex. la neuvième brigade de guérilleros (FTP MOI)

Nota : les ganteries de Millau n’utilisaient pas d’ouvriers étrangers, ce métier impose une main d’œuvre extrêmement spécialisée.

I-2 L’économie

Au point de vue économique l’Aveyron à la veille de la seconde guerre mondiale est surtout agricole avec une dominante rurale : 6 actifs sur 10 sont des travailleurs de la terre et trois habitants sur quatre vivent de l’agriculture.

L’ouest du département est une exception avec le bassin houiller où se concentre une grande activité houillère et métallurgique et Capdenac avec un important nœud ferroviaire et, en corollaire, une forte concentration ouvrière. ( 9000 travailleurs en 1939 pour le bassin et 1400 cheminots à Capdenac) Le bassin houiller de Decazeville (Combe, Aubin, Cransac, Firmi) a une étendue de 90 km² et renferme des couches dont l’épaisseur s’élève parfois à 80 mètres et plus. Longtemps le charbon fut exploité en découverte et en 1939 les galeries souterraines prennent la place principale. La production annuelle moyenne est d’un million de tonnes soit le 7ème rang français. La société Commentry-Fourchambault réunit dans un même groupe mines de houille, mines de fer, une usine métallurgique (charpentes ,tubes d’acier et pipeline) avec les fours à coke et d’importants ateliers de fabrication. A Decazeville s’est installée aussi une usine moderne d’utilisation industrielle du Gaz et sous produits fournis par les cokeries. (Ce gaz servira pendant la guerre au fonctionnement des véhicules) La fonderie de Viviez et le laminoirs de Penchot produisent 23 % du zinc français . L’arrivée du chemin de fer au milieu du XIXème siècle avec l’implantation d’une étoile ferroviaire à 5 branches a fait de Capdenac la plaque tournante de tout le sud du Massif Central en reliant les villes de Brive ,Toulouse , Cahors , Rodez et Aurillac et a conditionné le développement de la ville et de la région .

Millau premier centre de ganterie de France ; le travail des peaux occupe plusieurs milliers d’ouvriers et d’ouvrières.

La France de Vichy présentera aux yeux de l’ennemi deux charmes majeurs, sa neutralité bienveillante dans le conflit et sa richesse. C’est le plus grand pays industriel occupé par l’Allemagne, une production considérable et une main d’œuvre hautement qualifiée. Et plus encore que la production , c’est cette main d’œuvre qui attire le Reich privé des millions d’hommes qui combattent en Russie

Et naturellement, comme partout en France, prés de 3000 travailleurs du département seront requis au service de l’Allemagne hitlérienne et une grande part de la production agricole et la plupart des activités industrielles aveyronnaises seront accaparés par l’économie de guerre du Reich. Le charbon servira, entre autres, à alimenter la kriegsmarine basée à Bordeaux et les convois SNCF de la vallée du Rhônes. Le gaz produit par la cokerie de Decazeville sera utilisé au fonctionnement des véhicules allemands. Le cuivre et le bronze produit à Boisse-Penchot partiront en pleins wagons vers l’Allemagne. D’énorme quantités de moufles et de gilets fourrés produits à Millau équiperont les combattants allemands sur le front Russe. Etc ….

I-3 l’Aveyron , politiquement

A la veille de la guerre le département de l’Aveyron ressemblait politiquement à ce qu’il était au début du siècle A l’inverse du pays qui a donné la victoire au Front Populaire, l’Aveyron considéré comme un espace rural traditionnel et archaïque est resté profondément conservateur pour ne pas dire réactionnaire et a peu profité des bouleversements économiques et sociaux des élections de 36. Le seul élément nouveau se localisait dans le bassin industriel et houiller de Decazeville avec la présence depuis la fin du 19ème siècle d’un prolétariat combatif et nettement marqué à gauche. Les notables ont gardé par ailleurs une position et une influence quasiment inchangée depuis la période pré-révolutionnaire. Rodez , ultra conservatrice a pour maire Raymond Bonnefous élu en 1935 poste qu’il conservera pendant toute l’occupation de la ville par les Allemands(Le docteur Luis Bonnefous père de Raymond pris part à la ligue catholique du Rouergue dont il fut le vice-président, sa fille présidente de la jeunesse féministe catholique et le petit fils président de la jeunesse catholique )

Millau malgré une forte population ouvrière a un maire de droite Caussignac( qui sera frappé d’indignité nationale à la libération) Au contraire, le Bassin houiller , compte tenu de son prolétariat a élu Ramadier maire de Decazeville et à Aubin , Edmond Ginestet, le seul élu communiste du département.(Ramadier de gauche ??? ,mais il est élu avec les voix communistes). Capdenac a un maire SFIO , Maurice Grès.

Edmond Ginestet sera déchu de ses mandats électoraux en février 1940 en application du décret scélérat du socialiste Sérol , Déporté en Algérie.

Ramadier, Grès seront révoqués par Marion, le préfet ultra-collaborationniste

Sur huit parlementaires, l’Aveyron est représenté par Sept conservateurs

Aux élections législatives des 26 avril et 3 mai 1936, les aveyronnais ont rejeté quatre sur cinq des candidats du Front populaire.

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Le manifeste des candidats de droite. La croix de l’Aveyron 3 mai 1936

On notera dans la profession de foi des candidats de droite : La guerre ou la paix, la liberté ou la dictature rouge ou encore « Si vous êtes des ouvriers inconscients ou aveugles de la révolution vous en serez aussi les victimes. Si vous êtes sages artisans de la paix, vous en recueillerez les fruits » dixit le député Niel qui votera les pleins pouvoirs à Pétain, le député Temple qui appartiendra au Conseil National, organe consultatif du régime de Vichy, le sénateur Coucoureux et le sénateur Monservin qui eux aussi voteront comme un seul homme les pleins pouvoirs à Pétain

Election dans l’arrondissement de Villefranche de Rouergue lors de la victoire électorale du Front Populaire ( avril, mai 1936)

Notons que les femmes n’avaient pas le droit de vote. Il faudra attendre lordonnance du 21 avril 1944 pour qu’elles deviennent électrices et éligibles, comme les hommes .

26 avril Inscrits : 27666

  • *Gazave (conservateur): 8105 voix
  • Ramadier ** (néo-socialiste) 7302 voix
  • Ginestet* (communiste) 5119 voix
  • Gres (SFIO) 1280 voix
  • Rey (centre) 135 voix

Au second tour du 3 mai (ballotage) Gazave obtient 8819 voix. Ramadier qui bénéficie du désistement des candidats de gauche l’emporte avec 13221 voix)

*Gazave conservateur est un euphémisme, il faisait partie de l’action française. Mort en 1940 il n’aura pas l’occasion d’exprimer ses talents pétainiste.(Il ne peut pas être étranger à ce que l’Action française avait trouvé refuge en Rouergue; en 1940, deux des principaux instigateurs et acteurs de l’Action française, Charles Maurras et Maurice Pujo, ont trouvé refuge à Villefranche. « C’est de Villefranche qu’est partie la dépêche envoyée à l’agence Havas dans laquelle l’Action française indiquait se rallier au maréchal Pétain »)

Le journal de l’Aveyron 8 décembre 1940 lors du décès de Gazave.

L’arrondissement de Villefranche a donc réagi comme la majorité du pays. Mais les autres circonscriptions aveyronnaise sont restées profondément conservatrices avec des député, des sénateurs et des conseillers généraux qui appartiennent à la droite catholique. En 1936 ce département ressemble à ce qu’il était en 1908 et même avant, les notables et l’église ont gardé une position et une influence à peu prés inchangée depuis le 19 ème siècle. L’arrondissement de L’Ouest Aveyron est donc le seul qui ait évolué vers le socialisme et même vers le communisme.

Image illustrative de l’article Front populaire (France)

**Paul Ramadier ,député socialiste de l’Aveyron de 1928 à 1940, de 1945 à 1951 et de 1956 à 1958. Il est maire de Decazeville de 1919 à 1959.

Avocat, néo-socialiste ( tendance née de la scission de la SFIO au congrès de Tours à laquelle appartenait P. Renaudel , A Marquet, Deat. Seul parlementaire de l’Aveyron à ne pas voter les pleins pouvoirs à Pétain. Déchu de ses fonctions de maire le 26 avril 1941 (Pour la seule raison qu’il était franc-maçon). Les FTP lui dénie toute participation réelle à la résistance. (En juillet 1942, le commissaire de police note « M. Ramadier, ancien ministre, s’abstient de toute manifestation » A.D Aveyron DOS.201W69-75) Du reste il tenait les maquisards pour des voyous (témoignage de P Delpech, futur maire de Decazevlle corroboré par F Vittori) Il n’approuve pas les attentats, les actions violentes, les réquisitions etc. Il condamna l’assassinat du commissaire de police de Decazeville Georges Roche qui avait multiplié les arrestations et les interrogatoires musclés de résistants.

« Mener un si dur combat pour rendre à la France une nouvelle jeunesse, un dynamisme, un esprit d’enthousiasme et de sacrifice pour finalement hériter d’un Ramadier en 1947 …

Serge Ravanel chef des Forces Françaises de l’Intérieur ( FFI ) de la région toulousaine, Compagnon de la Libération « L’esprit de la résistance » Seuil

Edmond Ginestet (1900-1963) : Reçu à l’école normale de Rodez, il est déplacé à l’Ecole Normale de Cahors pour agitation. Dés le lendemain du congrès de Tours, il adhère au parti Communiste et abandonne l’enseignement pour être ouvrier métallurgiste. Après une succession d’emplois et de licenciements compte tenu de son activité syndicale, il fit même 8 mois de prison en 1925, il est élu en 1929 conseiller municipal d’Aubin avec son camarade Garrigou et les premiers élus communistes en Aveyron. En 1934 il est élu conseiller Général et maire d’Aubin. Le 20 février 1940, en application du décret scélérat Sérol , Edmond Ginestet est déchu de ses mandats électoraux. Déporté en Algérie il est interné dans différends camps. Libéré par les américains en 1942 (sic) il s’adressa alors tous les jours via les antennes de Radio-France -Alger à la population française occupée dans l’émission « Un travailleur parle à ses camarades »

Les autres parlementaires Aveyronnais en 1940 (élus en 36, lors de la victoire du front populaire)

Joseph Bastide député de droite de 1936 à 1942. Avocat, bâtonnier du barreau de Rodez, le Congrès républicain national lui demande de se porter candidat aux élections législatives de 1936. Après une intense campagne axée sur la dénonciation du danger communiste incarné par le Front populaire , il est élu au premier tour devant un candidat radical. Il S’abstiendra lors du vote des pleins pouvoirs à Pétain (Aucune activité résistante et curieusement élu à la 1ère Assemblée nationale constituante.)

François Martin député de droite de 1936 à 1940. Avocat, militant de l’action française. Son programme sur lequel il a été élu : « la liberté de l’enseignement, les traditions morales et spirituelles » tirées de l’Evangile, le vote familial…La République doit être ouvertes aux « bons français »

A voté les pleins pouvoirs à Pétain (Il est nommé successivement membre du Conseil National de Vichy, puis préfet de Montauban de 1940 à 1943) .Titulaire de l‘ordre de la Francisque .

Une intervention anticommuniste de ce même François Martin, le 27 janvier 1940, celui là même qui allait se vautrer dans la collaboration.
«(…) Le moment est venu d’ouvrir le dossier de la trahison commu-
niste et de l’ouvrir sans réticence, dans toute son ampleur… Il faut
que par la netteté de ses actions, la France signifie d’une façon
catégorique à l’Allemagne et à la Russie, qui sont étroitement
associées dans leur ignominieuse entreprise, que nous avons à construire, à l’intérieur aussi, une véritable ligne Maginot du
moral et de la résistance du pays
(…)

La Haute Cour de Justice n’a pas eu à connaître de son attitude pendant l’Occupation , il a paraît-il rendu de nombreux services à la résistance (Ceci précisé sur Wikipédia mais en cherchant bien on en trouve aucune trace par ailleurs, tous les « collabos » avaient leur « résistant »).

« Il y a l’exemple du préfet du Tarn-et-Garonne, Louis François-Martin, qui a expliqué , au cours du procès Pétain, comment il avait prévenu les juifs de son département avant la rafle du 26 août 1942. Il a peut-être organisé les fuites, mais 173 juifs ont été arrêtés dans son département quand il était en poste même s’il se défend de l’avoir fait. On a le document de la police nationale, avec les noms écrits à la main . Ces gens ont été déportés. Et, à l’époque, le préfet n’avait pas démissionné . En principe,tous les préfets du temps de Vichy auraient pu être inculpés de crimes contre l’humanité » Serge Klarsfeld

Emmanuel Temple député de droite de 1936 à 1942. Alter égo de François Martin quant au programme sur le quel il a été élu. Avocat il a voté les pleins pouvoirs à Pétain, il appartiendra au Conseil National, organe consultatif du régime de Vichy et exercera à ce titre les fonctions de préfet d’Alger et de gouverneur général de l’Algérie.Relevé de l’inéligibilité dès octobre 1945.

Jean Niel député de droite de 1936 à 1940 et du 26 avril 1936 au 31 mai 1942. A voté les pleins pouvoirs à Pétain. Avocat

SENATEURS

Joseph Monservin sénateur de droite de 1912 à 1944. Avocat puis magistrat. A voté les pleins pouvoirs à Pétain

Joseph Coucoureux, sénateur de droite de 1930 à 1945 . Avocat .A voté les pleins pouvoirs à Pétain

Jean Maroger sénateur de droite de 1939 à 1945. Polytechnicien. A voté les pleins pouvoirs à Pétain

En résumé, tous avocats à l’exception d’un polytechnicien. (Curieusement la politique c’est l’intérêt général et l’avocat c’est l’intérêt particulier : Edmond Ginestet en campagne  » Aussi longtemps que les paysans ne pourront élire que des avocats ou des notaires, ils ne seront pas à la veille de faire leurs affaires eux-même ») Leur orientation politique confirme en tous cas que les facs de droit n’ont jamais été particulièrement un repaire de gauchistes. Un seul parlementaire a voté contre les pleins pouvoir à Pétain (Ramadier), un s’est abstenu (Bastide). Les autres ont passé tranquillement (pour ne pas dire plus ) les années d’occupation .

Aucun n’a été résistant.

I-4 L’église

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l’Aveyron est quasiment sous la coupe et les directives de l’église; Le clergé est surabondant, les écoles religieuses pléthoriques et la plupart des notables catholiques. On comprendra que les représentants de l’église locale, avec à leur tête l’autocrate Mgr Challiol adhéreront sans restriction à la révolution nationale de Pétain et ce sera le cas jusqu’au tout dernier jour de l’occupation.

Le soutien de l’église au maréchal Pétain a été largement popularisé par des lettres pastorales, par des prêches et surtout par des articles parus dans le journal aveyronnais l’Union Catholique.

L’église a soutenu massivement Pétain et jusqu’aux derniers jours de la libération. La venue au pouvoir du maréchal combla les vœux du clergé aveyronnais, comme l’essentiel de l’église française. La Révolution Nationale avait trop de points communs avec la doctrine sociale de l’église pour ne pas la satisfaire. Les prises de position de la hiérarchie catholique confortaient l’ultra-conservatisme du monde paysan aveyronnais. Le soutien de l’église au maréchal fut largement édité par les lettres pastorales, par les prêches et le journal aveyronnais « L’union Catholique » . Département largement catholique, le diocèse est dirigé en autocrate par Mgr Challiol depuis 1925. Aumônier militaire, il a servi sous les ordres de Pétain et est connu pour ses positions conservatrice (c’est un euphémisme) contre le Front populaire, en faveur de l’école libre et d’une morale rigoriste; en résumé, pas carrément un progressiste, plutôt franchement réactionnaire…Il s’appuie sur un clergé nombreux à la tête de 670 paroisses. (en 1939 , 250 jeunes se préparent au sacerdoce au grand séminaire de Rodez) 370 établissements divers d’enseignement totalisant 22000 élèves concurrencent l’école Laïque.( Une revue religieuse notera, en octobre 1940, que « jamais nos écoles n’enregistrèrent au premier jour un chiffre si élevé d’élèves » Même les petits séminaires croissent de 731 en 1940 à 822 en 1943)

Les ennemis de la France, de la famille, de la religion, juifs-franc-maçon-communistes-étrangers largement désignés avant 1940 resteront sous vichy les bêtes noires du clergé désignés abondamment par leur presse, l’Union Catholique, la Croix de l’Aveyron, la revue religieuse de Rodez Etc…

Les cardinaux et évêques de la zone libre réunis à Lyon et ceux de la zone occupée à Paris le 19 février 1941 (Article rédigé par Pierre Fau, rédacteur en chef du journal ultra-collaborationniste « La Croix de l’Aveyron » Il sera exécuté à la libération

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La croix de l’Aveyron-Pierre Fau rédacteur en chef 19/02/1941

Les revues de l’église n’hésitent pas à user de stéréotypes et d’expressions antisémites qui créent une image diabolisée du juif.

La croix de l’Aveyron 14 septembre 1941

Revue religieuse de l’Aveyron 20 novembre 1942
Revue religieuse de l’Aveyron 23 octobre 1942

Les journaux aux écrits franchement antisémites, ne feront pas l’objet de la moindre réserve de Mgr Challiol. Ce dernier, du reste, et au contraire de certains évêques tels Mgr Saliège à Toulouse n’élèvera pas la moindre protestation contre la déportation des juifs.

Mgr Challiol à propos de :

Pétain : « Pétain nous montre en lui l’homme providentiel ….qui est toujours là pour servir le pays et le sauver(…) L’ordre revient, le travail reprend, le pays respire et se relève(…) faisons seulement confiance au chef providentiel » (Mars 1941)

Vichy : « Nous devons aider un régime qui renie les erreurs du passé pour adopter une conception chrétienne et française  » (Mars 1942)

La révolution nationale : « Nous ne nous priverons pas de faire entendre qu’il est, en dehors de la profession spéciale de chacun, une profession générale et de grande classe, celle de tous les français, qui nous consacre tous ouvriers de la restauration national...(Février 1944)

Autres exemples d’écrits antisémites de la presse du clergé pour lesquels Mgr Challiol n’a pas soulevé la moindre réserve ( Pas plus que face aux rafles des juifs dans l’Aveyron) :

Revue religieuse de Rodez du 18/09/1942 : « Les juifs ne sont pas comme le commun des mortels; ils ne s’assimilent pas. A l’heure où le gouvernement demande aux agriculteurs de produire, les juifs trafiquent, démoralisent les gens des campagnes…cultivent le mécontentement…se conduisent en véritables parasites sociaux, ne produisent rien, s’enrichissent au dépend de la communauté…

Revue religieuse de Rodez(18/09/1942)

Et notons à la fin du texte  » Et c’est pour ces motifs que le Haut commissariat aux affaires juives commence à les expédier dans des camps de concentration »

Dans les campagnes

L’influence de l’Eglise dans les campagnes fut telle, les prones des curés le dimanche présentant, jusqu’à la fin, Pétain en providentiel maréchal, sauveur de la patrie, comme une sorte quatrième personne en Dieu que dans certaines communes aveyronnaises, les habitants croyaient encore à la victoire allemande en juillet 1944

Mgr Challiol et les discours moralisateurs.

Une certaine jeunesse est montrée du doigt.

Revue religieuse de Rodez le 7/7/1944

Le STO et l’église

Le STO avec la bénédiction de l’évêque Challiol

L’évêque de Rodez s’engage par ses directives, en faveur du STO .

Revue religieuse de l’Aveyron 19 mars 1943

Le clergé et le STO : Pierre Fau, rédacteur en chef de l’Union Catholique du 6/7/1943 : »Les Français doivent comprendre que la LVF contre le bolchévisme, que nos ouvriers, nos jeunes envoyés en Allemagne, travaillent à la défense du continent, donc de la France »

L’éducation

Dans l’éducation, le clergé s’inscrit totalement dans la nouvelle France qui rejette « l’odieuse législation laïque »

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Revue religieuse de Rodez 6 septembre 1940

Ainsi, a lire les journaux catholiques, on n’y trouvera l’expression d’aucune réserve face au nazisme et jusqu’au début de 1944 Mgr Chaillol renouvelait ses appel à l’obéissance à Vichy et la condamnation de la résistance.

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Revue religieuse de Rodez 22/10/1943

Les silences du clergé sous l’autorité de Mgr Challiol (Ou plutôt l’aval) sur les publications antisémites et la rafle des juifs, l’engagement de l’évêques en faveur du STO et sa constance collaborationniste pendant quasiment toute l’occupation feront qu’il figurera dans la liste des 22 évêques « indésirables » à épurer à la libération. Sanction qui ne lui sera pas appliquée. Non seulement il ne sera pas inquiété mais il présidera , scandaleusement, les funérailles des 30 victimes de Sainte-Radegonde , le 20 août, et restera a son poste jusqu’en 1984, preuve du poids sans mesure de l’église en Aveyron.

Les résistants qui ont eu à souffrir dans leur chair des allemands ou des pétainistes ne le lui pardonneront pas. On pourra lire dans le N° 14 de Résistance : Mgr Challiol, vous êtes vous souciez de mes camarades et de moi-même? Vous-êtes vous attendri sur notre sort lorsque nous avions pour seule nourriture journalière une louche de rutabagas bouillis, à midi et le soir, et 200 gr de pain?…En 14 mois,j’ai maigri de 22 Kg. Vous ne vous êtes jamais ému de notre misère et votre charité chrétienne est à sens unique, en faveur des traitres …..« 

.( « l’épuration a été réduite a la collaboration de plume ou à la répression policière ou crapuleuse la plus indéniable, le haut clergé a été explicitement exclu du champ des recherches et des questionnements, et en ont pratiquement disparu le capital financier, l’armée, la magistrature-sauf notable exception-la police dans son ensemble ».)

« La NON épuration En France » de 1943 aux années 1950 » Annie Lacroix-Riz Edition Armand Colin 

A la libération, l’épiscopat de France sera le corps spécial le moins touché par l’épuration

Nota : si le département a une majorité catholique écrasante, il existe une communauté protestante implantée à Rodez et dans les villes du Sud telles que Millau ou Saint-Affrique. Celle-ci a parmi ses membres des personnalités influentes au niveau du département comme les industriels Léon Freychet, directeur des caves de Roquefort ou encore au niveau national tels que le mathématicien Emile Borel et son épouse Camille Marbo, écrivain de renom.(Très lié avec Marie Curie, Paul Langevin et Jean Perrin tous Dreyfusards, Emile Borel est avec Jean Zay à l’origine du CNRS)

Cette communauté protestante, à contrario de la communauté catholique, a eu, entre autres, deux grands résistants :

Alfred Merles, patron Gantier, chef départemental de Combat arrêté le 6 février 1944 par la Gestapo de Rodez, décédé le 11 du même mois suite aux tortures endurées .

Léon Freychet, directeur des caves de Roquefort, chef départemental de l’Armée secrète arrêté par la Gestapo le 3 mai 1944, torturé et déporté à Buchenwald, il en sera libéré le19 avril 1945

Alfred Merles, Léon Freychet résistants alors que l’essentiel des professions gantiers et des caves de Roquefort se sont vautrés allègrement dans la collaboration voir : 1944, l’épuration en Aveyron

I-5 Les notables

À la veille de la guerre, comme les parlementaires, les notables locaux dans le département de l’Aveyron gardaient une position et une influence à peu près inchangées depuis la période pré-révolutionnaire. Presque exclusivement catholiques et anti-communistes forcenés ils exerçaient une grande influence et accaparaient la plupart des postes de responsabilité. De nombreux maires et conseillers généraux sont de grands propriétaires, des médecins, des notaires, des avocats…Ils approuvèrent sans limite l’idée de Pétain de restaurer une « société corporative, familiale, rurale et chrétienne. En Aveyron, cela au moins n’est pas douteux, elle lui assurait l’adhésion du clergé, des officiers de carrière, des notables politiques et administratifs, des propriétaires fonciers et surtout des masses paysannes. corporative, familiale, rurale et chrétienne ».

Dans l’ouest Aveyron, les maires de Decazeville et Capdenac, Ramadier et Grès ont été destitués (Ramadier remplacé par le notaire Tourtonde qu’on retrouvera avec d’autres maires chez le Maréchal, voir ci-dessous) Celui de Villefranche de Rouergue, Louis Fontanges est resté en poste et démis à la libération.

Bonnefous ( maire de Rodez (1935-1944) et Caussignac , maire de Millau(1936-1945) seront destitués de leur mandat à la libération. Bonnefous, relais important avec Vichy, curieusement n’en poursuivra pas moins une carrière politique de conseiller général à sénateur jusqu’en 1976.

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« Monsieur le préfet Marion en compagnie du docteur Bonnefous, maire de Rodez et président de l’association des maires du département a voulu prendre la garde sur la voie ferrée la nuit de Noel »

Le 5 Février 1944 une délégation de sept maires de l’Aveyron conduite par Bonnefous, maire de Rodez et Tourtonde maire de Decazeville , se rend à Vichy et apporte à Pétain les « richesses »caractéristiques de la production du département : nourriture et artisanat. Les paroles échangées reproduites dans la presse entre Pétain et Bonnefous ne pouvaient que réjouir les aveyronnais. Laval quant à lui se trouvait « impressionné par la volonté de servir qui animaient ces représentants » (rapport du commissaire de police de Rodez)

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La Croix de L’Aveyron 13 février 1944

Au niveau des députés élus en 1936, Ramadier restera tranquillement à Decazeville sans activité résistante. Joseph Bastide qui s’est abstenu pour le vote des pleins pouvoirs à Pétain n’aura lui aussi aucune activité résistante et curieusement sera élu à la libération à la première assemblée constituante. François Martin qui a voté les pleins pouvoirs à Pétain sera nommé membre du conseil national de Vichy puis préfet de Montauban de 1940 à 1943 et sera titulaire de l’ordre de la Fracisque. Emmanuel Temple député de droite de 1936 à 1942. Avocat, il a voté les pleins pouvoirs à Pétain, il appartiendra au Conseil National, organe consultatif du régime de Vichy et exercera à ce titre les fonctions de préfet d’Alger et de gouverneur général de l’Algérie

Les sénateurs Monsservin et Coucoureux seront membres de la commission administrative vichyste du département.(On y retrouvera Tourtonde le maire désigné de Decazeville très actif jusqu’en 1944 dans cette commission)

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Délibération de janvier 1941

L’équipe départementale de la Légion française des combattants était composée exclusivement de notables. Pierre mignonac, un commerçant, conseiller municipal de Rodez tendance PSF ( droite conservatrice à tendance nationaliste) en est le président. La liste des présidents de la légion comptait nombre de maires, d’adjoints, de conseillers municipaux, de conseillers généraux. En octobre 1940 : 350 sections communales (307 communes en Aveyron) , dans les plus grandes villes, il y a plusieurs sections. L’analyse de la liste des présidents des 305 sections communales de la légion en Aveyron au 31 décembre 1941 permet de constater sans surprise une nette majorité d’anciens combattants de 1914/1918. De nombreux présidents(44 %) occupent des fonctions d’élus.On compte parmi eux 52 maires, 11 adjoints, 72 conseillers municipaux. 41 de l’ensemble sont issus du monde agricole, puis des commerçants et artisans (12,5 %) ,des membres des professions libérales (Notaires ,avocats ,médecins des écclésiatiques et des militaires. A l’occasion de la fête du 1 er mai 1941 à Decazeville, un rapport note « Pas d’ouvriers, pas de mineurs, une tiédeur suspecte à l’égard de la Légion »(ADA ,11 MC 7 20)

En Aveyron, après quelques mois « d’agitation résistante » les valeurs et idéaux issus des combats de la libération ont disparu et les conservateurs et notables ont très rapidement repris leurs positions d’avant guerre, subissant une éclipse beaucoup plus courte que dans le reste de la France.

I-6 Préfets (de 1938 à 1944)

Jean Moulin, qu’il est inutile de présenter, est préfet de l’Aveyron du Premier juin 1938 au 21 février 1939. Jean Moulin arrive en Aveyron avec une réputa-
tion d’homme de gauche et d’emblée certains le désignent de préfet « Front Popu » voire de « préfet rouge ». Aussi, les débuts s’effectuent dans un contexte local particulièrement rude. Le sénateur Monsservin, adversaire déterminé du Front Populaire s’afficha critique sans nuance du jeune préfet. Le 19 avril 1937, dans son discours inaugural, J. Monsservin, président de cette assemblée depuis 1920, s’adresse directement au préfet : « (…) Monsieur Moulin verra ici, dans ce département, une population active, laborieuse, particulièrement méritante, (…) il prie Monsieur le préfet de regarder la lignée d’administrateurs qui l’ont précédé à la tête de
ce département et lui demande d’être un administrateur et
non un partisan (
…)

Le 16 avril, quelques semaines après son arrivée, Jean
Moulin interdit la tenue à Rodez du congrès départemental du Parti Social Français (PSF) du colonel de la Rocque qui devait en assurer la présidence.
Toutes les sections de l’Aveyron et celles des départements
voisins ayant été invitées, les organisateurs tablaient sur la
présence de 8 000 à 10 000 auditeurs.

Jean Moulin est convaincu que « le grand combat entre fascisme et démocratie commence de l’autre côté des Pyrénées et dès le début
de l’atroce guerre civile espagnole, il considère
que l’aide aux Républicains est le premier combat pour la
liberté au contraire de la droite aveyronnaise ultra majoritaire
qui prend fait et cause pour Franco, choisi par Dieu et rempart inexpugnable de la religion.

Ainsi, Jean Moulin qui ne cache guère qu’il a « le cœur à gauche » et l’affichage de cette sensibilité n’est pas pour nombre de ses interlocuteurs aveyronnais la plus convenable des qualités.(c’est un euphémisme)

Le préfet d’Estarac lui succédera jusqu’en septembre 1940.

En regard des instructions données vis à vis des étrangers à son département, Destarac était un préfet totalement pétainiste.

« De nombreux cas me sont signalés de réfugiés espagnols se trouvant en chômage ou en situation irrégulière… Pour y porter remède, j’ai décidé que tout réfugié espagnol, trouvé à quelque titre
que ce soit en situation irrégulière sur mon département après le
15août devrait être immédiatement et sans consultation de mes services, signalé à la gendarmerie, pour être dirigé sur un camp des
Pyrénées Orientales. (…)Tout étranger, à quelque nationalité qu’il
appartienne, parvenu dans mon département après le 3 juillet, sans
y être autorisé, devra être signalé à la gendarmerie qui le refoulera
sur son pays d’origine ou,dans le cas d’impossibilité, le dirigera sur
le lieu qui lui sera indiqué..
.

Circulaire du préfet Destarac à MM les Sous-Préfets, Maires et Commissaires de police du département.A.D.Aveyron201W-69

Charles Marion remplacera le préfet d’Esterac de septembre 1940 à décembre 1943, ultra pétainiste, il appliquera avec brutalité la politique de révolution nationale vichyste : ordre , patrie, foi en dieu. Nommé préfet de Haute Savoie de décembre 1943 à août 1944, Il déclare lors de sa prise de fonction : « mon but est de détruire la résistance et lutter contre les maquis avec la plus grande énergie »

Il « épurera » les municipalités aveyronnaises et suivra scrupuleusement les directives pétainistes.

Il appliquera rigoureusement les directives antisémites, usera d’une brutale répression administrative et policière, épurera les municipalités et suivra scrupuleusement les directives pétainistes.

Bien avant l’occupation de la zone sud, dés août 1941, le préfet Marion et son administration mettent en place une surveillance organisée dans le département qui entraînera des rafles quasi-militaires. En novembre 1941, 918 juifs résidant en Aveyron sont recensés (441 français , 477 étrangers) Le préfet Marion réitère, début septembre ses instructions : « Il convient de poursuivre et d’intensifier les opérations de police en cours, de recourir au besoin à des rafles, vérifications… perquisitions…arrestations… Il sera sans doute nécessaire de les renouveler… . J’attache le plus grand prix à ce que la Gendarmerie et les services de Police redoublent de vigilance et exercent une surveillance de plus en plus stricte sur les Juifs et sur les Juifs étrangers en particulier ».

La rafle du 26 août 1942 survenue six semaines après la rafle du Vel-d’hiv. est une vaste rafle organisée en « zone libre », à l’initiative des autorités de Vichy après négociation avec les Allemands

En Aveyron , ce jour là 176 juifs ( 58 hommes, 71 femmes, 47 enfants)sont arrêtés dans une trentaine de communes et dirigés vers le camp de Rivesaltes dans les Pyrénées Orientales.

Les Allemands n’arrivant dans le département qu’en novembre 42, la responsabilité de l’opération est exclusivement celle de la France et l’exécution effectuée par sa police et gendarmerie sous l’autorité du préfet Marion..

Lors de l’instauration du STO, il rappellera aux maires leur devoir de pousser les jeunes à partir en Allemagne et d’appliquer fermement la loi contre les réfractaires.

Associée à la propagande des journaux aveyronnais, le préfet Marion lance une campagne d’affichages. Des pancartes sont apposées dans tout les lieux publics : »On embauche des ouvriers pour l’Allemagne. Renseignements gratuits sans engagement. Bon salaire. Travail intéressant. Occasion d’apprendre l’Allemand. Ouvriers français, contribuez à libérer vos compatriotes prisonniers de guerre; S’adresser à l’Office du Travail ». Des conférences sont organisées à Decazeville et à Millau seuls centres ouvriers dans l’Aveyron.

Muté en Haute-savoie, responsable de nombre d’exécutions de résistants et impliqué dans la destruction du du maquis des Glière il sera extrait de sa prison à la libération et exécuté .

Tout en nuances, le journal de l’Aveyron déplore son départ le 18 décembre 1943 pour la Haute-Savoie : Chronique locale

journal de l’Aveyron 18 décembre 1943

Et en remet une couche en terme de flagornerie le 8 janvier 1944. ( On notera que Le préfet et le maire de Rodez, Bonnefous ont pris ensemble la garde sur la voie ferrée durant la nuit de Noël )

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journal de l’Aveyron 8 janvier 1944

Préfet Dupiech (décembre 1943-avril 1944 ) Il aurait eu quelques contacts avec des cadres du M.U.R e de plusieurs réseaux des organisations de résistance locales* : N.A.P., Armée Secrète mais son activité résistante n’a cependant jamais été prouvée. Il aurait été désigné par le Comité de Libération Nationale d’Alger comme Préfet de la Libération pour son département. Mais les Allemands, avertis de cette nomination l’arrêtent le 14 mai 1944. Déporté à Neuengamme et affecté dans un kommando près de Brême. Lorsque les armées alliées approchent de Brème il est embarqué avec 12.000 détenus et disparaît le 3 mai 1945 dans le naufrage du Thielbec battant pavillon allemand et coulé par l’aviation américaine.

Chapron Marcel préfet de l’Aveyron d’avril 1944 à juillet 1944 . Suspendu de ses fonctions par le commissaire de la République le 28 août 1944 , sa suspension sera confirmée le 17 novembre .(Curieusement ,il poursuivra sa carrière normalement comme tant d’autres pétainistes , et on le retrouvera dans nombre de cabinets ministériels )

En résumé,

Les préfets Marion et Dupiech illustrent chacun à leur manière l’argument du moindre mal. Si pour le premier« Obéir c’est faire son devoir », le second illustre l’adage« Démissionner c’est déserter ». La philosophe Hannah Arendt a magistralement montré, jadis, que ces deux arguments étaient inacceptables : « Obéir c’est soutenir, Rester c’est cautionner » Jean Moulin a démontré que, à partir du moment où on est personnellement confronté à un ordre inacceptable, c’est au contraire démissionner qui signifie résister.

I–7la presse

En Aveyron deux quotidiens principaux : la  » Dépêche » et « l’Union catholique « . Des hebdomadaires : « La croix de l’Aveyron » hebdomadaire de « l’union catholique « , Le journal de l’Aveyron » et le « courrier de l’Aveyron » , « le Rouergue Paysan » . Le journal de l’Aveyron arrête de paraître en août 1939. Les autres paraîtront sans interruption de 1939 à 1944 et collaboreront allègrement et sans nuance avec Vichy et les Allemands .

La dépêche :

Journal des faits divers et du sport, radical-cassoulet tout puissant (230 000 exemplaires vendus en 1939 et 300 000 sous l’occupation) avec un système d’éditions locales très lues en région . Ayant salué l’interdiction du PCF en 1939, la Dépêche qui titre en février 1940 à propos des communistes :  » les thénardiers de la trahison » et écrit  » les traites Français qui tirent au ronéo dans les caves des tracts clandestins à la gloire de Moscou  » entre dans ses heures noires et continuera a paraître comme si rien n’avait changé. Pendant l’Occupation le quotidien collabore et fait en sorte que la résistance évolue dans un univers d’information franchement défavorable. Ce journal qui s’enorgueillit d’avoir eu la collaboration de Jaurès à partir de 1940 soutient le gouvernement du maréchal avec le même enthousiasme que jadis il a défendu le gouvernement Daladier. Dire qu’il a eu une certaine complaisance avec les autorités en place relève de l’euphémisme.

Elle présente le débarquement allié en Afrique du Nord en 1942, comme une attaque anglo-américaine (9/11/42)

la dépêche 9 novembre 1942

L’invasion de la zone libre comme une simple « traversée des troupes allemandes pour aller occuper des lignes de défenses sur la côte méditerranéenne »(12/11/1942)

La dépêche 12 novembre 1942

Elle célèbre les départs pour la relève et le STO comme les « heureux résultats de la politique du gouvernement et de la contribution du travail français à l’effort européen »(23/2/43)


La dépêche 22 février 1943

Elle publie le témoignage d’un prisonnier libéré qui décrit la captivité comme des quasi-vacances( 1er mai 1943)

La dépêche 1er mai 1943

Et commente l’entrevue entre Laval et Hitler : « Une étape décisive a été franchie : la France a retrouvé sa place de grande puissance « (3/5/1943)

La dépêche 3 mai 1943

Elle publie des appels d’engagements à la LVF  « une vie d’actions, d’enthousiasme, d’idéal t’attend…Tu trouveras les meilleurs des français qui déjà combattent pour la civilisation contre la barbarie »(16/3/1943) La résistance n’est représentée qu’a travers « d’odieux attentats » (25/2/1943) et la fait apparaître comme source d’anarchie, de désordre, de désunion. A Partir de novembre 1943 La Dépeche publie sans sourciller les avis et communiqués allemands annonçant à la population l’exécution de « terroristes « comme celui du 13/11/1943 : « Hubert Arnaux étudiant à Toulouse,Edmond Guillot, étudiant à Toulouse, Jacques Sauvegrain étudiant de Lardenne, André axère employé à Toulouse condamnés à mort le 24 octobre 1943 par un tribunal militaire allemand pour avoir participé à des actes terroristes »

Et dénonce « les raids de terreur de l’aviation anglo-américaine sur des villes françaises (14/3/1944) »

Le débarquement en juin 1944, qu’elle présente comme « une simple tentative anglo-américaine » combattue par « les contre-attaques allemandes »

La dépêche 8 juin 1944

Elle encense la personnalité de Philipe Henriot « sauvagement assassiné , un de ces français de la lignée militante des J Darnand, de M Déat , de ces français qui ne séparent pas la cause nationale de la cause européenne »(29/6/1944) et demande « la juste punition des criminels »(24/7/1944)

La dépêche 24 juillet 1943
La dépêche 24 juillet 1943

La Dépêche, durant toute l’occupation , a donc présenté aux lecteurs une version pétainiste et même pro-allemande de la situation faisant évoluer la résistance dans un environnement hostile . Interdit de publication à la Libération pour collaboration , le titre ressort en 1947 sous le nom de La Dépêche du Midi. Il déloge alors après un conflit judiciaire le Patriote du Sud-Ouest , journal du Front National (communiste et avec de vrais résistants) qui avait hérité de ses locaux . Reprenant sa ligne radicale et anti-communiste (le PCF vient d’être exclu du gouvernement ) . Entre 1959 et 1971 , l’ancien chef de la police de Vichy René Bousquet, responsable notamment de la rafle du Vel-d’hiv., fait partie du conseil d’administration du journal.

L’Union Catholique » et son hebdomadaire la croix de l’Aveyron : (40 000 exemplaires dans le département)

Depuis sa création en 1890 , ce journal en lutte permanente contre les « ennemis » de la France chrétienne communistes , socialistes, franc-maçons, laïques avait en plus une forte tendance antisémite(euphémisme). Pour la Croix de l’Aveyron l‘arrivée de Pétain était un véritable don du ciel qui allait lui permettre de mettre en œuvre ce qu’il préconisait depuis toujours. Sans surprise, ultra-pétainiste, sa collaboration fut totale du premier au dernier jour. Après la poignée de main entre Hitler et Pétain à Montoire, Pierre Fau, rédacteur en chef du journal, écrit : « Dominant sa victoire, l’Allemagne, non seulement ne veut pas nous écraser, mais encore nous offre de nous associer à la reconduction de l’Europe » « L’intérêt de de la France exige la collaboration, suivons là en toute confiance , suivons le maréchal » Stigmatisant le péril juif dan ses colonnes : « Qu’est-ce qu’un juif « ? L’union catholique 11 août 1941« il n’est pas un citoyen qui ne comprenne l’inéluctable nécessité de jeter le juif hors de la communauté nationale » Interdit sans surprise à la libération, son rédacteur en chef Pierre Fau fut exécuté par les FTP.

L’influence malfaisante de ce quotidien a été considérable pendant toute l’occupation . »Un rouage important de l’œuvre de propagande « dixit Monseigneur Challiol en 1940. Les abonnements ont doublé entre 1939 et 1942 et atteindront un plafond de 23 175 exemplaires en mars 1943. Au 18 août 1944, moment de sa suppression, restaient le nombre considérable de 22 448 abonnés à ce torchon collaborationniste et antisémite. (Le « basculement de l’opinion » et la dégradation de l’opinion vis à vis de Vichy observés partout ailleurs au fil des évènements n’a semble t’il pas été très sensible en Aveyron)

Le journal de l’Aveyron ;

Fondé en 1796 , organe des notables monarchistes et catholiques , quelques exemples de prises de position de ce journal démontrent un pétainisme sans nuance : A propos du sinistre préfet Marion lors de sa mutation à Annecy du 18 décembre 1943 : « Le Rouergue gardera de lui le souvenir durable d’un de ses préfets les plus éminents » Puis le 8 janvier 1944 : « Avec quel soin éclairé il sut choisir les maires des grandes villes , avec quelle sagacité il sut éliminer ceux qui ne répondaient pas aux directives du Maréchal » A disparu corps et bien à la libération .

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Le journal de l’Aveyron 27octobre 1940
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Le journal de l’Aveyron 18 décembre 1943

La revue religieuse de Rodez

Pendant l’occupation elle sera la voix de l’église catholique ralliée sans état d’âmes à la révolution nationale de Pétain, et dénoncera sans nuances à longueur de titres les anti-français, franc-maçons, communistes, juifs, « coalition diabolique, ruine du pays et de la famille« 

revue religieuse 11 avril 1941
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Revue religieuse de Rodez(18/09/1942)Cette image a un attribut alt vide ; le nom du fichier est image-7.png
Revue religieuse de Rodez(18/09/1942)

I–8- Le monde paysan

A l’exception de l’ouest avec le bassin minier et sans grandes villes (Rodez et Millau autour de 20000 habitants), l’Aveyron était en 1939/1045 essentiellement rural. Six actifs sur dix étaient des travailleurs de la terre, et trois habitants sur quatre vivaient de l’agriculture. L’idée de Pétain était de restaurer une société corporative, familiale, rurale et chrétienne. En Aveyron, cela lui assurait l’adhésion du clergé, des officiers de carrière, des notables politiques et administratifs, des propriétaires fonciers et surtout des masses paysannes qui adhéreront avec enthousiasme à l’idéologie pétainiste, fortement influencées par les journaux catholiques « L’union catholique « , « La croix de l’Aveyron » et la corporation paysanne qui a son propre journal « Le Rouergue Paysan  » « La semaine religieuse « (Voir chap. 1, § 7. )

La Corporation paysanne* est créée le 2 décembre 1940 par le régime de Vichy : c’est l’organisation corporatiste mise en place par la volonté du maréchal Pétain pour servir de point d’appui dans le monde agricole à la Révolution nationale.

Semaine religieuse de Rodez 5 mars 1943
Semaine religieuse 5 mars 1943

A l’origine de la corporation paysanne l’Union départementale des syndicats paysans du Rouergue créée par le docteur Ayrignac Le 18 décembre 1938 qui veut bannir toute politique et tout commerce dans la nouvelle organisation ce qui ne l’empêche pas de parler de « la situation catastrophique dans laquelle a jeté la France malade, l’arrivée au pouvoir en 1936 de la coterie marxiste que nous avons vue à l’œuvre et dont nous subissons les effets désastreux. Aux pauvres masses aveuglées d’égoïsme, de jouissance matérielle immédiate, de jalousie et d’envie, il était impossible d’abandonner l’avenir du pays. La Solidarité a estimé qu’elle se devait de contribuer au regroupement discipliné des masses paysannes seules aptes à se sauver elles- mêmes, à sauver la France de la décomposition finale et à ramener les masses ouvrières à l’exacte compréhension des nécessités et des besoins communs à tous les Français. » On retrouve là tous les thèmes qui vont fleurir sous la Révolution Nationale. Le 1er décembre 1941 a lieu l’assemblée générale constitutive de l’Union régionale corporative du Rouergue. L’Union régionale corporative dépend de la Corporation paysanne, seul organisme représentatif de l’agriculture (loi du 2 décembre 1940).

Les responsables aveyronnais de l’Union régionale corporative paysanne du Rouergue se recrutent essentiellement parmi les notables, souvent liés à l’Église aveyronnaise. Le docteur Ayrignac est nommé délégué régional, son adjoint le docteur Touzery appartient à la famille Touzery qui dirige le principal journal de l’Aveyron, l’Union Catholique , journal totalement engagé et développant les thèses de la Collaboration. Le 24 juin 1940, Ayrignac s’adresse directement au Maréchal Pétain. Partisan d’un pouvoir fort et autoritaire qui privilégie le retour aux traditions, il redoute des troubles sociaux et la Révolution : « Le Salut de la France ne se réalisera que par un pouvoir qui frappera vite et fort pour ne pas laisser aux embusqués de l’Armée Rouge, la France, le temps de se ressaisir et de préparer une nouvelle Commune sous le regard des Allemands . Les Français n’ont pas besoin d’aller chercher hors de leurs frontières, ni des doctrines, ni des exemples pour conduire leurs affaires; ils n’ont qu’à regarder dans leur passé et reprendre leurs anciennes traditions ». La corporation paysanne avec son journal « Le Rouergue paysan » exerce une grande influence sur le milieu paysan a priori très réceptif aux valeurs pétainistes et qui restera imprégné de maréchalisme militant jusqu’à l’été 1944.(Le paysan , »soldat du maréchal ») Par ailleurs ,un abondant et puissant clergé catholique exerce sur la campagne un magistère moral sans faille « Ici l’esprit porte soutane »

Le journal de l’Aveyron 25 avril 1942

Incontestablement, le monde rural paysan a su bien souvent tirer partie de la situation pour s’enrichir. Les rapports des préfets dénoncent, statistiques des caisses d’épargne et rapport des services des fraudes à l’appui, l’enrichissement et la cupidité des ruraux. Dans la caisse d’épargne de Rodez, les taux de couverture des versements sur les retraits passent aux niveaux exceptionnels de 325  % en juillet 1943, 268 % en janvier 44 , et 297 % en juin 1944 . Ainsi, sans aucun doute, la prospérité de certaines familles, gros paysans, maquignons, commerces de gros, commerçants, trouve aujourd’hui son origine dans les activités légales ou illégales effectuées pendant l’occupation.

La perméabilité à Vichy va forcément de pair à une imperméabilité, pour ne pas dire une grande réticence des ruraux aveyronnais envers la résistance. Si ici où là le soutien logistique et moral a été important (Maquis d’Ols), sa sous représentation dans la résistance est manifeste, quelques petits %(et quasiment jamais dans les FTP) alors qu’ils sont ultra-majoritaires dans la population . Dans la martyrologie Aveyronnaise, on trouve de nombreux paysans, victimes civiles ou otages mais jamais pour fait de résistance. De plus, la présence importante dans la résistance armée aveyronnaise (surtout dans l’Ouest Aveyron) : d’Espagnols, Tchèques, insoumis Italiens, Polonais, Allemands antifascistes heurtait l’opinion publique paysanne largement pénétrée de xénophobie. Pour les ruraux il était inadmissible « de laisser les campagnes sans aucune protection ; qu’ils vont être non seulement à la merci des maquis mais aussi du premier malandrin venu » (Rapport des RG 9 juin 1944 A.D.Aveyron Dos. 201W-75)

Au sein du CDL aveyronnais(Comité Départemental de Libération) il n’y a eu aucune représentation paysanne du fait que n’étaient représentés que les groupements ou partis politiques ayant fait de la résistance en tant que collectivité.

En résumé, la paysannerie aveyronnaise par conservatisme et par intérêt s’est accommodée d’un régime dans lequel elle se reconnaissait et qui favorisait pour beaucoup son enrichissement

Rapport des Renseignements Généraux du 29/07/1943 ( RG 29-07-1943 ADA 201 W 74) « Le paysan très croyant , d’opinion éloignée de tout excès, tenu par une prudence instinctive, loin des manifestations tapageuses, moins touché que l’ouvrier par la misère et la Relève, semble devoir être moins hostile à la politique du gouvernement. Mais, les difficultés actuelles auxquelles il se heurte lui font souhaiter le retour à une économie plus libérale. Il tend à opposer une résistance passive aux taxation . Trop ennemi des aventures pour prendre nettement parti, il souhaite que les événements favorisent le retour de la liberté économique d’autrefois. En résumé, la richesse de son sol et la variété de ses produits assurent au département de l’Aveyron une situation privilégiée . Un afflux permanent des personnes des départements plus touchés par les privations a développé le marché noir qui se généralise. Les paysans y ont puisé une richesse apparente, tandis que l’ouvrier ou l’habitant des petites villes subissaient les conséquences de salaires insuffisants devant la cherté de la vie. Le malaise économique est si profond qu’il tend à établir une opinion commune défavorable à la politique intérieure et extérieure du gouvernement « .

A la libération. Le Gouvernement provisoire déclare nuls tous les textes relatifs à l’organisation corporative de l’agriculture (ordonnance du 26 juillet 1944) et propose la création du comité d’action agricole chargé de remplacer la Corporation paysanne .

La composition du comité départemental d’action agricole chargé de gérer et de liquider les services de la Corporation paysanne suscitera de sérieuses réserves (annonce de la composition le 13 octobre). La composition a été faite de façon confidentielle. Trois de ses membres faisaient partie du Conseil Régional corporatif « de feu la Corporation paysanne du Rouergue » où ils » siégeaient à côté de l’ex-chef départemental de la Milice dite Française » Ainsi, sur les huit membres nommés, six sont originaires de la Corporation paysanne. L’administrateur provisoire chargé de la liquidation des biens de la corporation était, excusez du peu, son ancien conseiller financier .

La corporation n’existait plus mais les intérêts qu’elle représentait, notamment ceux des gros propriétaires ne risquaient aucune mise en cause.

Le 29 avril 1945, environ 260 syndicats sont convoqués pour élire dans chaque canton, à bulletin secret, un délégué cantonal. Le 30 avril est formé le bureau de la Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles. Jean Lacombe, ancien membre de la Corporation paysanne, ancien maire destitué par Vichy, radical, est élu président. On retrouve nombre d’anciens de la Corporation paysanne dont Chayrigues, le père du gendre du docteur Ayrignac.

La Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles(FNSEA), fondée en 1946 nommera comme secrétaire général, René Blondelle, ancien syndic régional de la Corporation paysanne pendant l’occupation qui sera ensuite président de la FNSEA de 1949 à 1954 …..Aux élections professionnelles de 1946, la plupart des dirigeants reviennent, après une courte épuration, aux postes de commande. Si on examine la liste des présidents et secrétaires généraux de la FNSEA jusqu’en 1961, on s’aperçoit qu’ils ont tous fait partie de l’organisation corporatiste.

Ainsi, après la libération la continuité l’emportera largement sur les ruptures. Il y a encore un fossé entre le monde de la campagne et le monde de la ville. Les mouvements de Résistance sont surtout composés d’habitants de la ville. La mise en place des nouvelles organisations agricoles traduit bien ce climat. Les paysans ont voulu écarter timidement les éléments les plus réactionnaires de la Corporation paysanne, mais on retrouvera un grand nombre d’anciens de la Corporation dans les nouvelles structures. Les positions défendues par la Résistance, n’y rencontreront qu’un écho extrêmement limité pour ne pas dire nul.

II- L’AVEYRON ET LA DRÔLE DE GUERRE

Après linvasion de la Pologne le premier septembre 1939, l’ordre de mobilisation est ordonné le lendemain. La France et le Royaume-uni déclarent la guerre à l’Allemagne . On n’est pas en 1914, pas de scène patriotique ni fleur au fusil, la boucherie de 14/18 et les 15000 tués du département sont dans toutes les têtes ( Pertes ramenées à la population : 4,05 % en Aveyron contre 3,29 % au niveau national) Par contre la presse aveyronnaise est enthousiaste « on les aura » comme à la Marne, comme à Verdun . l’Union Catholique titre le 23 septembre 1939 : Nous vaincrons!
« (…) On les aura ! Et c’est vrai ! Comme à la Marne, comme à Verdun, l’Allemand sera vaincu…La tâche de nos soldats, qui est aussi la nôtre, est donc magnifique. C’est vraiment une croisade qui commence, la croisade de la vraie liberté, de la fraternité chrétienne, la croisade de notre civilisation.(…) »
UnionCatholique, 23/09/39

Elle pronostique une guerre courte, la France est invincible ! Pendant 8 mois leur optimisme sera inébranlable s’appuyant sur une désinformation grossière. Les communiqués du grand quartier général déclarent immuablement « rien à signaler-nuit calme» Le petit parisien parle de « vacances Gamelin » Paul Raynaud le dit et le fait dire « nous vaincrons parce que nous sommes les plus forts » De surcroît , « le blocus achève la désagrégation économique de l’Allemagne » Maurice Sarraut le directeur de la dépêche et l’homme politique le plus influent de la région se félicitait de la stratégie immobiliste de son ami le général Gamelin

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la croix de l’Aveyron 9 juillet 1939

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La croix de l’Aveyron 23 Juillet 1939
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La croix de l’Aveyron 24 septembre 1939
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La croix de l’Aveyron 15 octobre 1939
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La croix de l’Aveyron 5 novembre 1939 « la meilleure armée du monde » « L’invasion impossible »

Mais on se garde bien de dire aux Français que ce curieux blocus n’empêche pas les trains de minerai de fer lorrain de gagner l’Allemagne par la ligne Charleville-Givet, ni la compagnie générale transatlantique de transporter la bauxite à Anvers d’où elle gagne Hambourg , ni Gnôme et Rhône de vendre à l’Italie des moteurs d’avion (18000 en 9 mois) rétrocédés à la firme allemande Dornier , etc…

La croix de l’Aveyron 21 mai 1939

Pour les munichois français qui triomphent, les affaires sont les affaires ! Peu de perturbations dans la vie quotidienne à tel point que s’insinue l’idée pour certains que la guerre va être gagnée sans combattre ! Pendant ce temps, les autorités françaises mènent une autre guerre, pas contre Hitler mais contre les communistes. Prétextant la signature du pacte Germano-Soviétique , travestissant la vérité en assimilant ce traité de non-agression en alliance, Daladier édita le décret-loi du 18 novembre 1939 qui porte son nom mais conçu en fait par le radical Albert Sarraut , frère du directeur de la dépêche, qui permet d’interner sans jugement  » les individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique ». Le texte vise en priorité les communistes. Cette mesure, exorbitante du droit sera reprise par Vichy . Le ministre socialiste Sérol fait décréter le 10 avril 1940 « sont coupables de trahison et par conséquent passibles de la peine de mort les individus qui, dans des cas déterminés, seraient convaincus d’avoir préparé, fourni ou stocké, afin qu’ils soient répandus, les instruments de propagande de la IIIe Internationale communiste« . Dans ce délire anti-communiste, ce reniement de la liberté d’expression et du suffrage universel, les forces réactionnaires, les socialistes et les radicaux firent bloc. (On devait retrouver nombre d’entre eux dans la collaboration à Vichy) Dés les premiers jours de septembre 1939 eurent lieu les premières arrestations, celles de E Abraham à Capdenac et de F Teulier à Viviez pour « Détention de tracts de nature à influencer l’esprit de l’armée et de la population » De février à juin 1940, 22 arrestations pour « propos défaitistes » eurent lieu dans la seule circonscription de Villefranche de Rouergue.

Ces premières arrestation pendant la drôle de guerre allaient en entraîner bien d’autres sous Vichy : Plus de 5 500 communistes ont été arrêtés et déportés en Algérie pour les uns et libérés par les américains(sic) lors de leur débarquement (.Edmond Ginestet) (Les camps d’internement ouverts par Daladier étaient surpeuplés aussi des militants de l’Aveyron et du Tarn furent déportés en Afrique du Nord) et pour les autres, incarcérés dans des camps où les allemands n’ont eu qu’a se baisser pour mettre la main dessus (Dans l’Ouest Aveyron, on note au moins Quarante communistes arrêtés) .

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La dépêche 5 avril 1940. En juillet 1940, le rédacteur de ce décret Henri Roy, ministre de l’intérieur, approuvera la révision constitutionnelle et votera les pleins-pouvoirs à Pétain.

Régiments de mobilisation aveyronnaise

Le département appartient à la 16ème région militaire de Montpellier. Un nombre important d’Aveyronnais sont mobilisés dans le 15ème régiment alpin et le 122ème régiment d’infanterie. (y compris ceux qui sont « montés » à Paris) Deux bataillons du 15ème RIA sont stationnés à Albi et un à Rodez. (fin août 1939 Le 3e bataillon du 15 ème R.I.A avait quitté Rodez en direction des Alpes et le 12 septembre le 122ème R.I.reconstitué s’embarque pour le front de l’Est.)

Courant décembre, le 122ème RI formé à Rodez, en septembre, fait mouvement vers le Nord, dans la Somme, pour effectuer des travaux de terrassement qui devaient servir de fossés anti-chars. Dans son témoignage un sergent a décrit l’ambiance de la mobilisation et de la « drôle de guerre :« Dans une ambiance partagée de doute et d’angoisse qui ne rappelait en rien les scènes d’enthousiasme vécues en 1914, la
mobilisation de septembre 1939 se déroulait comme il avait été prévu, avec ordre et méthode mais morne et sans entrain. Le coeur ,’y était pas »

BATAILLE DE FRANCE-OFFENSIVE ALLEMANDE

Bataille de France — Wikipédia
La France abasourdie où en succédant à la « drôle de guerre la « Blitzkrieg » transforme les Français en « un peuple de somnambules« 

L’union catholique du 23 septembre 1939 écrivait : « Nous vaincrons!
« (…) On les aura ! Et c’est vrai ! Comme à la Marne, comme à Verdun, l’Allemand sera vaincu…La tâche de nos soldats, qui est aussi la nôtre, est donc magnifique. C’est vraiment une croisade qui commence la croisade de la vraie liberté, de la fraternité chrétienne, la croisade de notre civilisation.(…) »
L’UnionCatholique,23/09/39

Donc huit mois après la mobilisation de septembre 39, on joue à la belote sur la ligne Maginot

Cette guerre qui n’en était pas une donnait bien une certaine sensation d’inquiétude mais elle durait depuis plusieurs mois et on pouvait l’imaginer s’étirant sur des années . Cette torpeur prit fin avec l’offensive allemande du 10 mai , mais on en avait pas fini avec les illusions.

Même à la veille de la défaite, tous les journaux aveyronnais s’en tiennent, contre toute logique et avec entêtement, aux mêmes affirmations : avance des soldats français, graves dommages à la flotte allemande et à son aviation, moral au plus bas et mauvaise situation économique du III ème Reich .

La Dépêche  titrait le 11 mai  sur l’invasion de la Belgique, que l’ennemi avait atteint la Meuse, mais annonçait le lendemain que les français contre-attaquaient et avaient brisé « l’assaut des chars allemands » Le 18 reconnaissait que le front de la Meuse avait été percé mais en affirmant que l’infanterie allemande ne pouvait pas suivre .

La dépêche 10 mai 194
La dépêche 13 mai 1940
La dépêche 14 mai 1940
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La Croix de l’Aveyron 2 juin 1940 en pleine évacuation de Dunkerque « la supériorité de l’aviation alliée qui surclasse celle de l’ennemi »

La campagne contre les Pays Bas et la France dura moins de six semaines. L’Allemagne attaqua brusquement par l’Ouest le 10 mai 1940, les panzers qu’on attendait en face dévalent à travers la Belgique. A l’origine, les commandements britannique et français pensaient que l’armée allemande attaquerait, comme pendant la Première Guerre mondiale, par le centre de la Belgique, et ils postèrent donc en urgence des troupes à la frontière entre la Belgique et la France. Mais la Wehrmacht attaqua par les Ardennes au sud-est de la Belgique et au nord du Luxembourg . Les blindés et l’infanterie allemands percèrent les lignes de défense françaises puis parvinrent rapidement jusqu’à la côte Atlantique. La Belgique et les Pays-Bas se rendirent en mai. En moins d’un mois, cent mille français sont tués et plus de deux millions,50% de l’effectif total sont prisonniers. Pendant cinq années ils vont remplacer, dans l’appareil économique allemand, les mobilisés de la Wermatch. Cerise sur le gateau, Hitler vient de mettre la main sur l’essentiel du matériel et du potentiel militaro-industriel, de ce que l’on croyait être la meilleure armée du monde.

300 000 soldats français et britanniques furent évacués en Grande-Bretagne, par la Manche, à partir des plages autour de Dunkerque, Paris tomba aux mains des Allemands le 14 juin 1940.

Les régiments aveyronnais dans la bataille

Le département appartient à la 16ème région militaire de Montpellier. Un nombre important d’aveyronnais sont mobilisés dans le 15ème régiment alpin et le 122ème régiment d’infanterie. (y compris ceux qui sont « montés » à Paris) Deux bataillons du 15ème RIA sont stationnés à Albi et un à Rodez.

Le 15ème RIA passe l’hiver 1939/1940 en Lorraine, en février il fait mouvement vers la Belgique et au moment de la ruée allemande, il lutte Héroïquement sur la Basse-Somme . Il est capturé le 12 juin à saint-Valéry en Caux. Le 122ème RI part vers la Meuse et jusqu’en décembre tient les avant-postes sur la ligne Maginot. En mai, au moment du repli, le 122ème protège la retraite de l’armée. Le 20 mai , le deuxième bataillon défend trois ponts sur l’Escaut . Le troisième bataillon sera le dernier carré de Dunkerque où le régiment a reçu pour ordre de barrer la route aux Allemands, coûte que coûte. Le 3 juin il attaque sur le canal de la « Basse-Colmes » mais est obligé de se replier faute de munitions . Sous un terrible bombardement , les débris du bataillon gagnent Saint-malo-Les-bains où se trouvent des milliers de soldats mais pas un bateau . Le 4 juin ils sont faits prisonniers.

Ainsi le sang des aveyronnais a coulé sur les champs de bataille de Belgique, de Flandres et de Dunkerque où bon nombre d’Aveyronnais reposent désormais au sein des cimetières militaires de Teteghem ou de Zuydcoote, Ferrieu, Courtaillac, Osty, Hérail… Triste bilan : 412 rouergats tués face aux allemands* , 9401 prisonniers (183 mourront en captivité) la plupart ne reverront l’Aveyron qu’en 1945. 200 environ ont réussi l’évasion mais beaucoup d’évadés malchanceux (300 environ ont finis dans les camps de représailles et d’extermination de Rawa-Ruska)

*Ces morts comme les cent mille morts du printemps 40 sont les morts « oubliés » qui, dans les livres nombreux qu’on a écrits sur la chute de la France n’apparaissent qu’au détour d’une page, un peu par hasard. Pourtant de 100 000 à 120 000 morts (Les chiffres varient selon les sources mais restent du même ordre pour tous) en 45 jours, c’est considérable, à titre de comparaison entre le 21 février et le 30 avril 1916 à Verdun, soit au plus fort de la bataille il y a eu 68 000 tués.

Au delà de la déliquescence et la veulerie de la majeure partie de l’état major et l’essentiel des cadres supérieurs qui se sont enfuis à l’arrière, ce nombre de morts n’est pas la conséquence de quelques escarmouches qui n’auraient pas suffit à provoquer la mort de plus de 100 000 hommes, mais prouve que nombre de français se sont battus (la 1ère armée à Lille, la division blindée de De Gaulle, le 16 ème corps Falgarde à Dunkerque sans lequel les anglais n’auraient pas pu embarquer etc… ) et treize officiers généraux sont morts résistants aux nazis. Les Aveyronnais du 15ème RIA et du 122ème RI sont de ceux-là. Ces hommes qui ont choisi de faire face aux nazis au péril de leur vie et les milliers de morts méritent d’être considérés comme des résistants avant la lettre.

Du militant ouvrier antifasciste s’engageant contre Franco en Espagne au général de famille noble mourant un mousqueton à la main face aux troupes d’Hitler nous pouvons déjà nous faire une idée de la diversité des racines de la résistance.

III L’ARMISTICE

La croix de l’Aveyron 30 juin 1940
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La dépêche 23 juin 1940
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La croix de l’Aveyron 30 juin 1940

L’armistice du 22 juin 1940 est signée en forêt de Compiègne entre le représentant du troisième Reich allemand et celui du gouvernement français Philippe Pétain. (Peu ou quasiment pas d’échos à l’appel à la résistance de Charles Tillon le 17 juin 1940 et de De Gaulle le 18). Elle entre en vigueur le 25 juin. L’invasion allemande du 10 mai a frappé de stupeur la population du département, mais l’entrée de Pétain au gouvernement est saluée comme une lueur d’espoir. Les aveyronnais, dans une large majorité derrière ses journaux la dépêche et l’Union Catholique, lui accordent une totale confiance quand il prend la tête du gouvernement et signe l’armistice.

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La dépêche 26 juin 1940

La Wehrmatch occupe le nord de la ligne de démarcation.

L’Aveyron est en zone »libre » ou plutôt non occupée par les Allemands mais sous la tutelle d’un nouveau régime, celui de Vichy, fasciste.

L’Aveyron, avec d’autres, est désignée département d’accueil. En mai-juin prés de 6 millions de civils s’enfuient vers le Sud et l’Ouest formant entre Paris et la Loire d ‘énormes bouchons. Les avions allemands et italiens (le 10 juin, (l’Italie fasciste est entrée en guerre) bombardent et mitraillent la foule. Venant de Belgique, du Luxenmbourg, de hollande, du Nord de la France et de Paris. Beaucoup se fixent en Aveyron au point de doubler la population du département. Un nombre important de réfugiés alsaciens et lorrains sont accueillis dans les centres urbains de l’Aveyron, parfois par paroisse entière à Saint Affrique, Millau, Rodez, Espalion, Marcillac, Capdenac, Villefranche-de-Rouergue. Après l’armistice, la plupart des réfugiés retourneront chez eux mais resteront ceux des zones interdites, les alsaciens mais surtout de nombreux israélites venus du centre ou du nord de l’Europe. En juillet arrivent d’Alsace et de Lorraine les catégories de personnes non assimilables selon les critères nazis (La germanisation et nazification de ces département passent par l’expulsion pure et simple de tous les indésirables et de tous les éléments jugés« non germanisables » : juifs, nord-africains, asiatiques, naturalisés français puis plus largement francophiles et francophones) Par ex. des familles de lorrains expulsés arrivent le 21 novembre 1940 en gare de Villefranche de Rouergue. Plus de 70 familles avec souvent leur curé des villages Lorrains de Many, d’Arrincourt de Vittoncourt. D’autres familles d’Arriance et de Vattimont avaient quitté le convoi pour se diriger en partie vers Capdenac.(En janvier 1942, les statistiques préfectorales précisent que 9883 réfugiés résident dans le département, 3120 de la zone occupée, 3683 de la zone interdite. Notons que les terres de ces Lorrains expulsés furent distribuées à des paysans allemands.

Des années 1939 à 1942, d’importantes communautés juives fuyant les persécutions s’installeront aussi dans le département croyant y découvrir refuge. Le 17 mars 1942, 918 juifs, 441 Français, 477 étrangers ont souscrit à l’obligation de déclaration prescrite par la loi du 2 juin 1941. Cette liste transmise à M. Protoff chef des questions juives pour la région de Montpellier sera utilisée pour la rafle des juifs en Aveyron*. En septembre 1941, c’étaient 708 personnes juives déclarées, 346 Français, 362 étrangers, donc une augmentation de 191 unités en mars 1942.

*Voir l’article la rafle des juifs en Aveyron

IV L’AVEYRON AVANT VICHY

Par rapport à l’armature nationale, les variables économiques et sociales de l’Aveyron sont très différenciées. Aux élections de 36 et à rebours du reste de la France, les aveyronnais ont rejeté massivement le Front populaire (à part la circonscription de l’ouest) matraqués par la presse de droite qui ne faisait pas dans la nuance et pré-conditionnait la population Aveyronnaise au régime de Vichy. Les thèmes de la presse étaient quasiment d’extrême droite : « le front populaire c’est la guerre », « infâme cartel » « Ce front révolutionnaire veut la destruction de toute civilisation, la fin des libertés la destruction de la famille, le refus de la patrie, la ruine économique ». Le Le clergé : Appel contre les ennemis de la religion et du « christ-roi », les pères de famille sont sollicités pour défendre la pierre angulaire de la société , la famille. Pendant la guerre d’Espagne , la droite soutient franco choisi par dieu et rempart inexpugnable de la religion. Pour De Castelnau ultra catholique, la « Frente Popular » devient la « Frente Crapular » Pour l’Union Catholique, »Famille, Ecole, Loisirs et Travail doivent garder les dimensions religieuses et promouvoir la vertu « . Le sénateur Coucoureux proclame que « l’enseignement libre est une des force spirituelle de la France »

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Le manifeste des candidats de droite. La croix de l’Aveyron 3 mai 1936
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La croix de l’Aveyron 26 avril 1936 Titre : L’exemple Espagnol
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La croix de l’Aveyron 12 avril 1936 « La petite propriété disparaitrait »

L’amalgame juifs-franc-maçon-communistes-étrangers à été largement pratiqué avant 1940

Avant Vichy, les ennemis désignés par les journaux locaux ( l’Union Catholique, la revue religieuse de Rodez) sont les communistes, les Francs-maçons, les juifs, les étrangers; leurs éditoriaux sont inspirés de « Grégoire » ,du Figaro de « je suis partout ». Les slogans de lAction Français : »La France, la France seule «  ont largement contaminé le département. Contre les communistes les articles sont écrits dans « la retenue » :  » agent de Moscou  »  » pire danger pour la patrie ‘ « œuvre criminelle contre la fraternité et la sécurité de la France » etc …etc.. Mais les francs -maçons liés au combat laïque en prennent eux aussi pour leur grade. Anti français, ennemis du peuple. Ramadier, « le pire ennemi » veut détruire le catholicisme ». Les juifs aussi, pour l’Union catholique, « Blum n’a pas deux sous de sang français  » Et les républicains espagnols réfugiés  «  tortionnaires anarchisants assassins » ; pour l’Union catholique « ils font de la France un dépotoir » . Pierre Fau, son rédacteur en chef réclame l’Union sacrée contre les étrangers pour « une France aux français » (sic)

On pouvait lire dans le messager de Millau du 2 septembre 1939 cet article ci-dessous qui fait échos au grand remplacement cher à l’extrême droite d’aujourd’hui en France …. Le Drame démographique en France.
 » (…) Certaines régions de la France sont littéralement colonisées par les étrangers… Ainsi de puissantes enclaves se sont constituées… L’assimilation de vient de plus en plus difficile…Ce sont, au contraire, les français qui risquent d’être submergés par les étrangers… Qu’on livre à des étrangers ou à des naturalisés de fraîche date les leviers de commande, là est le péril. (…) Seule la France ouvre toutes grandes ses portes aux étrangers. Seulement, à ce rythme, la France ne tardera pas(…) à n’être plus française.. »
Le Messager de Millau, 2/09/1939.

Les communistes sont les « Thénardiers de la trahison », « Les traitres français qui tirent au ronéo dans les caves des tracts clandestins à la gloire de Moscou » pour la Dépêche, journal qui collaborera allègrement pendant l’occupation

la dépêche février 1940
La dépêche 14 février 1940

Avant 1940, On retrouve donc quasiment tous les thèmes de l’idéologie pétainistes : travail-famille-patrie-ordre. Et dans cette région essentiellement rurale et ultra-catholique, la droite rouergate cléricale a préparé les aveyronnais à adhérer facilement et massivement au nouveau régime. Les relais qui favorisèrent la transition et l’implantation des nouvelles valeurs vers les aveyronnais a forte majorité paysanne sont nombreux : les notables administratifs, l’évêque de Rodez, Mgr Chaliol, le clergé paroissial, l’école privée largement présente dans le département les mouvements catholiques, la légion des combattants, la presse dans sa totalité et enfin la corporation paysanne

V-L’AVEYRON SOUS LE RÉGIME DE VICHY

La croix de l’Aveyron 1er décembre 194O (Après la rencontre de Montoire entre Hitler et Pétain  » l’illustre soldat a choisi …il a accepté la collaboration proposée par un adversaire qui aurait pu être tenté d’abuser de son écrasante victoire »

Xénophobe, anti-communiste, antisémite, ce régime qui, à partir de juillet, s’est installé dans le Sud de la France n’est pas Républicain mais son exact contraire. En Aveyron, plus qu’ailleurs, on trouve dans un emballage Louis Phillipard une mixture savante acceptée de cléricalisme à haute dose, de contrainte policière et de négation du suffrage universel. Les aveyronnais, pour une grande part, louent une véritable admiration pour le vieillard qui leur vend comme devise  « Travail, famille, patrie », continuité de leur héritage idéologique. L’aveuglement derrière Pétain s’explique largement par le poids des antériorités idéologiques : anti-parlementarisme, ordre moral, discours passéistes, ultra_cléricalisme, anti-laicité, hostilité à la modernité, valeurs rurales exaltées et constamment opposées aux valeurs urbaines et, enfin, xénophobie souvent virulente.

On a vu qu’à l’exception de Ramadier qui a voté contre et Bastide qui s’est abstenu, la totalité des parlementaires du département ont voté les pleins pouvoirs à Pétain. Les rouages du régime vichyste vont donc être mis en place rapidement et sans difficulté. Vichy n’a eu qu’à récupérer le courant idéologique préexistant .

Dans le même temps le colonel Marion est nommé préfet le 25 septembre 1940 en remplacement de Destarac. A la poubelle les mandats électifs, quarante-huit maires aveyronnais sont destitués, les maires de plus de 2000 habitants sont désormais nommés par le préfet. Plusieurs conseils municipaux sont dissous; dans l’Ouest Aveyron Ramadier à Decazeville et Grès à Capdenac sont destitués de leur mandat. Le sous préfet de Villefranche de Rouergue installe un nouveau conseil municipal et un nouveau maire, le notaire Tourtonde; les nouveaux conseillers sont essentiellement des commerçants et entrepreneurs de la droite catholique. Le nouveau maire prononce une allocution maréchaliste où il est question « du désir de faire de Decazeville une municipalité honnête, convenable, qui tâchera dans sa petite sphère de travailler pour le relèvement de notre petite patrie » Une lettre destinée à la population annonce « la fin des errements du passé » et l’heure de la discipline et du relèvement. (Par contre Bonnefous est maintenu maire de Rodez et sera un important relais de Vichy pendant toute l’occupation, destitué à la libération, il poursuivra néanmoins sa carrière politique)

Journal de l’Aveyron 24 mars 1940
Journal de l’Aveyron 7 mars 1940

Fin des syndicats et interdiction des grèves, place à la charte du travail. Sans perdre de temps, Marion active la répression : Il demande à l’encadrement des servies techniques de signaler les fonctionnaires récalcitrants au régime. Des postiers, des cheminots, des instituteurs sont révoqués et placés en résidence surveillée. L’école normale d’instituteurs « foyers de subversion » est supprimée. L’enseignement privé a désormais accès à des subventions d’état.   Dans le bassin des auteurs d’injures vis à vis de Pétain sont inquiétés.

Paradoxalement, bien que la société aveyronnaise soit germanophobe après la boucherie de 14/18, il n’est pas rare que la politique de collaboration y soit approuvée et par contre l’adhésion à Pétain sera très majoritairement la règle pendant toute l’occupation. Les premiers signes de désaffections, tardifs, ne concerneront qu’une petite frange de la population et seront d’une amplitude bien plus faible que dans la plupart des autres régions. Alors que sur le front oriental, l’Armée rouge ne cesse de progresser vers l’Ouest,et qu’en Italie la bataille est aux portes de Rome, les Alliés sont maîtres de toute l’Afrique du Nord et après le débarquement sur la cote Atlantique, l’Union Catholique titrera les 12-16 juin « les troupes anglo-saxonnes, anéanties dans tous les secteurs, subissaient de lourdes pertes consécutives à des contre-attaques allemandes disposant encore de toutes les réserves stratégiques« . Le clergé, les notables et la presse continueront jusqu’au bout d’appeler à l’union, à la discipline et à l’attachement envers le maréchal et son gouvernement. Leur propagande forcenée fera qu’une part importante des paysans ne verront dans le débarquement que le retour de la guerre sur le sol aveyronnais « le salut de la France ne passe pas par la victoire des alliés, antichambre de la victoire du bolchevisme, mais par la fidélité et le soutien inconditionnel à Vichy« (rapport de RG ,AD Aveyron.201 W75)

6 avril 1941. Des centaines de personnes se sont réunies devant l’actuel tribunal pour acclamer le général Laure, secrétaire du maréchal Pétain. Il est entouré par le maire de Rodez de l’époque, Raymond Bonnefous, et l’évêque Chaillol, ultra-favorables au régime de Vichy.

V-1-La répression en Aveyron

Les forces répressives

René Bousquet, chef de la police de Vichy et un des organisateurs de la rafle du Vél d’Hiv

Les 16 et 17 juillet 1942, 9 000 policiers et gendarmes français montrent aux autorités allemandes de quoi ils sont capables lors de la rafle du Vél d’Hiv. Durant l’Occupation, du simple gardien de la paix au préfet, les fonctionnaires français vont appliquer avec zèle la politique des Allemands, devançant même parfois leurs exigences.

La police urbaine

A la suite de l'armistice du 22 juin 1940 mais surtout de l'entrevue de Montoire entre Petain et Hitler (24 octobre 1940), le regime de Vichy met en place une collaboration d'Etat avec l'occupant nazi. La police et la gendarmerie prennent une part active dans la lutte contre la Resistance ou les rafles de juifs...

Serge Klarsfeld affirme ainsi que «sans la police française, les autorités d’occupation n’auraient pas atteint de tels chiffres de déportation.» Sur les 76 000 juifs déportés de France vers les camps d’extermination, l’écrasante majorité l’a été avec l’aide des forces de l’ordre françaises. «Le bilan de la période 1940-1944 est extrêmement lourd pour l’institution policière»

En Aveyron, faible en importance elle était Composée d’un Commissariat à Decazeville et à Aubin et de quelques agents à Villefranche de Rouergue. Son activité répressive était limitée par un groupe de résistants en son sein. Cependant, le commissaire de Decazeville fut exécuté en mars 44 compte tenu de sa brutalité et sa chasse Incessante des résistants.

La gendarmerie :

Idem que pour la police, les gendarmes comme partout en France, pour leur majorité, ont suivi docilement les directives de Vichy, arrêtant sans état d’âme juifs et communistes, réfractaires au STO,etc…..

Cependant, après l’invasion Allemande de la zone Sud, mais surtout après les revers continus de la Wehrmacht et la pression du maquis, nombre d’entre eux basculèrent dans les rangs de la résistance au moment opportun, à la 23ème heure voire la 24ème heure pour certains.Des avertissements répétés des FTPF du maquis d’Ols sont nécessaires pour réfréner leur trop grand zèle notamment du brigadier de Villeneuve, du capitaine de Villefranche qui a succédé au capitaine *Guillon déporté ou des gendarmes de Rignac qui ont assassiné le résistant Robert.

*Le capitaine Guillon fait partie des quelques authentiques résistants dans le corps de gendarmerie en Bas-Rouergue

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La voix du peuple 5 mai 1944

Les GMR

Le serment des GMR  » Je jure fidélité à la personne du chef de l’État, promettant de lui obéir en tout ce qu’il commandera dans l’intérêt du service de l’ordre public et pour l’intérêt de la Patrie ».

Les Groupes mobiles de réserve, souvent abrégés en GMR, étaient des unités paramilitaires créées par le gouvernement de Vichy. Leur développement fut l’affaire privilégiée de René Bousquet , directeur général de la Police nationale. L’exécution des basses oeuvres leur est particulièrement réservée.Les premières unités voient le jour à Marseille, Bordeaux, Toulouse, Perpignan et Carcassonne avant d’être implantées sur tout le territoire. René bousquet en fera l’un des fers de lance de la terreur. Composée de gardien de la paix mais aussi d’anciens militaires laissés sur le carreau aprés la défaite, les GMR compteront jusqu’à 20000 hommes affectés à toute les sales besognes.Sans états d’âme, ils encadrent les rafles, traquent les résistants et basculeront vers l’action armée en engageant le combat avec la résistance dans de véritables batailles rangées, par exemple contre les maquisards du plateau des Glières en Haute-Savoie(1944)

A partir de l’automne 1943 les GMR étaient engagés dans les opérations de répression de la résistance. Un GMR, dirigé par un commandant (de gardiens de la paix), comprenait deux cent vingt policiers au maximum et était divisé en quatre sections commandées en principe par des officiers de paix et subdivisées en quatre brigades. Les GMR n’étaient pas recrutés dans la population locale et ne vivaient pas en son sein. Ils n’avaient donc pas de raison de rechercher le modus vivendi qui existait quelque fois entre les maquisards et les forces locales de maintien de l’ordre. Autant qu’ont pu en juger témoins et historiens, ils n’ont pas montré de scrupules particuliers pendant ces campagnes de répression, même si l’on compta des transfuges parmi eux à l’été 1944.

Deux compagnies de GMR stationnaient en Bas Rouergue, à Decazeville et à Villefranche. Ces force de « maintien de l’ordre vichyste » étaient épaulées dans leur action par diverses organisations fascistes notamment la milice . Pour François Vittori (commandant Marc), ces GMR étaient dans leur grande majorité des mercenaires à la solde de Vichy.

Brigade spéciale de Montpellier

Dirigée par lintendant de police Pierre Marty*elle est appelée Brigade sanglante. Marty accompagné de compagnies de GMR intervenait en Aveyron pour chasser les résistants. En collaboration avec la Gestapo, il y fut particulièrement actif. (Jugé à Toulouse en 1948, Pierre Marty sera condamné à mort et exécuté).

La milice

En janvier 1943, le gouvernement de Vichy décide de créer la Milice à partir du Service d’Ordre Légionnaire. La milice constitue rapidement la police politique de Vichy et en vient à jouer un rôle supplétif auprès de la Gestapo et des autres forces nazies présentes sur le territoire.
Ouvertement fasciste, anticommuniste, antisémite et antirépublicaine, la milice est officiellement placée sous le commandement du Premier ministre, Dans les faits, elle est dirigée par son secrétaire général Joseph Darnand, fondateur du Service d’ordre légionnaire (SOL, 1940-1943) qui en est l’ancêtre.

L’objectif de la milice est :

  • de lutter contre la Résistance
  • de traquer des Juifs ou des réfractaires au STO
  • de maintenir l’ordre
  • «  …En décidant de transformer le S.O.L. en milice française, M. Pierre Laval vient de rendre un grand service. Composée de volontaires, soumise à une véritable sélection, n’accueillant que d’authentiques français de race et de sentiment, la milice française sera la troupe de choc (de la R.N) ». (Messager de Saint-Affrique. 13-02-1943).
  • Implantée dans les plus petits villages elle représentait un vrai danger. L’exécution de certains de ses chefs à partir de mi-juin 44 (Bachellerie à Aubin le 25 février 1944) a considérablement atténué son zèle. Rapatriée à Rodez, elle n’existait plus en Bas-Rouergue à partir de ces exécutions.

Dans sa majorité, bien que mobilisée dans son département juste après le 6 juin, la Franc garde rouergate fut, en pratique, réduite à l’impuissance du fait de l’activité de la Résistance et des maquis qui, avant le débarquement de Normandie, avaient exécuté nombre de ses cadres, intimidant les autres et les réduisant à l’impuissance. Une bonne partie des francs-gardes aveyronnais allèrent grossir la Milice de l’Hérault à la caserne de Lauwe de Montpellier où sa branche armée était mobilisée depuis le débarquement.(La Franc-Garde était la branche armée de la Milice française et fut engagée, seule ou aux côtés des forces allemandes, dans les principaux combats contre les maquis entre la fin de l’année 1943 et la fuite de ses membres en Allemagne en août 1944.)

En Aveyron, de l’automne 43 au printemps 44, les actions répressives sont le fait exclusif des forces du régime de Vichy.

En février 1944, ce sont 30 gendarmes de la brigade de Millau, attaque diligentée par le capitaine de Millau, Clerget-Gurnaud (Et pas les allemands) qui attaqueront sans succés, le maquis Bochetto « le maquis des Lacs », premier maquis FTPF de l’Aveyron, né en octobre 1943.(Ce maquis rejoindra ensuite le maquis d’Ols)

Ce sont les GMR (une compagnie de cent-quarante hommes de la compagnie GMR « Bitterois »)(Et non les allemands) qui, le 6 mai 1944 attaquèrent le maquis du Bouscalous à proximité de Belmont (un mort et 5 prisonniers déportés à Buchenwald ou trois y moururent )

C’est l’intendant de police Marty et sa brigade qui, entre autres, engagea des actions de représailles à l’action des résistants du Bassin minier au cours desquelles sept personnes (communistes, FTP, des Français et des Polonais) et Pleinecassagne membre du mouvement Libération-Sud et de l’AS furent arrêtées dans les trois localités du bassin minier : Decazeville, Viviez, Cransac. Ils furent tous déportés dans les camps de concentration en Allemagne.

Par ailleurs, l’aide française sera déterminante pour des Allemands à l’imparfaite connaissance topographique : Les GMR mais aussi la gendarmerie et la Milice participeront à la traque sanglante des maquisards, déployant souvent un armement lourd

Après l’invasion de la zone libre, aux forces répressives Vichistes s’ajoutent celles Allemandes :

La Gestapo

Important rôle répressif joué par les forces de police et les éléments SS implantés à Rodez secondés par une armée d’indicateurs. Ce furent deux membres de la gestapo de Rodez qui ont pris l’initiative du massacre de Sainte-Radegonde : Stettien chef des renseignements de l’Aveyron et le caporal interprète Fienemann (alias « le Grand-Luc »). Ils convainquirent le colonel Steuber chef de la Kommandantur de Rodez de donner l’ordre de l’exfiltration des prisonniers puis de leur exécution. Au procès de la « Gestapo » de Rodez (Toulouse, 6-11 juin 1951), Fienemann fut condamné à vingt ans de bagne et vingt ans d’interdiction de séjour pour sa responsabilité dans le massacre de Sainte-Radegonde. Ce verdict provoqua des remous en Aveyron. Les habitants de Rodez conservaient le souvenir de l’homme terrible. cruel et fanatique qui, comme tant d’autres, termina tranquillement sa vie en Allemagne.

La répression

Des communistes

Déjà poursuivis pendant la débâcle et le décret Sérol (On a vu plus haut qu’Edmond Ginestet, maire et conseiller communiste d’Aubin a été destitué le 20 février 1940), les communistes sont au nombre des premières victimes de la répression de Marion. Un arrêté préfectoral contre la propagande communiste de décembre 1940 prévoit l’arrestation et la mise en détention des contrevenants. Malgré la répression, les communistes diffuseront tracts et journaux à Capdenac et dans le Bassin houiller dés début 1940 ce qui entraînera pas moins de 22 arrestations dans le seul arrondissement de Villefranche de Rouergue pour « propos défaitistes »

Le journal de l’Aveyron 1er décembre 1940

La croix de l’Aveyron 17 septembre 1939 (Gaston Teulié fut déporté en Afrique du Nord)

Les 5 et 16 décembre 7 communistes sont arrêtés à Cransac .Les jours suivants 15 communistes supplémentaires sont arrêtés à Decazeville et dans le bassin . Parmi ceux-la , Tournier secrétaire du syndicat des mineurs , Palat délégué des mineurs et Marul président de la société de secours des mines . Internés à Montpellier dans les camps à Saint-sulpice* la Pointe dans le Tarn et autres puis déportés en Algérie.

La Croix de l’Aveyron 22 octobre 1939
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La dépêche 5 avril 1940. En juillet 1940, le rédacteur de ce décret Henri Roy, ministre de l’intérieur, approuvera la révision constitutionnelle et votera les pleins-pouvoirs à Pétain.
La croix de l’Aveyron 15 décembre 1940
La croix de l’Aveyron 29 décembre 1940 Notez : »ils ont été transférés dans un camp de concentration »

Effectivement, Abert Tournié, en même temps que Marcel Raynal, Louis Palat, Marcel Régis, furent internés dans les camps* de Rivel (Aude), Saint-Sulpice-la-Pointe (Tarn), puis déporté en Afrique du Nord aux camps de Djelfa (mai 1941), Bossuet (1943) et Djirieu-Bourescq. Libérés en octobre 1944.

*Les camp sous le régime de vichy , appelé camp d’internement ou camp de séjour surveillé , existèrent en France dès 1939, donc dès le début de la seconde guerre mondiale sous Daladier.

Camps d’internement en France

*Le 29 janvier 1941 , le premier contingent d’internés arrive à Saint-Sulpice , Il s’agit de 255 communistes transférés du camp de Rivel (Aude) en liquidation . D’autres suivront le 21 février 1941 ; il y a déjà 1047 internés au camp . La majorité des internés , jugés « suspects au point de vue national« , sont des militants ou sympathisants communistes . Vichy veut faire de l’anti-communisme un élément de cohésion . Les responsables politiques et les délégués syndicaux considérés trop dangereux pour l’ordre public , sont envoyés dans des camps en Algérie.

Ce sera le cas d’Edmond Ginestet, maire et conseiller général communiste d’Aubin envoyé et emprisonné en Algérie avec des dizaines de camarades à Djelfa puis à Bossuet . Libéré par les troupes américaines en 1942 il s’adressa dés lors  tous les jours à la population française par la voix des ondes sur les antennes de radio-France-Alger qui luttait contre l’occupant dans l’émission « Un travailleur parle à ses camarades »

Des Espagnols réfugiés

Le racisme et la xénophobie de Vichy se traduit dans le département par l’arrêt des réfugiés espagnol du département en situation irrégulière qui sont dirigés sur les mêmes camps que les communistes(voir ci-dessus) . Les naturalisations accordées par la loi de 1927 sont révisées . (La loi du 22 juillet 1940 (annulée en 1944) pose le principe d’une révision générale des naturalisations accordées depuis 1927. La nationalité française peut être retirée par décret après avis d’une commission dont la composition et le mode de fonctionnement sont fixés par arrêté du Garde des Sceaux. Le gouvernement issu de la résistance accordera, par le décret du 15 mars 1945, le statut de réfugié à tous les Espagnols fuyant la répression franquiste.

Les républicains Espagnols ont eu une grande activité résistante dans le département avec notamment dans le Bassin, la neuvième brigade de guérilleros qui participa à toutes les attaques dans la région contre les occupants

Des juifs

La rafle Des juifs en Aveyron

Rescapés de la rafle de Saint-Jean en 1943, ils ont perdu le quartier de  leur enfance | Marsactu

L’appareil administratif français a très largement participé à la mise en œuvre des arrestations anti juives opérées en France en 1942. Les mesures ont été prises au sommet. Elles ont été répercutées par la voie hiérarchique. Forts de l’autorité administrative accrue qui leur était accordée, les préfets ont servi de relais aux ordres venus de Vichy. Les arrestations ont dans un premier temps touché les groupes vivant dans la zone sous occupation allemande. En août, ces arrestations ont été étendues à la zone non occupée .

Par Le statut des juifs édicté le 3 octobre 1940 les juifs de nationalité française perdaient, par ce décret du gouvernement de Vichy, leur statut de citoyen à part entière et étaient de fait exclus de l’administration et de nombreuses professions. La loi du 4 octobre 1940 sur « les ressortissants étrangers de race juive » (bien que portant le nom de « loi », il s’agit en fait d’un acte de l’exécutif puisque le Parlement n’était plus en fonction depuis le 11 juillet 1940) permet l’internement immédiat des Juifs étrangers. C’est une loi d’exception conçue et mise en application par le régime de Vichy.

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Documents | www.yadvashem.org

La Loi du 2 juin 1941 « remplaçant la loi du 3 octobre 1940 portant statut des Juifs » dite « second statut des juifs» est un acte édicté par le régime de Vichy par lequel celui-ci précise la définition, à son sens légale, de l’expression « de race juive ». Bien avant l’occupation de la zone sud, dés août 1941, le préfet Marion et son administration mettent en place une surveillance organisée dans le département qui entraînera des rafles quasi-militaires.

En novembre 1941, 918 juifs résidant en Aveyron sont recensés (441 français , 477 étrangers) Le préfet Marion réitère, début septembre, ses instructions : « Il convient de poursuivre et d’intensifier les opérations de police en cours, de recourir au besoin à des rafles, vérifications… perquisitions…arrestations… Il sera sans doute nécessaire de les renouveler.. . J’attache le plus grand prix à ce que la Gendarmerie et les services de Police redoublent de vigilance et exercent une surveillance de plus en plus stricte sur les Juifs et sur les Juifs étrangers en particulier ».

En Aveyron, dans cette société au maréchalisme fort, dès 1941 existe un antisémitisme profond, ancien et explicite, du moins dans la presse. Le 11 août 1941 l’Union Catholique organe religieux aveyronnais, publiait un article « Qu’est ce qu’un juif » et dans un passage précisait son point de vue : « pas un citoyen conscient des pays civilisés qui ne comprennent pas l’inéluctable nécessité de mettre le juif hors de la communauté nationale lorsqu’il se considère et agit comme un véritable heimatlos » Et Comme pour les espagnols, la loi de 1927 sur les naturalisations est revisitée et les retraits de la nationalité française sont nombreux.

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L’Union catholique11/8/1941

Dans le département, l’histoire des juifs et de la population est trop souvent une sale histoire. Comme pour identifier la résistance et leurs camps, la délation des juifs était indispensable. Les Allemands ne connaissait rien au département et sans l’administration et les délateurs, ils étaient totalement démunis .

Revue religieuse de Rodez(18/09/1942) Notons à cette date  » à les expédier dans des camps de concentration »

La rafle du 26 août 1942 survenue six semaines après la rafle du Vel-d’hiv. est une vaste rafle organisée en « zone libre », à l’initiative des autorités de Vichy après négociation avec les Allemands

En Aveyron, ce jour là 176 juifs ( 58 hommes, 71 femmes, 47 enfants) sont arrêtés dans une trentaine de communes et dirigés vers le camp de Rivesaltes dans les Pyrénées Orientales. Les Allemands n’arrivant dans le département qu’en novembre 42, la responsabilité de l’opération est exclusivement celle de la France et l’exécution effectuée par sa police et gendarmerie.

Itinéraire de la rafle du 26 août 1942 en direction de Rivesaltes pour l’Ouest Aveyronnais organisée de façon quasi militaire par le préfet Marion (cars Pelous réquisitionnés pour Villefranche de Rouergue et Malpel pour Decazeville)

Ouest aveyronnais Itinéraires de la rafle du 26 août vers le camp de rivesaltes
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En Aveyron ,la rafle du 26 août 1942
Le préfet Marion déclarera « Le ramassage des juifs étrangers n’a provoqué que peu de réactions. Certaines âme compatissantes s’apitoient sur des cas d’espèce. En général la population pense que cela incitera ceux qui restent à se tenir tranquille. »

Les Allemands prennent la suite et les 8 et 9 janvier 1943, deux convois partent pour la Corrèze, 94 juifs dont 10 enfants quittent Rodez  par voie ferrée pour Meymac, 17 proviennent de Millau et Creissels, 14 d’Espalion et Montézic, 12 de Saint-Affrique et 12 de Belmont, 10 de Sauveterre, 8 de Villefranche, 5 de Tournemire ou 4 de Sylvanès. Ce fut pour beaucoup l’antichambre de la déportation. Deux rafles se déroulent encore les 20 et 24 février 1943. Un convoi de 80 personnes rejoint Gurs, en mars, après une opération sur Villefranche-de -Rouergue. Des arrestations ponctuelles eurent lieu à St-Jean-de-Bruel, Salles-Curan, Naucelle ou Decazeville dans les mois qui suivirent. Le 22 avril 1944, 38 Juifs français étaient raflés à Rodez par la Gestapo « grâce aux fichiers de la police de la collaboration », internés à la caserne Burloup avant d’être tous déportés vers les camps d’extermination.

Sur 918 Juifs recensés dans le département, près de 700 ont été raflés. 367 juifs dont 51 enfants iront dans les camps de la mort, déportés vers Sobibor, Maïdanek et Auschwitz entre 1942 et 1944. 10 d’entre eux ont survécu.

A contrario des crapulerie anti- sémites, des aveyronnais ultra minoritaires mais excessivement courageux protégèrent, cachèrent dans des écoles, dans des collèges, des institutions catholiques sous des noms d’emprunts durant toute la guerre des dizaines de jeunes juifs. 46 Justes en Aveyron, 46 «résistants sans armes» sont reconnus par l’Institut Yad vashem de Jérusalem en 2019

Parmi ces justes, Denise Bergon directrice du couvent de Massip, abrita quatre-vingt-trois enfants juifs et onze adultes entre décembre 1942 et juillet 1944 dans ce couvent à Capdenac. La plupart recevait de faux papiers et un nom d’emprunt.

Le couvent de Massip à Capdenac

Mgr Challiol évêque de Rodez au contraire de certains évêques tels Mgr Saliège à Toulouse n’élèvera pas la moindre protestation contre la déportation des juifs.

Les préfets Marion et Dupiech illustrent chacun à leur manière l’argument du moindre mal. Si pour le premier« Obéir c’est faire son devoir », le second illustre l’adage« Démissionner c’est déserter ». La philosophe Hannah Arendt a magistralement montré, jadis, que ces deux arguments étaient inacceptables : « Obéir c’est soutenir, Rester c’est cautionner » Jean Moulin a démontré que, à partir du moment où on est personnellement confronté à un ordre inacceptable, c’est au contraire démissionner qui signifie résister.

V-2-Organisations pétainistes en Aveyron

Légion des anciens combattants

Légion Française des Combattants | Aiolfi G.b.r.

S’appuyant sur les associations d’anciens combattants de la grande guerre, la « Légion des Anciens Combattants » est créée par la loi du 29 août 1940 et représente les partisans inconditionnels du maréchal Pétain qui lui assigne comme mission de « régénérer la Nation par la vertu de l’exemple du sacrifice de 1914-1918 ». et d’être le meilleur instrument de la révolution nationale. Elle est partout le fer de lance de l’épuration politique qui aboutit au remplacement de centaines de municipalités et bien au delà de ce qu’exigeait la loi du 16 novembre 1940 qui limitait le remaniement aux villes de plus de 2000 habitants. On lui doit des milliers d’enquêtes sur les personnes qui parfois se sont conclues par des internements emprisonnements et pire. La légion est une imprégnation militariste de la société dont l’armée est le modèle opposé à l’ordre démocratique. La légion est l’expression des droites radicalisées dans les années trente et soucieuses de revanche soit contre le Front populaire, soit contre la république. Les cléricaux réactionnaires y occuperont les positions principales. L’église et les évêque la soutiendront publiquement.

La croix de l’Aveyron 7 septembre 1941

Dans l’Aveyron, sa composition sociologique vient essentiellement du monde agricole majoritaire, des commerçants et artisans, des professions libérales et écclésiastiques ). Pierre Mignonac négociant de Rodez (Conseiller municipal de Rodez, tendance PDF, parti politique français de droite conservatrice à tendance nationaliste fondé le 7 juillet 1936 à la suite de la dissolution des Croix-de-Feu,) est nommé président de l’Union départementale

La croix de l’Aveyron 4 mai 1941
La croix de l’Aveyron 4 mai 1941
La croix de l’Aveyron 4 mai 1941 Le maire de Rodez Bonnefous qui, démi à la libération, poursuivra curieusement nombre de mandats de 1946 à 1973.

Dans l’Aveyron, sa composition sociologique vient essentiellement du monde agricole majoritaire, des commerçants et artisans, des professions libérales et écclesiastiques). Pierre Mignonac négociant de Rodez (Conseiller municipal de Rodez, tendance PDF, parti politique français de droite conservatrice à tendance nationaliste fondé le 7 juillet 1936 à la suite de la dissolution des Croix-de-Feu,) est nommé président de l’Union départementale

Le journal de l’Aveyron 13 juillet 1941

En octobre 1940 : 350 sections communales (307 communes en Aveyron), dans les plus grandes villes, il y a plusieurs sections. L’analyse de la liste des présidents des 305 sections communales de la légion en Aveyron au 31 décembre 1941 permet de constater sans surprise une nette majorité d’anciens combattants de 1914/1918. De nombreux présidents(44 %) occupent des fonctions d’élus. On compte parmi eux 52 maires, 11 adjoints, 72 conseillers municipaux. 41% de l’ensemble sont issus du monde agricole, puis des commerçants et artisans (12,5 %), des membres des professions libérales (Notaires, avocats, médecins, des écclésiastiques et des militaires. A l’occasion de la fête du 1 er mai 1941 à Decazeville, un rapport note « Pas d’ouvriers, pas de mineur, une tiédeur suspecte à l’égard de la Légion »(ADA ,11 MC 7 20)

Le 11 février 1942 Mignonac est remplacé par le colonel Bernon (Colonel de réserve et ardent soutien de l’Etat français, ancien président des croix de feu de Rodez.  Il fut appelé à Vichy pour gérer les Chantiers de Jeunesse après l’arrestation du général de la Porte du Theil .

Service d’ordre légionnaire (SOL)

A l’ét1941 est créé le Service d’ordre légionnaire (SOL) organisation de choc ouverte aux membres de la Légion française des combattants. Ce SOL prône le culte du chef, le rejet de la démocratie, l’antisémitisme, mais aussi la collaboration avec l’occupant bien illustrés par le serment officiel : « […] je jure de lutter contre la démocratie, la lèpre juive et la dissidence gaulliste »Les adhésions de ce SOL seront de quelques 200 en Aveyron. A la libération, dissoute, là encore la Légion des anciens combattant n’a pas été visée par l’épuration judiciaire, trop de gens s’y sont égarées. * La Légion comprendra en 1943 dans le département de l’Aveyron environ 20000 adhérents (note des RG. 14-02-1943. ADA 201 W 73).

Chantiers de jeunesse

Les chantiers de jeunesse créés par loi du 30 juillet 1940 faisant appel au volontariat deviendront obligatoires à partir de 1941 et étendus à tous les Français de zone libre qui devront accomplir leurs obligations militaires pour 8 mois. Pour de la Porte du Theil qui en est le fondateur et chef il ne suffit pas d’héberger et d’occuper les jeunes recrues , il faut les faire participer activement au « renouveau » de la France du maréchal Pétain. A ce titre , les chantiers de jeunesse ont servi dans leur grande majorité la « révolution nationale » de Pétain , favorisé le STO et , contrairement à une idée répandue par les anciens , n’a fait de la résistance qu’à la marge et servit allégrement à dénoncer les réfractaires et les résistants Pour les aveyronnais ,les camps se situerons principalement dans le Languedoc

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Le STO

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La France de Vichy présente aux yeux de l’ennemi deux intérêts majeurs, sa neutralité bienveillante dans le conflit et sa richesse. C’est le plus grand pays industriel occupé avec une production considérable et une main d’oeuvre hautement qualifiée. Mais plus encore que la production, c’est la main d’oeuvre qui attire le Reich, privé de millions d’hommes qui combattent en Russie. Depuis 1940, et durant toute la guerre, des volontaires choisissent de partir travailler en Allemagne, que ce soit par idéologie ou, plus souvent, pour les salaires voire la libération de proches prisonniers.
La France de Vichy organise tout d’abord la « relève » (envoi de travailleurs en Allemagne pour « relever » des prisonniers), puis promulgue diverses lois de réquisition avant d’instaurer le S.T.O. (service du travail obligatoire) le 16 février 1943. Avec 600 000 travailleurs dans le cadre du S.T.O. et 200 000 volontaires, la France devient alors l’un des principaux pays contributeurs à l’effort de guerre nazi. Diverses campagnes d’information tentent alors de promouvoir le travail en Allemagne, entretenant délibérément la confusion entre le S.T.O. (impératif) et le volontariat.

Réalisée par Éric Castel en 1943, l’affiche « En travaillant en Allemagne, tu seras l’Ambassadeur de la qualité française » semble s’inscrire dans une telle politique.

La relève volontaire est un échec (A la fin du mois d’août 1942, entre 47.000 et 60.000 travailleurs volontaires, sont partis travailler en Allemagne; tandis que Sauckel*en avait exigé 350.000) et entraîne la loi du 4 septembre 1942 qui déclare mobilisable tous les hommes âgés de dix-huit à cinquante ans et les femmes célibataires âgées de vingt et un à trente-cinq ans (celles-ci requises pour travailler en France)

*Fritz sauckel est le « gauleiter » chargé de recruter la main d’oeuvre nécessaire à la machine de guerre Allemande.

De nouvelles exigences amènent le gouvernement à instituer le STO , service du travail obligatoire, Avec l’instauration du STO, le gouvernement de Vichy bascule dans la collaboration la plus extrême, en imposant le départ forcé d’une catégorie de la population le 5 février 1943. Trois classes d’âge sont concernées, 40, 41, 42 et dans un premier temps, les mineurs de fond, les paysans, les cheminots et les fonctionnaires sont exemptés puis toutes les classes sociales et pas seulement les ouvriers pour travailler essentiellement en Allemagne.

En Aveyron

L’appel lancé à la radio par Pierre Laval le 22 juin 1942 pour la relève des prisonniers de guerre par des travailleurs est largement et sans réserve repris par la presse du département.

La relève

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Le journal de l’Aveyron 4 juillet 1942
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la croix de l’Aveyron 5 juillet 1942

En écho du discours ci dessus du docteur Rudolph Schmidt, Pierre Fau, rédacteur en chef de l’Union catholique écrit : »La relève, une bonne action pour un ultime effort en vue d’une place digne de la France dans l’Europe préparée par le Fuhrer »

Associée à la propagande des journaux aveyronnais, le préfet Marion lance une campagne d’affichages. Des pancartes sont apposées dans tout les lieux publics : »On embauche des ouvriers pour l’Allemagne. Renseignements gratuits sans engagement. Bon salaire. Travail intéressant. Occasion d’apprendre l’Allemand. Ouvriers français, contribuez à libérer vos compatriotes prisonniers de guerre; S’adresser à l’Office du Travail ». Des conférences sont organisées à Decazeville et à Millau seuls centres ouvriers dans l’Aveyron.

La Dépêche, quant à elle diffuse tous les communiqués officiels du gouvernement et, entre autres, publie le témoignage d’un prisonnier libéré qui décrit la captivité comme des quasi-vacances ( 1er mai 1943)

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Le préfet Marion donne des instructions pour que des locaux soient mis à disposition du docteur Nauck délégué de l’office régional allemand et l’ouverture de bureaux à Decazeville et à Millau.

«  le passage de la commission Todt dans le département a soulevé quelques polémiques défavorables à la Collaboration. 36 engagements ont été enregistrés : (RG Rodez au Préfet 24-09-1942 ADA 201 W 72).

Le premier volontaire pour la Relève part le 13 juillet; Au 31 août, on totalisera, piètre résultat, 50 volontaires.(Maçons, serruriers, mineurs ou manoeuvres.) Effectivement, on notera la libération de quelques prisonniers, mais c’est pour servir la propagande du gouvernement de Vichy, les départ volontaires étant nettement supérieurs aux prisonniers libérés. Les retours de prisonniers sont homéopathiques et sujet à caution. On constate que beaucoup viennent….de Suisse où étaient internés quelques régiments qui, en 40, avaient échappés aux allemands, ou ne concerne que des prisonniers malades. Il s’agit donc d’un marché de dupe.

 » Il ne semble pas que l’opinion publique ait fait de sensibles progrès dans la compréhension de la Relève « . (RG 24-10-1942 ADA 201 W 72 )

Compte tenu des faibles résultats obtenus pour la relève, la préfectures amplifie la propagande et multiplie les conférences accompagnée des journaux locaux qui mettent en bonne place la vie « agréable » des ouvriers en Allemagne.

Dans son rapport du 12 juillet 1943, le commissaire principal des renseignements généraux fait état de 245 volontaires partis entre le début de l’opération et le 25 mai 1943. En y ajoutant les départs de septembre à décembre 1943, c’est 350 personnes, hommes ou femmes qui sont partis volontairement de l’Aveyron pour l’Allemagne.

La grande majorité de ces volontaires étaient étrangers (polonais ,italien, Espagnols, belges etc…qui faisaient partie des travailleurs émigrés en Aveyron) : Sur ces 350 départs seuls quelques 100 à 150 étaient français

Le STO

Le relève est un échec et Vichy doit promulguer diverses lois de réquisition avant d’instaurer le S.T.O. (service du travail obligatoire) le 16 février 1943. Les usines sont visitées et les ouvriers requis d’office. L’Aveyron doit livrer 500 travailleurs. En juillet 1943, 431 sont partis et sur quarante cinq réfractaires, seuls huit n’avaient pas été découverts. Là aussi la police française et la gendarmerie faisaient bien le (sale) travail.

Le STO avec la bénédiction de l’évêque Challiol

Revue religieuse de l’Aveyron 19 mars 1943

En Aveyron comme partout, le prélèvement forcé ne se fait pas toujours facilement.

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la croix de l’Aveyron 15/8/1943

En oppositions aux directives officielles et les justifications au départ apportées par l’évêque Challiol, les réfractaires vont se multiplier : En juillet 1943, 90 % des jeunes désignés pour le STO à Rodez et Millau partent et en novembre à Millau, seuls 2 départs sur 9 convocations. Dès le mois de janvier 1944, le département est invité à fournir 500 nouveaux travailleurs aux chantiers de l’organisation Todt à Bédarieux et à Montpellier. Ce contingent doit être prélevé sur les jeunes agriculteurs des classes 1941 ,1940 et 1939 précédemment dispensées. Au printemps 1944, les fuyards du STO, auxquels il faut ajouter les déserteurs des Chantiers de jeunesse, se comptent par centaines dans le département, malgré une répression féroce . Ils cherchent refuge dans les campagnes et dans les bois où se regroupent des jeunes venus de l’Hérault, de la Haute-Garonne ou du Tarn.

Ce sont malgré tout prés de 3000 travailleurs Aveyronnais qui ont été au service de l’Allemagne hitlérienne. (300 volontaires et 2700 enrôlés de force)

Une partie minoritaire des réfractaires a rejoint la résistance mais le STO a détruit pour beaucoup la popularité de Vichy.

VI-INVASION ET OCCUPATION DE LA ZONE LIBRE

Suite au débarquement américain du 8 novembre 1942 , les Allemands passent la ligne de démarcation le 11 et arrivent en Aveyron le jour même . Autour de 3000 hommes stationnent dans le département. (nombre fluctuant compte tenu des évènements , au maximun lors de l’invasion de la zone libre) A Rodez , la Kommandantur et la Feldgendarmerie s’installent à à l’hôtel Biney , l’Etat-major à l’hôtel Dauty , le Service de la main-d’œuvre  (STO) à l’angle des rues Pasteur et  Séguret-Saincric . Les troupes , un régiment , sont dispersées : casernes Burloup et  Rauch, écoles Gally et SainteMarie, école normale , infirmerie à Saint-Joseph.

14 novembre 1942. Cette photo de Louis Balsan est datée du 14 novembre, mais les troupes allemandes arrivent  à Rodez le 11 novembre. On y voit une voiture d’officiers allemands qui  stationne en haut de la rue Béteille. Les soldats franchissent la ligne de démarcation ce même jour. Environ 1 500 militaires arrivent à Rodez et 800 à Millau. L’état-major de liaison s’installe à l’hôtel Biney, rue Gambetta.
11 novembre 1942 arrivée des Allemands à Rodez.(officiers Allemands en haut de la rue Béteille)
Etat-major à l’hôtel Dauty

Un bataillon de 800 hommes s’établit à Millau (Centre de ravitaillement départemental (stock pour deux régiments environ) Un bataillon avec une section de transmission et une Cie de chasseurs de char s’installe sur le Larzac(1400 hommes ) Les barrages sur la Truyère sont gardés depuis novembre 1942 par une petite garnison allemande . En août 44, les effectifs s’élèvent à 60 hommes à Sarrans , 120 hommes à l’usine hydraulique souterraine du Brézou et au poste de départ de Rueyres.. Dans l’Ouest Aveyronnais en août 1943 , une garnison de 500 à 600 croates encadrés par des officiers nazis s’installe à Villefranche de Rouergue A Aubin une compagnie de quelques 200 hommes y prendra ses quartiers. La gare de Capdenac , important nœud ferroviaire est contrôlée par une centaine d’Allemands .

Notons que l’armée allemande , en Aveyron , était composée des unités appelées Vlassov (du nom du général soviétique félon qui présida à l’enrôlement dans les rangs hitlériens de ses compatriotes prisonniers) , Croates , Georgiens , Kalmouks , Azerbaidjanais etc , unités sous le commandement SS .Comme ces troupes s’étaient portées volontaire pour combattre le communisme , leur transfert sur le front occidental porta un grand coup à leur moral et si les « mongols » ne passèrent pas en masse chez les résistants il y eut nombre de défections( les croates à Villefranche de Rouergue)

En décembre 1943, 1400 hommes de troupes d’occupation débarquent au camp du Larzac et y installent des radars à longue portée, des batteries anti-aériennes, des blockhaus et des casemates. L’occupation du camp du Larzac était avant tout géostratégique. Il constituait pour les Allemands une palte-forme stratégique en vue d’engager des troupes en Méditerranée qui n’est qu’à quelques 70 km. ( A la libération, plus de 10000 prisonniers allemands y seront détenus jusqu’en 1948)

En mars 1944, et pour contrer les survols des avions alliés, 200 aéraustiers et soldats de la DCA équipés de saucisses d’observation prennent position dans le nord du département à Rueyres.

VII-LA RÉSISTANCE EN BAS-ROUERGUE

L‘Ouest Aveyronnais, comme partout ailleurs, connaît une progressive montée de la résistance; on y retrouvera l’essentiel des organisations nationales :

Dés mai 1941, l’OS , Organisation spéciale communiste créé pour protéger les manifestationscontre les arrestations policière et la récupération d’armes abandonnées en 1940

Le FN, créé en Aveyron dés 1942 par Giovonni alors professeur au lycée de Rodez qu’on retrouvera en Corse Lieutenant-colonel FFI , où il présida le Comité départemental de Libération. A la suite Giovonni obligé de quitter le département après une manifestation le 14 juillet sera remplacé plusieurs mois après par Jean Milhau (Albert) qui organisa le FN et confia la direction de nombreux comités locaux à des non-communistes : le docteur Defayes à celui de Villefranche, Froment à celui de Decazeville etc…Il était en contact avec les FTPF, FTPF-MOI et les syndicats clandestins.

Et les FTPF (Franc Tireur et partisans Français) expression militaire du FN . créé en 1941 par Charles Tillon dont chaque mot est chargé d’une signification : Franc-Tireur en référence aux insoumis de la capitulation de Sedan(1870), Partisans pour rappeler les combats sur les arrières des armées blanches en Russie et Français pour nommer la patrie. Très structurés, les FTP sont conçus comme une armée de la guérilla et de l’action immédiate qui se développe en combattant par petits groupes mobiles, qui ne doivent engager le combat que lorsqu’ils sont sûrs de gagner. Concept révolutionnaire à l’épooque, les républicains espagnols regretteront toujours cette tactique lors de la guerre d’Espagne. Dans le Bas-Rouergue le Maquis d’Ols représentera brillamment les FTPF. En 1944 les FTP, tout en conservant leur autonomie, sont regroupés au sein des FFI.

Les JC, connurent eux aussi la répression en 1939/1940. Le 20 novembre 1940, Paul Mouisset d’Aubin est arrêté. Début 1943, il y avait une quarantaine de JC dans le bassin houiller dont le rôle était la propagande, le recrutement, la collecte d’argent et de vivres et le soutien aux FTPF legaux pour des actions de résistance. Courant 1941 est décidé la création d’un Front Patriotique des jeunes aux bases idéologiques et sociales plus larges que celles de la JC. En octobre 1943, naissance des FUJP (Forces Unies des jeunesses patriotiques ) qui regroupent quatre organisations sur un pied d’égalité : Les F.U.J (Forces unies de la jeunesse) les JC (Jeunesse Communiste), L’OCM (Organisation Civile et Militaire) et les Jeunes Chretiens Combattants. De la même façon que les JC, ils apportaient leur aide aux réfractaires au STO et pour le maquis recrutaient, collectaient argent et matériel Etc….Raymond Fournier était le responsable départemental FUJP de l’Aveyron (Instituteur révoqué, futur commandant Charles des FTPF). Au mois de mars 44, il fut remplacé par André Quintard Les consignes étaient de maintenir les jeunes dans les villes et de développer les FUJP. Ne devaient gagner le maquis que les jeunes « brulés ». Ainsi, les deux fils Guillons de villefranche furent envoyés au maquis d’Ols à la suite de l’arrestation de leur père. Après le 6 juin 1944, les FUJP reposèrent essentiellement sur les jeunes filles suite au départ de nombreux volontaires au maquis.

A Capdenac, les FUJP étaientsous l’autorité de Valery Chapeaublanc, institutrice du groupe local des jeunes filles patrioteset de Bruel des Jeunesses Agricoles Catholiques(Futur secrétaire de FNSEA)

A Villefranche, les FUJPl étaient animés par Renée Girbal qui dirigeait avec clairvoyance et autorité et l’aide de Louis Erignac les jeunes FTPF parmi lesquels Maurel, Mouly, Vedrine, « Toulouse ». Aprés le 6 juin la plupart gagnèrent le maquis FTPF du bois du couati

A Decazeville les FUJP étaient chapeautés par Souyri fils de l’instituteur de Firmi. les jeunes communistes nombreux (70 environ) acceptaient mal la présence de quelques socialistes.

Les FTPF-MOI

(Les Francs-tireurs et partisans – main-d’œuvre immigrée (FTP-MOI)

Dés 1939 arrivèrent dans l’ouest industriel aveyronnais les républicains espagnols et en 1940, lors de l’exode, des israélites et antifascistes d’Europe Centrale qui s’ajoutèrent à la nombreuse population étrangère y travaillant déjà.

En juin 1941 fut mis en place le triangle régional (Tarn, Aveyron, Gard) de langue polonaise. Les émigrés polonais de la zone SUD ont créé au printemps 1944 des sections PKWN (Assemblée générale des émigrants Polonais de France) à Aubin et à Decazeville

Les républicains espagnols, donc les communistes du PCE, très nombreux dans le Bassin houiller militent au sein de L’UNE (union Nationale de tous les espagnol) dont la devise était « Libérer la France pour reconquérir l’Espagne »

Ces nombreux communistes étrangers travaillant dans la région industrielle de l’Ouest Aveyron, Républicains espagnol, israélites, anti-fascistes d’Europe Centrale sont regroupés dans les unités FTPF-MOI

Les FTPF-MOI (les espagnol de la UNE y sont en forte majorité) et résistants français FTPF vont, par leurs actions, diminuer considérablement les productions minières et sidérurgiques pillées allègrement par les allemands. voir Ouest Aveyron-Les sabotages par le maquis

Réseau résistance Fer (voir en annexe l’interview d’Henri Gasc, Résistant de Capdenac (Aveyron)

On retrouvera en Bas-Rouergue quelques maquis de moindre importance et de recrutement souvent hors département :

Les M.U.Rregroupant divers mouvement : Franc Tireur, Combat, Libération vont s’unir dans les M.U.R (Mouvements unis de la résistance) et son expression militaire l’AS (armée secrète) qui prône la préparation au combat pour le jour J (attentistes) L’armée Secrète qui regroupe souventd’anciens ilitaires de carrire démobilisés d’une armée qui n’existe plus n’envisage le combat qu’à partir du jour J. Elle veut dons recruter et éventuellement former de futurs soldats qui au jour J s’intégreront dans l’armée de libération alliée. Ce sont des militaires patriotes certes, anti-nazis mais c’est une variante de la stratégie « Maginot » qui les anime à des kms de l’objectif « guérilla » des FTPF (En fêvrier 1944 les MURS du Lot, lassés par leurs sphères supérieures qui ne pensent qu’au jour J, ne pas tuer d’allemand, attendre etc..passent, pour leur quasi totalité, aux FTPF. Des MURS de Toulouse (R4) aux FTPF de Limoges(R5).

FTPF et AS formeront en 1944 les FFI (Forces Françaises de L’intérieur)

L’O.R.A organisation résistance de l’armée constituée essentiellement d’officiers et sous-officiers de l’armée d’armistice. Sa seule opération dans l’Ouest Aveyron semble être le fait du lieutenant Croccechia, gardien principal de la prison de Villefranche de Rouergue qui laissa partir les détenus politiques le 6 juin 1944(un peu beaucoup forcé par les FTP de Vittori)

Groupes VENY mouvement purement miliaire créé et positionné dans le Lot par le colonel Vincent, pseudo Veny parachuté depuis Londres en 1943 et soutenu par l’OSS (Special Operations Executive) britannique. Le groupe avait des ramifications dans le nord du Tarn, dans le Tarn et Garonne ce qui explique leurs fréquentes interventions en Aveyron. Les commandos Hubert sous le contrôle des groupes Veny du Lot sont installés à Montredon (avec dans leurs rangs , la aussi, des maquisards du bassin houiller de Decazeville). En mai 1944, des différents* avec les FTP du Lot incita leur chef Marcel Élie, à déplacer le groupe, environ trois cents hommes bien armés et équipés, dans l’Aveyron à quelques kilomètres au sud-ouest de Decazeville.

*Voir en annexe ces différents entre Malraux et les FTPF du Lot

Les syndicats

Les syndicats se maintiennent dans les différentes branches économiques, mais ils sont étroitement contrôlés par le pouvoir en place et deviennent donc des organisations « officielles » chargées de servir le gouvernement et sa politique de Révolution nationale. Vichy prépare sur ce plan dès l’automne 1940 une « Charte du travail » qui se donne pour objectif de créer des syndicats uniques et obligatoires. Elle sera promulguée en octobre 1941.

Les deux grandes confédérations syndicales ouvrières, la confédération générale du travail (CGT) et la confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC), sont interdites par Vichy. Mais elles se reconstituent clandestinement. La CFTC, réunit dans une alliance de circonstance les syndicat chrétiens et syndicalistes socialistes. Par cette alliance inattendue ces syndicalistes excluent toute forme d’actions directes et violentes que les communistes assimilent justement à de l’attentisme.

Suite au décret du 26 septembre 1939 relatif à l’interdiction du Parti communiste et les organisations qui s’y rattachent, nombre de syndicats, fédérations et unions départementales sont dissous et leurs biens mis sous séquestre.Les résultats de cette épuration entraine l’affaiblissement de la CGT et la chute drastique de ses effectifs.(C’est une perte de l’ordre des quatre cinquièmes de ses effectifs que la CGT enregistre entre l’été 1939 et le premier semestre 1940). Ce qui reste de la confédération commence de plus à se diviser idéologiquement, puisque René Belin, secrétaire adjoint et leader de la tendance majoritaire Syndicats (pacifiste et anticommuniste), entame une réflexion autour d’un « syndicalisme constructif privilégiant la collaboration.(René Belin, secrétaire adjoint de la CGT, est appelé au poste de ministre de la Production industrielle et du travail et établira la charte de travail Pétainiste)

Le décret de 1939 n’interdit pas simplement les syndicats proches du PC mais l’arrestation de leurs militants. Dans l’Ouest Aveyron, après les arrestations des communistes en 1940 (Tournier Paul secrétaire du syndicat des mineurs CGT, Palat A, Raynal M, et Régis Marcel délégués mineurs, tous déportés en Afrique du Nord aux camps de Djelfa (mai 1941) ) et associée à une vague d’exclusion, c’est l’influence réformiste qui dominera alors dans les syndicats CGT puis dans les syndicats légaux.

Les syndicats légaux sombrèrent dans la collaboration et adhérèrent à la Charte du travail Vichyste. Dans le Tarn tous les délégués mineurs désignés par les autorités étaient des amis de Sinot *secrétaire du syndicat CGT et militant SFIO avant guerre.

*SINOT Un cas d’école : Il fut élu délégué mineur en février 1929 et membre du comité consultatif des mines pour le bassin houiller de l’Aveyron le 23 octobre 1932. En 1935, il devint secrétaire du syndicat CGT réunifié. Puis , pendant l’occupation, dans une totale ambiguité, il a été syndicaliste collaborateur, dirigeant de « libération », puis des MUR et chef de groupe CFL et fit l’apologie de la charte du travail. A la libération Sinot fit l’objet d’indignité syndicale et exclu de la CGT. Réintégré sous la pression de Jouhaux il quitta la CGT en 1947 pour fonder la Fédération des Travailleurs du sous-sol FO.

A Decazeville au contraire de Sinot, le socialiste André Cayrol évita au syndicat aveyronnais CGT de s’enliser dans la collaboration et devint même compagnon de route des communistes.

Forces françaises de l’intérieur (FFI)

Forces françaises de l’intérieur (FFI) : Le 1er juin 1944 sont regroupés les diverses formations militaires de la Résistance ( Armée Secrète, groupes francs, Francs-Tireurs et Partisans , etc.) en créant les Forces françaises de l’Intérieur. Le général Koenig, nommé par les Alliés , en dirige l’état-major à Londres. Aprés septembre 1944 les FFI sont intégrées dans l’armée régulière.

Plan des régions FFI

Pour les FTP ces inter-régions ne coïncident pas. Les départements sont couplés, l’Aveyron et le Tarn formaient la région FTPF D2.

Le Lot est intégré à la R4 pour les FFI et à la R5 pour les FTP. La situation sera clarifiée à l’approche de la libération.

En 1943 deux grands maquis sont constitués dans le Bas-Rouergue, le maquis Bir-hakeim à Brandonnet (qui n’est pas un maquis aveyronnais) et l’autre FTPF (Francs-tireurs et partisans), le maquis d’Ols sur le causse d’Ambeyrac

Maquis Bir-hakeim–premier grand maquis en Bas-Rouergue

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Le prestigieux maquis Bir-hakeim est le premier maquis du Bas-Rouergue installé en mai 1943 à Lestibi, commune de Brandonnet à quelques kilomètres de Villefranche de Rouergue. Fondé et dirigé par CAPEL Jean(H), Pseudonyme  commandant BAROT, membre du Parti communiste, Bir Hakeim sera cependant affilié à l’AS. Les premières recrues seront pour l’essentiel de jeunes toulousains, étudiants ou lycéens (35 hommes, le 25 juillet). Des coups de main lui permirent d’acquérir un armement substantiel. Le renforcement de la garnison allemande de Villefranche-de-Rouergue avec l’arrivée, le 25 août, de Bosniaques et de Croates du 13e bataillon de pionniers de la 13e division SS (engagés de force) décida Capel du transfert du maquis dans le massif montagneux de lEspinouse dans l’Hérault. Après de perpétuels déplacements et nombre combats et coups de main, le maquis gagnera les Cévennes sur le causse Méjean au lieu dit La Parade. Le 28 mai au matin des forces allemandes formées de deux compagnies de fusilliers de la Légion arménienne (Ost Legion) renforcées par des groupes de mitrailleuses, de mortiers, de canons antichars et de pionniers) encerclent le cantonnement de Bir-Hakeim. Quatre-vingt maquisards contre huit cent soldats allemands, Capel, »commandant Barot » qui estima que la seule issue était de tenter une sortie et de percer l’encerclement afin de fuir fut fauché par une rafale de mitrailleuse. À la fin des combats, Bir Hakeim avait perdu trente-quatre hommes. Vingt-sept avaient été faits prisonniers, certains blessés. Amenés à Mende ils furent torturés, puis abattus. Il n’y eut que quelques rescapés.(Combats de la Panade)

Maquis d’OlSPremier bataillon FTPF de l’Aveyron

Monument à Ols-et-Rinhodes | Les monuments aux morts
Plaque à Ols-et-Rinhodes

Au premier semestre 1943, en l’absence de maquis dans l’Aveyron, la Gestapo et les miliciens de Vichy traquent en toute impunité patriotes et jeunes pour le STO , rançonnent les paysans, pillent allègrement les ressources industrielles importantes du bassin houiller.

L’Aveyron et le Tarn formaient la région FTPF D2 dont dépendait le maquis d’Ols .  Les inter- régions D et C (la région FFI R4 avec le Lot mais sans le Tarn) formaient la 3ème subdivision FTPF dont dépendaient les FTPF du Lot Le Comité Militaire régional (C.M.R) était constitué du triangle de direction (Commissaire aux Opérations Régional , Commissaire aux Effectifs Régional , Commissaire Technique Régional.) Début 1944, le CMR D2 pour des raisons d’efficacité, divisa la région D2 en deux sous-secteur : Un sous secteur Tarn et un sous secteur Aveyron dirigé par Perrutel qui s’installa dans la région de Villefranche de Rouergue. Le commandant de sous secteur transmettait les ordres du CMR D2 aux unités FTPF et contrôlait leur exécution.

En août 1943 la région FTPF D2 (L’Aveyron et le Tarn) décide de créer un maquis dans le Bas-Rouergue afin de fournir un lieu d’accueil aux prisonniers politiques de la prison de Villefranche de Rouergue, aux réfractaires du STO, et aux FTPF légaux brulés. Il faut également organiser le réservoir de maquisards de la population ouvrière combative de cet Ouest Aveyron où les objectifs militaires et économiques à saboter ne manquent pas.

Pour choisir son emplacement, François Vittori (H)(Voir en annexe Vittori François-Antoine-Commandant Marc dans « Le Maitron« ), Cantillac »Nino » responsable communiste de la région, et Lambert »Boer » aprés avoir sillonné les causses choisirent le lieu d’implantation : ce fut le village d’Ambeyrac. L’instituteur était François Marty (H), naguère en poste à Saint-Feliu-d’Amont dans les Pyrénées-Orientales. Il avait été muté d’office par Vichy. Il facilita les premières prises de contacts. Puis il fallut consolider le réseau de résistants jusque-là isolés, prévoir hébergements et nourriture. Tout cela fut réalisé en janvier et février 1944. Les premiers hommes hébergés sont ceux du maquis des Lacs obligés de quitter le Millavois à cause des attaques répétées des gendarmes de Millau. Créé par des militants antifascistes italiens, il vit le jour dans la région de Millau. Il avait pour nom Bochetto. Huit hommes d’entre eux, en mars, rejoindrons les rangs du maquis FTPF d’Ols parmis lesquels Cuadros Joseph « Atila » , Pereira Jean « Laperouse » , Armand Rinaldi « Garibadi »et Raymond Porta « César » ces deux derniers tomberont aux combats de Gelles. Voir La colonne de Wilde en Ouest-Aveyron Combats de Gelles et Villefranche. Puis Gonzalez A « Kellerman », Grimai P « Marat », Pistres « Tintin », Nouxet « Surcouf », enfin un yougoslave , Yvan « Tito » déserteur de l’armée allemande, rescapé de la révolte des Croates à Villefranche de Rouergue.

Dans les semaines suivantes, d’autres résistants arrivent, Marceau Pérutel « Durand » puis Pierre Delpech« Blanchard » alors chefs des FTPF légaux du bassin houiller de Decazeville.

Fin avril, une liste fait apparaitre vingt et un noms, puis début mai arrivent Brigneux puis François Testa, Roger Privat, Pierre Mourino, le 25 mai vingt cinq jeunes de Decazeville.

Le premier mai ,François Vittori (H)propose que l’on donne au maquis le nom de Dominique Vincetti ,héros des brigades internationales , dirigeant FTPF , tué lors des combats de la libération de la Corse.

Fin mai cette compagnie FTPF (la 4201° Cie) comprend une cinquantaine de maquisards plus les groupes FTPF légaux de Capdenac, Villefranche de Rouergue, Decazeville, Aubin , le maquis des guérilleros espagnols de Salvador (H), le maquis de la MOI (Maurice).

Le PC est à Ambeyrac , les services et le 1er détachement commandés par J.Cuadros -Attila- à Camboulan . Le 2 ème détachement à Salles Courbatier.

Une dizaine de maquisards protègent l’école des cadres (Au printemps 1944 , le Commandant de la 3ème subdivision FTPF décida d’implanter à Camboulan une école de cadre de la subdivision destinée aux chefs de maquis des inter-régions C et D. Des officiers (dont G. DElcamp-“ Greno ”) de l’E.M. de la 3° Subdivision vinrent régulièrement dans le Rouergue au cours du printemps de 1944 pour suivre les travaux de l’Ecole)

A partir de ce jour, les effectifs vont se renforcer par l’afflux toujours plus nombreux de volontaires. Le 8 juin, arrivée des « évadés » de la prison de Villefranche. Ce sont des maquisards aguerris à forte conscience politique qu’on retrouvera pour certains dans l’encadrement du maquis d’Ols. Louis Odru « Curie » en sera le CE, Michel « Verlaine » assurera la direction de la section transport, Santi l’intendance. Henri Chaze, lui, sera nommé début juillet CER de la région D2. Au même moment. Pierre Cuadros et Fernandez, frère et cousin de J. Cuadros (Attila) rejoignent la 4.201ème Cie . Cette Cie que 7 aviateurs du poste de gué de Villefranche, après avoir déserté, gagnent ce même mois avec leur équipement. LE 25 juin ,une vingtaine de Decazevillois , pour certains FTPF légaux rejoignent Ambeyrac ainsi qu’un groupe eux aussi « légaux » le 11 juillet .Etc ….

Cet afflux de nouveaux combattants venant de tout l’Ouest aveyronnais nécessite la création de nouveaux détachements.

A mi-juillet ,la 4201éme Cie est formée de 5 détachements. Le 1er (CM J Cuadros) cantonné à Camboulan Le 2éme (CM « Soult » , CE « Pomarède  » « Marceau »Installé à Salle Courbatiès , prévenus d’une attaque imminente , il quitte ce lieu pour s’installer à Gelles Le 3 ème ( CM R.Schilt « Debussy » , CE ,Massenet , CT F.Testas (H) Le 4 ème (CM »Hoche », CE « Garibaldi » , CT « Bocharz » Le 5 ème (CE «Arnaud » , CT Navarro(H) « Euripide » créé avec les FTPF du bassin houiller de Decazeville lors des combats de Carmaux

C.M (commissaire militaire) , C.E (commissaire aux effectifs) , C.T (commissaire technique )

Le 14 juillet , la 4.201 ème compagnie pouvait mettre en ligne quelques 250 hommes . A ces 250 hommes , il faut ajouter les membres des différents services et les FTPF laissés sur le causse pour garder les camps . Les FTPF légaux de Villefranche avec le maquis du bois de Couati ‘passé au FTPF qui se sont installés dans une ferme à quelque km de Villefranche) . Les FTPF légaux de Decazeville qui ont eux aussi rejoint le maquis de « Marc » (Notons que les ralliements s’expliquent par la forte personnalité de « Marc »)

Le QG de la 4.201 Cie (l’EM, les services et un détachement de protection) est installé à Ols-Rhinode.

Le triangle de direction est le suivant:

CM François vittori « Marc »

CE Louis Odru « Curie »

CT »Hoche » ancien détenu de la prison de Villefranche de Rouergue, puis Fabre « Garnier » ancien responsable des FTPF légaux d’Albi et ex-élève de l’école des cadres

CT adjoint, Gustave Fournier « Boileau » (Libéré également de la prison de Villefranche de Rouergue)

Les liaisons entre l’EM et les détachements étaient assurées par des jeunes filles, Laure Déleris « Laurette » D’Ols (qui était également l’assistante sociale et visitait les familles de mauisard pour leur apporter nouvelles et secours matériel.Elles accompagnait « marc » ou « Curie » lorsqu’ils allaient annoncer la mort d’un FTPF à sa famille). Les liasons étaient également assurées par Fernande Genebrière de Foissac et Laure Déleris.

A R.Meyer »Rolland » installé au chateau dAmbeyrac avait en charge les effectifs avec un véritable secrétariat équipé par des réquisition, notamment celle du 16 juin conduite par Raoul Mésones à la mairie et au commissariat d’Aubin.

François-Antoine Vittori a raconté la genèse du maquis dans des mémoires écrites en 1945 et rassemblées dans un opuscule intitulé : « Le Maquis d’Ols » qui fut édité en 2004 par les soins de Louis Odru. (Maison départementale de la résistance d’Aubin)

Emplacement des maquis d’Ols et Bir-hakein

Premier Bataillon FTPF de l’Aveyron

Après le débarquement, le combat a changé d’aspect. Aux embuscades succèdent des combats en ligne. Il faut donc remplacer les détachements mobiles mais dispersés par des unités puissantes et bien articulées. Le 23 juillet ,le Premier Bataillon de l’Aveyronest ainsi constitué sous les ordres du « Commandant Marc » (François Vittori), devenant ainsi la « Force armée du Rouergue libre »

Le PC du bataillon est à Ols et l ‘Etat-Major du bataillon se compose de : C.M (commissaire militaire) : « Marc » C.E (commissaire aux effectifs)  « Curie » Odru Louis (H) C.T (commissaire technique ; « Jacquard »Tasquet

La 4.201ème compagnie dont le poste de commandement est à Villefranche.
La 4.206ème dont le P.C est à Najac
La 4.209ème dont le PC est à Decazeville
La 4.208 créée début août dont le PC est à Aubin.
La 4.215ème comprenant les détachements d’Aubin ,du Gua ,de Cransac et de Marcillac provisoirement rattachés à l’Etat-Major (E.M) de la 4.201ème compagnie.

Début août , les effectifs du premier bataillon sont évalués à 2500 hommes.

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Le docteur Delpech (H)ex Blanchard, ancien responsable inter-régional FTPF rappelle les précisions suivantes lors du vingtième anniversaire des combats de Gelles « Fin 1943, avant le débarquement, nous étions déjà ici plus de deux mille (31 officiers, 95 sous-officiers,1970 soldats) occupant tout le plateau central entre la route nationale et la vallée du Lot, dans ces villages dont le nom contient tant de souvenir; Ambeyrac, Ols, Rhinode, Camboulan, Foissac, Montsalès, Saint Clair et nos camps avancés de Gelles, Naussac ,Salles-courbatiers et jusqu’à Najac. Ajoutons à cela hommes organisés et encadrés dans leurs villes et villages pour compléter et appuyer les actions des hommes du maquis. Dés après le débarquement allié, nous étions prés de trois mille(33 officiers,150 sous-officiers, 2800 soldats). »

Le libérateur

Début août à l’Imprimerie Salingardes qui éditait le journal collaborationniste « Le Villefranchois » à Villefranche, est imprimé « Le Libérateur » voix du Premier Bataillon de l’Aveyron. En exemple de la main mise du maquis d’Ols dans l’Ouest aveyronnais : Note du secrétaire général de la préfecture à ses supérieurs : « Le 2 août, Mr Salingardes, propriétaire de l’imprimerie du « Narrateur » est venu m’informer que son atelier avait été occupé et ses ouvriers requis par les éléments du maquis/Premier Bataillon de FTPF de l’Aveyron/qui leur a fait imprimer un journal « Le Libérateur » Ne disposant d’aucune force de police, je ne puis que vous aviser de la réquisition de l’imprimerie par le maquis » « Le Libérateur », journal et voix du Bataillon rédigé par des maquisards.Louis Odru(H)en était le rédacteur en chef. Il était distribué aux maquisards et à la population . Pendant la campagne des Vosges, il sera le lien entre « le front » et l’Aveyron . Le 1er Bataillon entretenait des liens très étroits avec les Comités de Libération et diverses associations patriotiques de la région. Il représentait la Force armée au service des Civils. Il faisait office de « forces de l’ordre » en assurant le maintien de l’ordre, en lutte contre le marché noir et contre les miliciens.

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Le premier Bataillon de l’Aveyron à la poursuite des allemands

Les FTPF qui persistent à donner la priorité à la lutte contre le fascisme se déclarent « Armée populaire » et décident de « reconquérir le territoire national et de poursuivre les nazis au-delà du Rhin » Promesse faite par le commandant Marc(François Vittori) en août à Villefranche de Rouergue.

Promesse tenu mais beaucoup de durs combats vont être livrés. Le premier Bataillon de l’Aveyron se restructure et avec la demi-brigade Tarn-Aveyron quitte Rodez les 6 et 7 septembre ,à la poursuite des Allemands toujours présents dans une partie de la France.

Financement

Le maquis au début a réussi à vivre pratiquant du système D, ravitaillé tant bien que mal par les comités locaux du FN, des FUJP etc …au prix de beaucoup d’efforts et de risques considérables. Mais compte tenu de l’augmentation des effectifs et des opérations, il a été nécessaire de passer à la réquisition. Les instructions FTPF étaient de se procurer les fonds dans les caisses publiques. L’état de Vichy devait payer la guerre. Ainsi donc, les postes et les perceptions, les caisses publiques dans leur ensemble, sans oublier les banques devinrent les ressources financières du maquis. Le 29 juin, pendant l’occupation de Decazeville par des centaines de FTP, prés d’un million de Fr sont prélevés au Crédit Lyonnais, à la perception et à la banque Moulinou Mi-juillet , « Marc » fait le premier prélèvement à la demande du CMR D2 : 1 200 000 Fr à la recette principale et à la perception. Le 19 juillet, une soixantaine de FTPF fortement armés occupent le central téléphonique de la poste de Villefranche interrompant toutes communications, se font remettre 100 000 Fr par le receveur de la poste, 60 000Fr à la perception et 500 000 Fr à la banque de France, et pénétrant dans le bureau de la recette emportent deux pistolets 6.35.

Le 22 juillet, la 4201ème Cie , rentrant de Carmaux se fait remettre 20 000 Francs à la poste de Villefranche de Rouergue.

Prélèvement de nourriture, d’équipements et de matériels

L’accroissement du maquis d’Ols rendit très difficile leur ravitaillement. Les villageois d’Ambeyrac et la famille Solery à Ols se dépensaient sans compter mais très vite la nourriture et les équipements collectés s’avérèrent insuffisants. Les maquisards réquisitionnèrent alors les aliments nécessaires chez les paysans et les commerçants pour lesquels ils établissaient des bons de réquisition au tarif fixé par l’état major FTPF et honorés à la libération par l’intendance militaire. Le service d’intendance et de réquisition des régions militaires étudiait les dossiers en faisant appel à l’attestation des chefs de maquis. Le maquis récupéra les prises de guerre des allemands (F Vittori notera que si ces actions ont été relativement faciles elles privèrent l’ennemi d’une grande quantité de matériel et surtout montreront le comportement parfait des éléments du maquis d’Ols pendant ces expéditions.)

31 janvier 1944, deux groupes de FTP du Lot de 60 à 80 unités pillent un wagon de riz en gare de Figeac, ils ont cernés la gendarmerie et emmené une voiture, 2 motos 2 side-cars, un vélomoteur, 450l d’essence, 30 literies complètes. Le 7 février 1944, la gendarmerie retrouva la totalité du riz volé , le maquis ayant appris que ce riz était destiné aux enfants de la région.

31 mars 1944, 400 maquis attaquent la prison de Figeac défendue par les GMR et emportent une importante quantité d’armes, des équipements et tenues complètes de la garde.

16 juin, « Lacépède », intendant de la 4201°Cie épaulé par « Drouet », responsable de l’ordinaire organisent une opération de nourriture dans l’usine de la Pava gardée par un détachement de la gendarmerie. Après avoir opposé une vive résistance, les gendarmes ont été désarmés et tenus en respect à laide de mitraillettes. Les FTPF ont emporté 3500 Kg de marchandises.

Au même moment une douzaine de maquisards ont cambriolé l’entrepôt de tabac emportant une centaine de Kg de tabac.

Le 18 juin, une douzaine de FTPF armés s’emparent de 150 paires de chaussures au magasin Couderc à Decazeville.

Le 22 juin, 80 FTPF attaquent le détachement de GMR qui garde leur cantonnement à Villefranche. Les 9 hommes présent, après quelque résistance se sont vite rendus. Le butin est de deux motos, de tenues complètes, de chaussures, de sept pistolets, de mousquetons ainsi qu’une quarantaine de couvertures.

Le 28 juin 1944, au cours de l’occupation de Decazeville par des centaines de FTPF, plusieurs tonnes de marchandises sont enlevées aux économats du Centre. Outre des conserves et du benzol, les armes du gardien complètent le butin. Le lendemain , 600 kg de poudre, un important stock de sucre et 32000 litres de benzol sont réquisitionnés à Bouran dans un train de marchandises en gare de Fontvernhe. (Le lendemain la presque totalité du sucre fut restitué dans les épiceries)

Le 1er juillet, aux Houillères d’Aubin, les résistants emportent quatre à cinq tonnes de marchandises (vêtements de travail, chaussures, couvertures, denrées alimentaires, fournitures de bureau)

Le 7 juillet, Comte tenu des expédients auxquels les maquis ont recours pour se procurer de la nourriture, le Comité de libération crée une commission de ravitaillement composée de quatre membres (Dont un FN et un FTPF) qui décident que toute saisie devra être faite après autorisation du comité Local de Libération. Tous ceux qui n’observeront pas ces instructions seront dénoncés comme pillard, traduits devant les tribunaux militaires. Son existence semble avoir déplu aux autorités FFI qui la remplacèrent par un intendant militaire désigné unilatéralement.

Le 8 juillet, 50 Kg de confiture sont récupérés par les FTPF d’Ols à l’épicerie en gros Bach à Villefranche.

Le 12 juillet, 60 maquisards portant un brassard tricolore FTPF-FFI, fortement armés de FM, grenades, et mitraillettes, ont prélevé de nombreux vêtementsà une manufacture de Decazeville. A partir de là, la plupart des FTPF de la 4201°Cie sont vétus de bleus de travait et portent un brassard tricolore.

Le 13 juillet, les FTPF d’Ols réquisitionnent 83 douzaines d’oeufs.

Le 20 juillet, toujours à Villefranche, ils s’emparent de deux futs de vin au magasin Vernhe, négociant et 74 balles de farine de 100 Kg chacune à Salles Courbatier après voir arraisonné un camion d’un minotier de Villefranche.

Ces « récupération » ne sont pas toujours le fait de résistants mais de vulgaires cambrioleurs qui, par ex. le 17 juin entrent par effraction chez un marchand à Cransac et dérobent une cinquantaine de chaussures, la caisse et des objets de valeur. Ces exactions , parfois qualifiées d’actes de résistance et qui peut leur faire tort imposent à la résistance de mettre hors d’état de nuire ces individus.

Les transports

Lucien Michel (H)« Verlaine », un mécano marseillais dirigea la section transport. A partir de juillet, compte tenu de la mobilité opérationnelle nécessaire et le transport de nombreux groupes de résistants, là encore, la réquisition s’avéra nécessaire. Voitures, autobus, camions garnirent le parc automobile ainsi que les outils de l’entretien et de dépannage. Le carburant ne posa aucun problème, l’usine de Benzol de Decazeville était sous le contrôle du Comité de Libération inter-local. La direction de l’usine déposa une plainte pour vol de benzol auprès du commissaire de police : 8800 l pour le 20 juillet, 6 000 l le 21 et 7 000 l les 22/23. Cette importante consommation de carburant correspond en grande partie aux combats de Carmaux dans lesquels le maquis d’Ols fut fortement engagé.

Service sanitaire

Ce service était dirigé par l’infirmier « Gilbert »aidé par Delpech (H)« Blanchard »étudiant en médecine et Commissaire Régional santé D2. Là n’étaient traitées que les maladies bénignes et les les premiers soins aux blessés qui étaient dirigés ensuite vers les hôpitaux de Villefranche ou Decazeville. A Villefranche, le docteur Defayes avait constitué un groupe de résistance parmi le personnel ; y furent soignés clandestinement entre autres Maurice Colonges (H)le 17 juin pour trois blessures occasionnées par des balles de FM lors de l’opération de la PAVA, Marc Lemoine le premier juillet, et Pierre Wolciesczonek le 20 juillet pour blessures par balles. D’autres blessés seront hospitalisés à Decazeville. S. Mourino (H)fut soigné à l’hôpital de Villefranche puis celui des mines de Decazeville. Après le débarquement en Provence, contactés par Delpech, arrivèrent des étudiants en médecine, des médecins (Stern), son adjoint Arnal André (H)« Monteil » qui vient de finir L’ A.M.P et un infirmier Viernes Julien »Jésus » Ajoutons que le service social était assuré par « Laurette » responsable également des FTPF féminins au sein du premier bataillon

Armes et explosifs

Face à un ennemi armé jusqu’aux dents, comment engager des combats avec seulement les quelques armes individuelles récupérées ici ou là. Le maquis d’Olt échangea avec les FTPF du Lot du benzol fabriqué à Decazeville contre des armes; En un premier temps, les maquis FTPF du Lot et le Maquis d’Ols récupéreront les armes par des actions contre les gendarmes et les GMR. Par ex. Le 22 juin à une heure du matin, 60 à 80 maquisards ont attaqué le détachement de GMR à Villefranche et se sont emparés d’une mitrailleuse, de trois FM, de mousquetons, d’une grosse quantité de munitions et de trois camions de matériel divers. Le 3 juillet, les FTP ont attaqué le commissariat de Villefranche et ont récupéré les armes des gardiens présents. Le 10 juillet, 30 maquisards désarment les policiers de Decazeville. Le 11 juillet, le commissariat d’Aubin est cambriolé.

Les parachutages nombreux dans la région n’étaient pas pour les FTPF sauf en quelques circonstances exceptionnelles. Les Gaullistes du BCRA les réservaient aux maquis de « confiance » comme ceux de l’ORA qui attendaient le jour J…). Les alliés, par contre, s’ils portent aux maquis FTPF à forte participation communiste une incontestable méfiance constateront par l’intermédiaire des agents SOE parachutés que ces maquis habitués à la clandestinité, dispersés en petites unités mobiles, efficaces, disciplinées réunissent les critères que les Alliés ont progressivement établis pour l’action maquisarde. Sur le terrain, l’aide qui est apportée aux maquis FTP est largement tributaire des relations entre les agents alliés parachutés et les chefs maquis. Ainsi le commandant Vittori reçoit en juillet , le commandant écossais (Le major Mac Pherson qui équipera également les FTPF du Lot) responsable de la distribution de matériel dans la région. Il lui indique ses effectifs (1000 hommes et seulement 300 armés)et lui communique les rapports d’activité transmis à la subdivision. Etonné par le travail réalisé par le maquis d’Ols dans ces conditions, il repart avec la promesse d’une prochaine dotation d’armes. Le commandant Marc, sceptique, les engagements formulés si souvent et non tenus, recevra effectivement le 21 juillet un premier chargement conséquent d’armes et de munitions : fusils , mitraillettes, fusils-mitrailleurs et mitrailleuses (« Le maquis d’Ols de l’Aveyron au Danube ») Cet armement permettra au maquis d’entreprendre les opérations spectaculaires qui vont suivre notamment aux combats de Carmaux où le 15 juillet 1944, les FTPF de la 4201éme Cie commandée par L. Odru « Curie »occupèrent Cagnac et s’emparèrent à la gendarmerie de 6 révolvers, de 6 mousquetons, de munitions et de casques aprés avoir désarmé le chef de section.

VII-1-1940

22 juin 1940 : armistice entre la France et l’Allemagne entre la France représentée par le général Huntziger pour Pétain et le général Keitel pour l’Allemagne d’Adolf Hitler. Ce dernier exige qu’il soit signé dans la clairière de Rethondes dans le wagon de l’Armistice de 1918.

Les premiers malaises vis à vis de la politique de collaboration, de la répression et de la dégradation des conditions de vie apparaissent très rapidement mais sont loin de constituer un basculement vers la résistance . Fin 1939 (décret Sérol) et décembre 1940) (police deVichy) plus de 50 responsables du PC ou des syndicats de Villefranche de Rouergue, de Capdenac et du bassin houiller sont arrêtés, jugés, emprisonnés ou internés . On comprendra que les communistes « oubliés  », traqués , n’ont guère le choix pas plus que les juifs devant l’alternative « fuir ou faire face ». Pour le reste, une poignées de téméraires entrent en résistance qui doivent se répéter sans cesse « Il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre » Ils sont les premiers à faire la sourde oreille à la voix tremblotante de Pétain et reconnaître pour leurs ennemis les nazis de Hitler.

« Fin 1940 envisager la victoire sur l’Allemagne et proposer à quelqu’un d’y contribuer était du domaine de l’aliénation mentale « Henri Frenay(H)

L’idée d’organiser une résistance susceptible de devenir un jour militairement efficace relève de l’irréalisme. Comment imaginer qu’un peuple désarmé puisse réussir là où une armée puissante a échoué ?

Pour les deux années suivantes, 1941 et 1942 pas d’amélioration de la situation, aucune perspective de défaite des allemands ne se dessine même après l’entrée en guerre dans la seconde moitié de 1941 des deux superpuissance, l’URSS et les USA qui dans un premier temps se font allègrement étriller l’une par les allemands, l’autre par le Japon. Jusqu’à l’occupation de la zone Sud il n’y a pas d’Allemand et la presse aveyronnaise entretient sans réserve autour de Pétain le mythe de « l‘homme providentiel »

C’est un petit nombre qui fait les premiers pas de résistance à l’insu de la majorité de la population. Dés les premiers mois de 1940, malgré la répression, les communistes diffusent tracts et journaux à Capdenac et dans le bassin houiller. A l’école normale de Rodez un groupe d’élèves communistes rédigent et distribuent un journal ronéoté intitulé « Quartier Latin » La parcellisation des mouvements rend ardue la connaissance des petits groupes formés au hasard des révoltes individuelles, des rencontres fortuites et des bonnes volontés éparpillées. Lorsque débute vraiment la longue lutte contre l’occupant nazi et le régime pétainiste, pour naître , exister et progresser, il faut innover et inventer les moyens de combat qu’on a choisi de mener. La police de Pétain traque sans preuve et souvent sur dénonciation les suspects de « non-conformisme » On a vu plus haut que des communistes, mais aussi des cheminots de Capdenac, des mineurs du Bassin Houiller et des familles juives ont été arrêtés. Ici ou là apparaissent malgré tout des manifestations hostiles à Vichy : club Gaulliste, premier groupe OS (Organisation spéciale communiste) , V tracés à la craie sur des bâtiments, graffitis favorables à De Gaulle et hostiles au préfet Marion et à Mignonac président de la légion des anciens combattants, des tracts du Front National.

Le 10 juillet sont votés les pleins pouvoirs à Pétain.

Tous les parlementaires aveyronnais (Députés et sénateurs)voteront les pleins pouvoirs à Pétain exceptés Ramadier qui a voté contre et Bastide qui s’est abstenu. Voir l’Aveyron , politiquement en 1939.

Circulaire du 9 août 1940 établie par Pierre Chenevier, directeur de l’Enseignement primaire de Vichy, qui suggère la possibilité d’un déplacement d’office pour les instituteurs « séduits par des théories aujourd’hui périmées [et dont] l’activité antérieure [est jugée] répréhensible

« L’organisation de cette rentrée du 8 septembre a fait l’objet de consignes très précises rédigées par le secrétariat d’Etat à l’Instruction publique de Vichy transmises par les Inspections académiques.Suite à cette journée, les instituteurs ont rédigé des comptes rendus extrêmement précis et nombreux, allant tous dans le même sens, puisqu’ils suivaient scrupuleusement la circulaire du 9 août 1940″ (ADA 338 W 112).

La loi du 8 septembre 1940 ordonne la suppression des Ecoles Normales, leurs adversaires ne leur pardonnent pas d’avoir été les antichambres de la Troisième République avec ses instituteurs imbus de science, de laïcité et de socialisme.

Le 17 septembre, le colonel Marion est nommé préfet de l’Aveyron.(Les préfets de l’Aveyron de 1938 à 1944) et s’attache immédiatement à mettre au pas les fonctionnaires et en premier lieu les enseignants.

Le Préfet répartit les 1400 instituteurs en trois catégories :

-400 ont un excellent esprit -850 obéissent et ont compris ce que l’on attend d’eux. -150 ne renoncent en rien à leurs opinions d’autrefois (communistes et sympathisants, socialistes, syndicalistes actifs), ils sont surveillés « la population est leur meilleure surveillant ».

Marion le 17/10/1940 (ADA 2 W 18) : « J’ai dû faire les 11 ou 12 octobre les enquêtes demandées sur les instituteurs ayant adhéré au Parti communiste ou ayant été sympathisants à ce parti ».

ADA 2 W 18 : lettre du Préfet (17/10/1940) au secrétaire d’état à  l’instruction publique signalant le peu d’empressement de l’Inspecteur d’académie de l’Aveyron  (M. Lignières) à déplacer ou sanctionner des maîtres ou à mener des enquêtes sur eux : « Je n’insisterai pas sur des faits passés, qui ont montré M. Lignières nettement favorable aux rouges espagnols » « j’ai l’impression de me trouver en face d’une force d’inertie » « A l’entendre, tous les 1500 instituteurs seraient irréprochables »

Malgré les protestations de Marion, M. Lignières sera cependant nommé Inspecteur d’académie à Montauban)

En Aveyron, 24 sanctions furent prononcées  de septembre 1940 au 15 janvier 1941 (2 révocations, 1 suspension sans traitement, 5 déplacements hors du département, 16 déplacements dans le département) et un total de 61 sanctions de septembre 1940 à novembre 1941, soit une accélération certaineme du préfet Marion (2 révocations, 6 suspensions de traitement, 3 relèvements de fonction, 2 mises à la retraite d’office, 5 déplacements d’office hors du département, 26 déplacements d’office dans le département, 6 déplacements imposés, 2 blâmes du recteur, 9 réprimandes de l’Inspecteur d’académie).

De très nombreux rapports d’Inspecteurs d’académie auprès du Préfet ou d’autres autorités (ou émanant du Préfet) attestent d’une surveillance constante et précise de l’évolution de l’état d’esprit chez les enseignants.

Le 3 novembre condamnation, à Villefranche-de-Rouergue, à 5 ans de prison et 500 francs d’amende d’un militant communiste, Henri Boyer(H), droguiste à Capdenac (déjà en prison pour 18 mois). « Le 28 juin il se fit remarquer par une série de manifestations à la fenêtre de sa prison,insulta ses chefs, harangua la foule et lui demanda de prendre d’assaut la prison » Cet acte lui valu une condamnation à cinq ans de prison et à 500 F d’amende.

« La Croix De L’Aveyron 3/11/1940.

20 novembre, Paul Mouysset d’Aubin, secrétaire régional des Jeunesses communistes est arrété.

Le 1er décembre arrêté préfectoral contre la propagande communiste et les émissions de tracts : « arrestation immédiate du contrevenant et internement administratif ipso facto » ; « la découverte de tracts extrémistes sur une commune entraînera l’internement administratif des militants communistes notoires connus ».

Le Journal de l’Aveyron, 1/12/1940.

Le 5 décembre, Marcel Aurières (H)(chaudronnier de 30 ans), Georges Ortol (H)(manoeuvre de 30 ans) et Arthur Lavergne (H) (tourneur de 36 ans) avaient été arrêtés pour les mêmes faits. 7 militants communistes, seront jugés, le 31 janvier 1941, par le tribunal de Villefranche-de-Rouergue ; 6 seront condamnés et 1 relaxé. (Marcel Aurière mourra en déportation)

Le 16 décembre arrestation à Cransac, pour distribution de tracts de 4 communistes : Emest Ginestet* frère du maire d’Aubin (chaudronnier de 39 ans), Lucien Higonnenc (mineur de 45 ans), Roger Dumoulin(H) (mineur de 28 ans), et Léon Debons(H). La plupart de ces militants poursuivront leur engagement dans la Résistance et participeront aux combats de la Libération. C’est notamment le cas de Arthur Lavergne (H) . Léon Debons (H), après avoir purgé sa peine à la prison de Rodez fut interné à Digne, dans les Alpes de Haute-Provence. il sera tué lors des combats de la Libération, après s’être évadé et avoir gagné le maquis. Ernest Ginestet sera déporté à Buchenwald, libéré en 1945, il mourra d’épuisement après son retour d’Allemagne.

« Le 22 décembre arrestation à Decazeville, par la police spéciale du département de 6 communistes dont : Tournier (H), secrétaire du syndicat des mineurs , Palat (H), délégué des mineurs ; Marul, président de la société de secours des mines et un commerçant. Le nombre d’arrestations dans le bassin depuis 6 jours est de 15 « .(Le Journal de l’Aveyron, 27/12/1940)

Albert tournier, Marcel Raynal, Louis Palat, Marcel Régis furent internés dans les camps de Rivel (Aude), Saint-Sulpice-la-Pointe (Tarn), puis déportés en Afrique du Nord aux camps de Djelfa (mai 1941), Bossuet (1943) et Djirieu-Bourescq. Il rentreront en France en octobre 1944.

(Le Journal de l’Aveyron, 22/12/1940)

VII-2-1941

Certes, la seconde moitié de 1941 voit l’entrée en guerre des deux superpuissances mais les revers sévères qu’elles subissent ne vont pas conforter les Français dans l’idée d’une possible défaite des Allemands.

En Aveyron, les organisations de résistance sont inexistantes hors le PC, les allemands et japonais sont victorieux partout, on a l’impression que rien ne peut leur résister. La majorité de la population rangée derrière la maréchal accepte la politique de collaboration.

Cependant, Et dans la suite de 1940, des actes isolés continuent à se manifester ici où là. Les premiers sabotages sont effectués dés janvier 41 « Les 8/9 janvier à Villeneuve-d’Aveyron, sur la ligne Paris-Toulouse, le train 5.379 s’est arrêté à cause d’un signal de la SNCF, mis en position de fermeture par des inconnus ». (S.N.C.F.Région Sud-Ouest, Direction des installations)

Pétain, ne semble quand même pas faire l’unanimité, ce qui inquiète l’évêché et la préfecture . Le 1er février dans sa lettre pastorale de Carême , Mgr Challiol appelle à l’obéissance vis à vis du Maréchal « don du ciel » : « Le pire, dit-il, ne serait pas que le Maréchal se trompât, s’il venait à se tromper, mais qu’il ne fût pas suivi. » Challiol renouvela cet appel le 11 décembre 1942. (Revue Religieuse du diocèse de Rodez, 14 février 1941)

Revue religieuse de Rodez 14 fêvrier 1941

6 avril 1941. Des centaines de personnes se sont réunies devant l’actuel tribunal pour acclamer le général Laure, secrétaire du maréchal Pétain. Il est entouré par le maire de Rodez de l’époque, Raymond Bonnefous, et l’évêque Chaillol, favorables au régime de Vichy.


2 mai 1941 : Indication donnée au clergé par l’évêque Challiol à la Revue du diocèse, sur la Propagande de la Révolution nationale « en vue de contribuer à soutenir le moral de nos populations et à orienter celles-ci vers l’œuvre de la restauration nationale » (Communication 142)

La revue religieuse de Rodez 2 mai 1941

La conviction que les Allemands vont gagner la guerre pousse la droite rouergate, activiste de la collaboration, a faire feux de tout bois. Le préfet Marion dissous les municipalités « rétives » et suspend les fonctionnaires récalcitrants : Le 1er janvier à Rieupeyroux, le percepteur Baudon est relevé de ses fonctions. (Le Journal de l’Aveyron, 5/01/1941.) 25-29 mars : E. Borel à Saint-Affrique et P. Ramadier à Decazeville sont destitués de leurs fonctions de maire Le 6 juillet dissolution du conseil municipal de Naucelle et le 20 juillet celui de Galgan ( Journal de l’Aveyron 20 juillet 1941). Le 14 juin dissolution du conseil municipal de Foissac. (Le narrateur, 14 juin 1941)..

Journal de l’Aveyron 20 juillet 1941

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Le 15 mai 1941, le PCF appelle à la formation d’un Front Nationalpour La Liberté et l’indépendance de la France. Il s’agit en proposant des mots d’ordre et des actions, d’amener d’autres catégories sociales à rejoindre la classe ouvrière.

A partir de l’été, la distribution de tracts par les communistes se multiplient

Le journal de l’Aveyron le 20avril 1941

Le 22 juin 1941 l’Allemagne, la Roumanie, la Hongrie et la Slovaquie entrent en guerre contre l’Union soviétique. c’est le déclenchement de l’opération Barbarossa

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La croix de l’Aveyron 29 juin 1941
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La dépêche 23 juin 1941

En Aveyron, les organisations de résistance sont inexistantes hors le PC : Le 3 juillet, le Préfet de l’Aveyron Marion consigna : « Les communistes pour leur part, semblent développer depuis quelques temps, une campagne qui toujours sournoise, mais jusqu’alors discrète et presque insaisissable, parait devoir se transformer en une propagande ouverte. Ainsi fait symptomatique qui en dit long, lors de l’enterrement d’un ancien militant communiste espagnol, ouvrier dans le bassin houiller de Decazeville, les camarades du défunt, espagnols et français, tous plus ou moins suspects de sympathie certaine à l’égard du P.C, ont défilé trois par trois en rangs serrés. La libération inopportune de militants communistes dangereux (Abraham, Lagarrigue, Palat…) n’a fait que renforcer l’idée que se font les communistes que la partie n’est pas encore réglée et qu’ils ont leur rôle à jouer« . Les autorités réagirent vigoureusement et dans les jours qui suivirent, plusieurs communistes récemment sortis de prison (Abraham, Mouisset, Graisse, L. Nouvion..) furent à nouveau arrêtés.

En août 41 le Maréchal, pourtant populaire, s’adresse aux Français : « Depuis plusieurs régions de France ,s’inquiète-t-il , je sens se lever depuis quelques semaines un vent mauvais . L’inquiétude gagne les esprits , le doute s’empare des âmes . L’autorité de mon gouvernement est discuté. » et il dénonce » les adversaires de l’ordre nouveau dont il faut dés à présent briser les entreprises en décimant les chefs ».

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La Dépêche 13 août 1941

Dans le bassin, la légion qui regroupe les partisans inconditionnels du maréchal n’a pas eu un franc succès avec les ouvriers. «  A à la fête du 1er mai, à Aubin et Cransac, 100 légionnaires sur 550 étaient présents. Dans le cortège, il y avait des chefs d’usines et d’entreprises, des cadres, des agents de maîtrise, mais pas d’ouvriers, pas de mineurs« . (Rapport du contrôle postal du 01/05/41. A. D. Aveyron Dos.201 W -70 Les collabos ont la nécessité de faire de la propagande anti-communiste. Le 22 juillet, affichage sur les murs du marché couvert de Decazeville, de deux papillons anticommunistes : « Un traité entre Moscou et Berlin égale une victoire de l’Allemagne… » « Staline et sa clique se foutent du monde… Travailleurs, rappelez-vous toujours les mensonges, les promesses et les trahisons »

17 septembre : Création d’un fichier général dans les commissariats importants (Rodez, Millau, Villefranche) pour individus recherchés

Le Préfet continue a mettre au pas l’école laïque

Lettre d’un inspecteur d’académie arrivéen septembreau Préfet le 17 septembre 1941 (A.D.A.201 W 70) : il exprime sa volonté de poursuivre  » les efforts entrepris depuis le mois de janvier pour faire disparaître l’esprit d’antagonisme entre l’enseignement public et privé. » L’administration est sous surveillance. Ce nouvel inspecteur d’Académie indique par ailleurs que la Légion dont il fait partie « lui a fourni de précieux renseignements sur l’attitude de (son) personnel « .

« J’ai 1400 instituteurs ; depuis mon arrivée » : – 2 révocations – 6 suspensions de traitement – 3 relèvements de fonction – 2 mises à la retraite d’office – 5 déplacements d’office hors du département (Préfet à M. le Conseiller d’Etat, Secrétaire général pour la Police. ADA 201 W 70). octobre 41 Enseignement primaire : 18-11-1941 :

Le Préfet répartit les 1400 instituteurs en trois catégories :

400 ont un excellent esprit
850 obéissent et ont compris ce que l’on attend d’eux.
150 ne renoncent en rien à leurs opinions d’autrefois (communistes et sympathisants, socialistes, syndicalistes actifs), ils sont surveillés « la population est leur meilleur surveillant ».

26-28 septembre : Gros succès populaire pour le voyage en Aveyron de Lamirand secrétaire d’État à la jeunesse du gouvernement de Vichy

La croix de l’Aveyron 14 septembre 1941

9 octobre 1941, suite à une distribution de tracts dans la nuit, le Préfet de l’Aveyron fait interner tois membres du PC.

10 octobre : Demande par le préfet Marion du monopole des enquêtes politiques

Le préfet de l’Aveyron Marion  : « la collaboration blesse le sentiment de ceux chez qui la raison ne domine pas, le sentiment l’emportant sur la raison mal éclairée ».

Le Préfet Marion doit avoir le monopole des enquêtes politiques (A.D.A. 201 W 70 Préfet 10 octobre 1941).

Les résistants grands coupables : Le 26 octobre, on peut lire dans le journal La Croix de l’Aveyron, repris par le journal de l’Aveyron, au lendemain des fusillés de Chateaubriant « ….Ce sont eux (les résistants) les seules, les grands coupables, car s’il n’y avait pas eu leurs crimes, leurs assassinats d’adversaires devant lesquels nous avons déposé les armes que la loyauté nous interdit de reprendre, il n’y aurait pas eu de représailles ….

Le journal de l’Aveyron 26 octobre 1941

En novembre 1941, 918 juifs résidant en Aveyron sont recensés par les services du préfet Marion, (441 français , 477 étrangers) Voir les rafles des juifs en Aveyron

Le 7 décembre 1941 Attaque de Pearl Harbor par les forces aéronavales japonaises contre la base navale américaine de Pearl Harbor à Hawaï.

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La dépêche 6 décembre 1941

Création de l’Union Populaire des Jeunesses Françaises par Bachellerie chef de la milice du secteur (Aubin)

VII-3-1942

L’année 1942 n’offre pas plus de perfectives optimistes que 1940 et 1941 . Les Allemands foncent à travers la Russie du Sud jusqu’à la Volga et aux sommets du Caucase. Le drapeau à croix gammée flotte d’Hendaye à l’Elbroutz et du cap Nord à la crête. Qui peut penser raisonnablement à la victoire des alliés ?

la Dépêche 1er juillet 1942

En Aveyron, comme partout ailleurs l’avancée victorieuse des allemands rapportée allègrement par la Dépêche, qui publie aussi tranquillement les communiqués Allemands, résister paraît une vue de l’esprit vouée à l’échec Jusqu’à l’occupation de la zone Sud, le département connaît un calme relatif si ce n’est dans l’Ouest Aveyron où l’agitation n’a jamais cessée. Cependant , en réaction, la propagande et l’activité anti-collaborationniste s’intensifient en Bas-Rouergue.

Janvier : A Capdenac découverte de graffitis et inscriptions favorables à de Gaulle et hostiles au préfet Marion et à Mignonac (LFC). Découverte de tracts du Front national

Le 29 janvier 1941, le premier contingent d’internés arrive à Saint-Sulpice , Il s’agit de 255 communistes transférés du camp de Rivel (Aude) en liquidation. D’autres suivront le 21 février 1941 ; il y a déjà 1047 internés au camp. La majorité des internés, jugés « suspects au point de vue national« , sont des militants ou sympathisants communistes. Vichy veut faire de l’anti-communisme un élément de cohésion. Les responsables politiques et les délégués syndicaux considérés trop dangereux pour l’ordre public , sont envoyés dans des camps en Algérie.

Ce sera le cas d’Edmond Ginestet, maire et conseiller général communiste d’Aubin envoyé et emprisonné en Algérie avec des dizaines de camarades à Djelfa puis à Bossuet . Libéré par les troupes américaines en 1942 il s’adressa dés lors  tous les jours à la population française par la voix des ondes sur les antennes de radio-France-Alger qui luttait contre l’occupant dans l’émission « Un travailleur parle à ses camarades »

Février, largage de tracts FN à Decazeville et Villefranche.

25 février 1942 :  » Active propagande communiste contre la Légion à Aubin

Avril, octobre : arrestation à Decazeville, Capdenac de plusieurs militants communistes

Ouverture à Decazeville d’une annexe de la commission d’armistice sous la direction du docteur Nauck (allemand, membre de  la commission allemande d’armistice à Montpellier)

Mai 1942 : création d’un groupement départemental.  » mouvement social révolutionnaire « 3 membres, siège à Aubin chez Bachellerie ). Création de groupes légionnaires d’entreprise (ADA 201 W 71. RG Rodez 23 mai 1942)

Propagande, sans succès, du Mouvement Social Révolutionnaire dans le Bassin (Bachellerie et Dr.Rey)

L’appel lancé à la radio par Pierre Laval le 22 juin 1942 pour la relève des prisonniers de guerre par des travailleurs est largement et sans réserve repris par la presse du département avec leur bénédiction.(Voir la relève et le STO en Aveyron)

Juin, apparition des premières organisations résistantes :

En juin 1942, à Cransac, avec des mineurs espagnols immigrés anciens et des réfugiés politiques arrivés en 1939 (très politisés, formés socialement et à forte identité collective), originaires des Asturies ou de Guadalajara, Fombana constitue un groupe de résistance qui se réunit chez Felipe Diaz ,Lopez  Amadéo(H) alias « Salvador » réfugié républicain espagnol et combattant pendant la guerre civile, participe à Cransac, sous l’impulsion du PCE, à la naissance d’un groupe antifasciste avec d’autres mineurs. Il devient le chef de la IX ème Brigade des Guérilleros (MOI-FTP puis U.N.E* en totale autonomie). *U.N.E ,Union Nationale de tous les Espagnol qui adopta comme devise « Libérer la France pour reconquérir l’Espagne ». Ce réseau de résistance aura des ramifications à Carmaux, Laguépie, Caussade, Gaillac et Cajarc.

Le 3 juillet, le Préfet de l’aveyron consigne : « Les communistes, pour leur part, semblent développer depuis quelque temps une campagne qui toujours sournoisemais jusqu’alors discrète, parait devoir se transformer en une propagande ouverte. Ainsi,faitsymptomatique qui en dit long, lors de l’enterrement d’un ancien militant communiste espagnol,ouvrier dans le bassin houiller de Decazeville, les camarades du défunt,espagnol et français, tous plus ou moins suspects de sympathie à l’égard du PC, ont défilés trois par trois en rangs serrés. La libération inoportune de militants communistes dangereux (Abraham, Lagarrigue, Palat) ne fait que renforcer l’idée que se font les communistes que la partie n’est pas encore réglée et qu’is ont leur rôle à jouer. »

Les autorités réagissent et arrêtent plusieurs communistes récemment sortis de prison (Abraham, Mouysset, Graisse, L Nouvion)

5 juillet 1942, en écho du discours du docteur Rudolph Schmidt relatif à la relève, Pierre Fau, rédacteur en chef de l’Union catholique écrit : »La relève, une bonne action pour un ultime effort en vue d’une place digne de la France dans l’Europe préparée par le Fuhrer »( voir la relève et le STO en Aveyron)

Début des rafles en Aveyron

Le 26 août 1942 176 juifs (58 hommes ,71 femmes ,47 enfants) sont arrêtés dans une trentaine de communes aveyronnaises et dirigés vers le camp de Rivesaltes dans les Pyrénées Orientales. L’exécution est effectuée exclusivement par la police et la gendarmerie Française.(Les Allemands n’arrivent dans le département qu’en novembre 42) .(Voir le § 5-1 la répression des juifs en Aveyron) Le préfet Marion déclarera « Le ramassage des juifs étrangers n’a provoqué que peu de réactions . Certaines âme compatissantes s’apitoient sur des cas d’espèce. En général la population pense que cela incitera ceux qui restent à se tenir tranquille. »

Le 24 septembre et le 24 octobre, les Renseignement Généraux notent le peu d’empressement des aveyronnais pour la relève : » le passage de la commission Todt dans le département a soulevé quelques polémiques défavorables à la Collaboration. 36 engagements ont été enregistrés:. (RG Rodez au Préfet 24-09-1942 ADA 201 W 72).

« Il ne semble pas que l’opinion publique ait fait de sensibles progrès dans la compréhension de la Relève « . (RG 24-10-1942 ADA 201 W 72 ).

En Octobre, implantation à Capdenac du mouvement Franc-Tireur; adhésion de cheminots à Viviez, Cransac et Decazeville, S. Juliot, R. Bonnafous (H) ils seront à l’origine en décembre 1942 du premier sabotage au dépôt SNCF de Capdenac- gare)

Grève le 22 octobre 42 aux usines Ratier : La première grève victorieuse de l’usine a lieu le 22 octobre 1942 (400 ouvriers y participent) contre la désignation de 16 ouvriers pour la déportation en Allemagne, dans le cadre de la « relève » signée entre Vichy et le Reich ) 

le 8 novembre 1942 , Opération Torch : Débarquement des Alliés en Afrique française du Nord (Maroc et Algérie). Ce débarquement marque le tournant de la Seconde Guerre mondiale sur le front occidental, conjointement avec les victoires britanniques d’El Alamein et soviétiques de Stalingrad

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la dépêche 9 novembre 1942

En réponse , le 11 novembre les Allemands occupent la zone Sud

La dépêche titre gentiment , « les troupes Allemandes traversent la zone libre « !!! (sous-entendu, ne changez rien, ils ne font que passer)

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Les Allemands « traversent » la Zone libre mais s’installent quand même un peu partout et arrivent en Aveyron le jour même. (voir § VI-INVASION ET OCCUPATION DE LA ZONE LIBRE ) Autour de 3000 hommes stationnent dans le département (nombre fluctuant compte tenu des évènements, au maximum lors de l’invasion de la zone libre)

La Gestapo et la feldgendarmerie prennent la relève de la police de Vichy et , avec son aide, traquent tous ceux ceux qui communistes, juifs, ou suspect de résistance ont échappé aux sbires de Pétain.

Le 25 novembre, Mgr Challiot qui n’a pas sourcillé suite à la rafle des juifs par les sbires de Vichy envoie sans honte un Télégramme de soutien à Pétain  » pour le succès de sa mission » dans les jours sombres consécutifs au débarquement allié en AFN »

La semaine religieuse de Rodez 12 décembre 1942

18 décembre 1942, au cours d’un controle à la gare de Rodez, arrestation de Bédé Martial, militant communiste ayant sur lui une fausse carte d’identité et des documents. Il etait venu pour reconstituer le PC dans le Tarn-Aveyron. Une opération de police menée par la Sureté de Monpellier permet alors l’arrestation d’une soixantaine de personnes.

Décembre : Arrivée à ND de Massip des 6 premiers enfants juifs cachés par Mme Bergon, religieuse – (Capdenac ) Denise Bergon directrice du couvent de Massip, abrita quatre-vingt-trois enfants juifs et onze adultes entre décembre 1942 et juillet 1944 dans ce couvent à Capdenac. La plupart recevait de faux papiers et un nom d’emprunt.

Décembre 1942, Pierre Delpech, Decazevillois étudiant en médecine à Toulouse fait la liaison entre les jeunes comunistes du bassin houiller et ceux de Toulouse, amenant tracts et directives dans l’Aveyron à Maurel, le responsable de triangles J.C de Villefranche et à Henri Garcia de Decazeville

VII-4-1943

Les défaites de la bataille de Moscou en décembre 1941, d’El-Alamein le 3 novembre 1942, la capitulation à Stalingrad du maréchal Paulus le 2 février 1943, de la bataille de Koursk en juillet 1943 mettent fin au mythe de l’invincibilité allemande et marquent un tournant dans la guerre. Donc, en 1943 l’espoir renaît, l’arrivée des Allemands en zone Sud, la milice de Pétain qui leur sert de supplétifs, le STO entraînent un glissement net d’une partie de l’opinion urbaine encore plus défavorable à la collaboration et au pouvoir qui a choisi cette politique.

En Aveyron , peu de réaction à l’arrivée des Allemands. A la campagne, les paysans passeront quasiment la guerre sans voir un seul Allemand et resteront maréchalistes jusqu’au bout. Seuls les habitants des villes seront confrontés à l’occupant

« L’entrée des troupes d’occupation dans la région n’a pas provoqué de trouble apparent , l’attitude générale semble celle de l’expectative » rapporte le chef du service départemental d’information au secrétaire d’état à l’information( A.D Aveyron Dos201W-69)

Mais une rupture observée dans une minorité urbaine s’accélère après l’arrivée des Allemands et l’instauration du STO créé le 16-février 1943 (conscription du service du travail obligatoire imposée aux jeunes gens des classes «40», «41» et «42». D’une durée de deux ans, ce service devra être, pour l’essentiel, accompli en Allemagne. Les agriculteurs sont dispensés) Mais si le STO n’a pas ajouté à la réputation des Allemands et à la collaboration vichyste et entraîné nombre de réfractaires, peu ont rejoint les maquis et la résistance reste le fait d’une minorité.

En ce début 1943, une quarantaine de JC sont regroupés dans le bassin houiller regroupés en 7 ou 8 triangles. Seul le responsable de triangle a le contact avec le triangle de direction( Henri Garcia, Simonet..). Ces jeunes à coté de leurs activités de proagande, recrutement, collecte d’argent et de vivre aident les FTP légaux dans la réalisation d’action contre Vichy. Henri Garcia arrété au cours d’une mission sera fusillé le 22 mai 1944. Son successeur au J.C, C.Laurent sera tué aux Hermets le 9 août 1944 avec deux autres J.C lors d’une mission. Le dernier secrétaire clandestin de la J.C du bassin, Eroles qui était aussi le C.E de la 4215 ème Cie du premier Bataillon FTPF de l’Aveyron sera tué lors des combats pour la libération de la poche de Royan.

Dans l’Ouest Aveyron, et dans la suite de 1942, les actes hostiles à l’occupant et à Vichy ont continué avec une nette accentuation à partir de l’été. La légion, les collaborateurs sont particulièrement visés. Les tracts et inscriptions contre la milice, Laval et les allemands se multiplient. Les attentats et explosions passent au niveau supérieur. On notera l’épisode dramatique des Croates de Villefranche de Rouergue et donc une succession d’actes hostiles et d’attentats au cours de cette année 

En corollaire, plus on avance dans l’année 1943, plus la répression augmente et les arrestations se multiplient.

18 et 20 janvier, arrestation par la police française et la gendarmerie française de communistes à Decazeville,Cransac, Firmi.

Tracts Front National en janvier, février et novembre, à Decazeville, Cransac, Firmi et contre la légion en juin et décembre à Capdenac. Croix gammées au goudron sur une quinzaine de façades de commerçants et notables à Decazeville. Dans la nuit du 11 au 12 mars la devanture du Bureau de la Légion est attaquée à Decazeville.  » On suppose que cet acte a été commis par des jeunes gens requis pour l’Allemagne devant partir le lendemain de Decazeville. (ADA 201 W 73. RG. 14-03-1943).

17 avril, entre Capdenac et Villefranche de Rouergue, des hommes armés arrêtent un train et lancent la locomotive à la dérive.

Le 22 avril 1944, Henri Garcia membre du triangle de direction des FTPF de Decazeville est arrêté. Il est transféré à Montpellier et condamné à mort par la Cour martiale de la Milice de Montpellier (Hérault) On lui reprochait des actes de « terrorisme », principalement du meurtre du commissaire de police Decazevlle Roche.Longuement torturé, ilest fusillé le 22 mai 1944.

Le 25 avril 43 à Decazeville mise en chômage technique de 360 ouvriers pendant 6 jours suite à un sabotage de lignes électriques.

9 mai, réunion constitutive de la Milice à Villefranche.

Le narrateur le 15 mai 1943 (journal de Villefranche de Rouergue)

11 mai, Tracts de la milice contre le communisme à Viviez et Decazeville

Juin 1943, le prestigieux maquis Bir-hakeim premier maquis du Bas-Rouergue s’installe à Lestibi, commune de Brandonnet à quelques kilomètres de Villefranche de Rouergue

En juin 1943, sur l’initiative du Parti communiste clandestin, un comité inter-local de libération s’est créé dans l’illégalité. Il siégeait à Decazeville , ayant comme rayon d’action le bassin houiller. Sa composition en était la suivante: Marceau Coursières (H) (Parti communiste clandestin), André Cayrol (H) (syndicat clandestin des mineurs), Raoul Froment (Front national) , Irénée Raynal (Front uni des jeunesses patriotiques), Ernest Germes (personnalité socialiste).

5 juin, arrivée à la prison de Villefranche de Rouergue de militants communistes parmi lesquels François Vittori et Louis Odru

11 juin, la revue religieuse de Rodez met en garde contre De Gaulle, « politicien émigré « !

De Gaulle vue par la revue religieuse de Rodez le 11 juin 1943

Le 20 juin 1943 les Renseignements Généraux (RN) notent  : « Aucun changement notable ne s’est produit au cours de cette période, dans l’état d’esprit de la population vis à vis de la politique du gouvernement. Toujours préoccupée par l’importante question du service obligatoire du travail, à laquelle elle reste réfractaire, l’opinion publique fait preuve à cet égard de la plus grande incompréhension. Le public, en effet, s’obstine à n’accepter qu’avec contrainte ces mesures qu’il qualifie de déportation de la jeunesse française, à laquelle dit-il se prête trop facilement le gouvernement. Néanmoins, il existe toujours un noyau de personnes composé de certains légionnaires, de la Milice, et des membres du PPF…qui, ne voyant la création d’une Europe Nouvelle que par une collaboration entière et réciproque avec l’Allemagne, souhaitent toujours ardemment la victoire des armées de l’Axe, et approuvent entièrement la politique du Gouvernement, la seule possible dans les circonstances actuelles . » (RG 20-06-1943 ADA 201 W 73)

9 juillet 1943, l’évêque de Mende Mgr Auvity justifie le départ des jeunes au STO dans la revue religieuse de Rodez, article approuvé par l’évêque de Rodez Mgr challiol dans le même journal.

La revue religieuse de Rodez le 9 juillet 1943, l’évêque de Mende Mgr Auvity justifie le départ des jeunes au STO
9 juillet 1943 Approbation dans la même revue de Mgr Challiol, évêque de l’Aveyron.

Eté 1943, les communistes passent à la luttent ouverte contre le régime de Vichy et ses soutiens politiques et économiques.

Le 11 juillet 43, sabotage à la dynamite du pylône n°3 (ligne du poste Godin-Viviez à Rueyres) et d’un câble téléphonique (ligne Capdenac-Rodez) sur la commune d’Onet-le-Château.

14 juillet 1943 : A Villefranche-de-Rouergue, à l’initiative de collégiens, répondant à un appel de la France Libre, des  jeunes se regroupent devant le monument 1914-1918 pour entonner La Marseillaise. Ils recommencent place de la République, à proximité de la prison. A l’intérieur, les détenus politiques qui ont décoré les barreaux des cellules aux trois couleurs, reprennent la Marseillaise. (ADA 201 W 72  ). A Capdenac, Cransac etc…des gerbes sont déposées devant les monuments aux morts.

A Capdenac dans la nuit du 12 au 13 août, une brique est lancée dans la vitrine du magasin de M.L., négociant en tissus à Capdenac.  » M.L. est représenté dans la ville pour avoir des opinions favorables à la collaboration franco-allemande  » (RG 15-08-1943 ADA 201 W 74). 

13 août à Aubin arrestation par la Gestapo de Robert Noireau futur colonel Georges qui s’évadera dans la nuit du 14 au 15 août de la prison de Rodez.

Recherché par la Gestapo à Paris, ordre lui est donnée de se mettre au vert et de passer en zone sud. La ligne de démarcation passée à Mehun-sur-Yèvre le 15 avril 1941, il retrouve David Boudet entré aux charbonnage et fixé à Aubin qui lui trouva un travail de charpentier dans les mines. Repéré par la police de Montpellier il trouva refuge dans le Gard. A nouveau repéré il repris le chemin de l’Aveyron (Alès-Aubin en vélo) où il est arrêté par la Gestapo le 12 août 1943 et incarcéré à Rodez d’où il s’évadera trois jours plus tard. Pris en charge par les communistes de Capdenac, il rejoindra les FTPF du Lot . (Recherché par la gestapo de Montpellier, il est détourné sur le Lot qui dépend de la gestapo de Toulouse) En 1944, il sera le seul chef FTPF du Sud à être nommé responsable FFI d’un départent, le Lot.

14 août, François Vittori, futur commandant Marc, sort de la prison de Villefranche de de Rouergue et, menacé d’être de nouveau arrêté entre dans la clandestinité.

Témoignage de François Vittori (Commandant Marc), en aout 1943, « il n’y a pas de maquis en Aveyron. Les boches peuvent en toute tranquillité se livrer au pillage de nos campagnes, rançonner nos paysans. Les hommes de Vichy, les miliciens amis des nazis, et les agents de la Gestapo peuvent se livrer à la chasse aux patriotes, déporter nos jeunes pour les mettre au service de la machine de guerre allemande. »Donc en août 1943, la région FTPF D2 (L’Aveyron et le Tarn) décide de créer un maquis dans le Rouergue d’où la naissance des maquis D’Ols et Bir-hakeim

Donc en août 1943, la région FTPF D2 (L’Aveyron et le Tarn) décide de créer un maquis dans le Rouergue d’où la naissance des maquis D’Ols et Bir-hakeim

21 août dans la nuit deux vitrines brisées à Capdenac et Decazeville en mesure d’intimidation contre les suppots de Vichy.

22 août 1943 : explosion rue Cayrade contre les magasins de M.G, négociant en tissus et de Mme Veuve R. » Cet attentat parait avoir été dirigé plus particulièrement contre le magasin de M.G., considéré par l’ensemble de la population comme partisan de la  » Collaboration « . (RG 29-08-1943 ADA 201 W 74)

22-23 août : Plusieurs milliers de tracts anti-allemands lancés d’avion sur Capdenac-Gare

Le 23 août, sabotages d’installations industrielles (Puits à Decazeville et pylône électrique)

22-25 août, Sabotage au puits central, grève et tracts à Decazeville

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août 43 Le Narrateur agricole

25 août, installation d’un détachement d’infanterie des troupes d’occupation, le 13e bataillon de pionnier de la 13e division SS — composé en majorité de Bosniaques musulmans et Croates, selon la terminologie d’alors, et d’un quart de Croates catholiques, tous enrôlés de force dans l’armée allemande encadrés par des SS. (Celui -là même qui se rebellera le 16 septembre 1942-voir ci-dessous)

« Dans la nuit du 31 août au 1° septembre, à Decazeville,enla vitrine du bureau de la Légion a été brisée à 22h30  par un bloc de ciment pesant environ 2 kilos. » (RG 05-09-1943 ADA 201 W 74).

« Affiches nombreuses incitant l’engagement dans les unités de Waffen-SS très mal accueillies ». (Sous-préfet de Millau 24-11-1943 ADA 201 W 74 ). )

Dans son rapport du 31 août, et compte tenu de cette activité importante notamment de la part du PC, le Préfet Marion note: »La classe ouvrière, sourdement travaillée par les communistes, fait preuve d’une inertie parfois mélée de quelques hostilités. Les questions de salaire et les difficultés du ravitaillement sont pour beaucoup dans cette attitude »

1er septembre 1943, la 9eme Brigade de Guerrilleros qui compte une centaine de résistants espagnols(immigrés et réfugiés) s’organise militairement sous le commandement de Salvador. Composée essentiellement de communistes, elle compte quelques libertaires et quelques socialistes.

En Septembre 1943, Pierre Delpech (H), responsables clandestins du PC avec Henri Garcia (H) avec qui il fit partie d’un « triangle » de direction et la direction locale du PC reconstitue les FTPF légaux de Decazeville. Malgré l’arrestation d’Henri Garcia il crée une équipe d’une trentaine de résistants. Dans un premier temps il agit à visage découvert avec son propre nom, se fait embaucher dans une usine métallurgique mais repéré par la police il doit passer dans la clandestinité. Le rôle des FTPF légaux était la propagande, la récupération d’armements, les sabotages et la lutte contre les collabos. Ils déposaient des tracts dans les vestiaires des mines et usines. En décembre 43, la police retrouva un tract intitulé « Jeunes Français ne partez pas , rejoignez les FTP ». Les mineurs de fond récupérèrent explosifs et détonateurs subtilisés à la mine mais compte tenu du nombre de sabotages, le procédé s’avéra insuffisant et nécessita l’attaque des poudrières des mines. A partir de mars 1944, leur activité importante était de fournir de la nourriture et divers matériels au maquis d’Ols. (fin mars 44, les FTPF légaux d’Aubin-Cransac, à l’issue d’une expédition chez un grossiste à Marcillac , récupérèrent des produits pharmaceutiques)

En septembre 1943, encore, arrestation du groupe Franc-tireur implanté dans les milieux cheminots par Juliot Simon   « le Caïd » employé à la SNCF à Capdenac – gare. Le premier sabotage a lieu en décembre 42. En septembre 43, en fuite, après les arrestations de 12 membres du groupe, il est arrêté en Maine-et-Loire  et déporté.( groupe –fer » du Bassin avec Cantelaube (H), Alibert, Roche H), Lagarrigue (H), Gibergues (H), Calmels (H)et  R. Bonnafous. Ce groupe eut des contacts avec Claudius-Petit). Octobre 1943 naissance des Forces Unies de la Jeunesse Patriotique (FUJP) fédérant les FUJ, la JC, l’OCM jeune et les jeunes chrétiens.

17 septembre 1943 Révolte des Croates à Villefranche de Rouergue

1943 a été marqué par l’épisode dramatique à Villefranche de Rouergue de la révolte des « Croates » écrasée dans le sang. Le 17 septembre 1943 le détachement Croate en garnison à Villefranche de Rouergue (Le 13eme bataillon de pionnier de la 13e division SS ) composé en majorité de Bosniaques, ou Croates musulmans, et d’un quart de Croates catholiques encadrés par des SS se révolte et se rend maître de la ville pendant quelques heures. Le chef de la révolte était le sous lieutenant Ferid Dzanic et la répression a été menée par l’iman du bataillon Halim Malkoc , avec les Allemands, qui a fait soixante morts. Peu nombreux seront les rebelles qui réussiront à s’échapper et gagner les maquis. Beaucoup plus nombreux seront ceux qui connaîtrons la déportation et le plus souvent la mort dans les camps de Sachsenhausen , Buchenwald ou Neuengame.

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Les allemands enterrent un des leurs à Rodez tué à villefranche lors de la révolte

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(Lire le livre de Louis Erignac : « La révolte des Croates de Villefranche de Rouergue  »

26 septembre : Dessin d’une vingtaine de Croix gammées, au goudron, sur des façades de magasins decazevillois

En octobre 1943 naissance des Forces Unies de La jeunesse Patriotique (FUJP) qui regroupent quatre organisations : Les Forces Unie de la jeunesse (FUJ) pendant du FN pour la jeunesse , les JC (jeunesse Communistes , l’OCM jeune (Organisation civile et militaire des jeunes)et les jeunes Chrétiens combattants. L’activité des FUJP alla de l’activité de propagande, du renseignement , comité anti-déportation, aide au recrutement pour le maquis, collecte d’argent, des faux papiers, de matériel et même action immédiate (coups de mains)

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Jean Fouilhaux (H)était membre du Front Uni de la jeunesse, il participait au sabotage, le 19 janvier 1944, des usines d’hélices Ratier et fut tué par l’explosion de la machine qu’il venait de faire sauter. C’est Raymond Fournier*** (H) qui fut désigné responsable départemental FUJP de l’Aveyron et Remplacé par André Quintard en mars 44. Il existait des comités de base à Decazeville, Firmi, Capdenac, Villefranche. A Capdenac-gare, le comité était animé par une jeune institutrice et Marcel Bruel**

Les consignes étaient pour les comités FUJP le maintien dans les villes
Ne devaient gagner le maquis que les FUJP « brulés ».Ainsi les fils Guillon* de Villefranche de Rouergue furent envoyés au maquis d’Ols et d’autres lycéens sur les indications de Louis Erignac**** gagnèrent le maquis FTP du bois de Couati.
Ainsi,les FUJP furent un réservoir de volontaires pour le maquis.

*Capitaine Guillon gendarme, arrêté par la Gestapo, brutalisé puis déporté à Neuengamme d’où il reviendra très affaibli en juin 1945. ses fils ont gagné le maquis d’Ols. Roger Sully-Guillon, fils cadet du capitaine tombera au combat de Carmaux le 18 juillet 44. **Bruel des jeunesse Agricoles Catholique qu’on retrouvera président de la FNSEA, de 1961 à 1968 et qui habitait à quelques centaines de mètres de l’embuscade de Gelles. ***Raymond Fournier (H), jeune instituteur à Millau fut révoqué en mai 43 . Il rejoignit le Front National en décembre sous le pseudonyme de « Commandant Charles »Responsable régional aux maquis il fut chargé d’implanter des structures FTP dans tout l’Aveyron. Il commandait le troisième bataillon du 81 ème RI qui franchit le Rhin le 4 avril 44 et atteignit Karlruhe le lendemain puis Fribourg et après un mois de violents combats parvint au lac de Constance. Réfractaire à partir du 22 janvier 1944 , il entra dans la clandestinité après avoir retrouvé le contact avec la Résistance (FTPF) grâce à un camarade de classe. Utilisé d’abord comme agent de liaison, il termina la guerre comme responsable départemental des Forces unies de la jeunesse patriotique et des jeunes du Front national. ****Louis Erignac professeur de philosophie au collège de Villefranche-de-Rouergue sous le pseudo de lieutenant Vallès , responsable clandestin du Front uni des jeunesses patriotiques de Villefranche. Il fut l’un des « légaux » du maquis FTP d’Ols et, en 1943-1944 toute sa classe passa du côté de la Résistance. Il participa comme membre du Front national à la désertion de la brigade Croate, épisode qu’il présenta plus tard dans un ouvrage . Membre du Comité local de Libération, il fit partie du conseil municipal provisoire.

Octobre 43, large diffusion dans le bassin ouvrier aveyronnais du journal « Le Réveil des mineurs » appelant les mineurs à refaire l’unité syndicale comme avant 1939 et réduire la production puis le 11 novembre à manifester aux monuments aux morts.

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En automne 1943 naissance de l’unité de guérilleros espagnols dans le Bassin. Ces mineurs espagnols immigrés anciens et des réfugiés politiques arrivés en 1939, très politisés formés socialement et à forte identité collective,originaires des Asturies ou de Guadalaja avaient formé en juin 1942 sous l’impulsion de Fombana un groupe de résistants qui se réunissaient chez Felipe Diaz.En 1943, une centaine de résistants espagnols constitue la neuvième brigade de guérilleros(FTP MOI). Elle est dirigée par le commandant Salvador (H), le commissaire politique Luis José (H) et Juan Frayre . Parmi les nombreuses actions militaires des guérilleros espagnols, sabotages de voies ferrées, de puits de mine, de pylônes électriques HT, aux durs combats de Gelles , Galgans , des Albres, Montbazens etc …aux grèves insurrectionnelles des mineurs de Carmaux, en juillet 1944 il faut relever l’attentat contre le chef de la milice d’Aubin, Bachellerie, le 25-février 1944, et leur participation en août 1944, à la libération d’Albi et presque tous les combats contre les troupes d’occupation.

Début octobre : Installation en Aveyron et Tarn du Directoire régional de-Torcatis à Carmaux).

2 octobre : Arrivée de Arthu Fienemann dit « Le Grand Luc » au S.D. de Rodez (Le S.I.P.O-SD, ou Gestapo, installé à la villa Des Roses au 23 de la rue Grandet à Rodez) Fieneman, tortionnaires entre les mains duquel passeront nombre de résistants, morts sous la torture (Alfred Merles, Paul Olivier, Martial Pleinecassagne et tant d’autres). Condamné aux travaux forcés au procès de la Gestapo de Rodez en 1951.

17-19 octobre 43 à Combes, St-Parthem, Aubin, pylônes électriques endommagés

22 octobre : Condamnation dans la Revue du diocèse des « attentats terroristes » commis par « des criminels à la solde de l’étranger »

La revue religieuse de Rodez le 22 octobre 1943

27-28 octobre : Vague d’arrestations et de perquisitions chez les mineurs étrangers de Decazeville à l’origine d’une grève partielle dans les mines d’Aubin et  le Gua (Alvarez Blanco, Frale Jesus,Fontbona José mineurs à Decazeville et Aguado Marco mineur à Cransac pour activité subversives)

Octobre 43, large diffusion dans le bassin ouvrier du journal « Le Réveil des mineurs » appelant les mineurs à refaire l’unité syndicale comme avant 1939 et réduire la production

11 novembre, Vichy interdit les manifestations et fixe la célébration de l’armistice au premier novembre. En réaction, suite à un mot d’ordre distribué par tracts des grèves sont signalées dans le bassin houiller.(Sept étrangers à l’origine de ces grèves sont internés par les autorités)

Ce 11 novembre, de nombreuses gerbes sont déposées aux monuments aux morts (A Capdenac ,Decazeville, Cransac ,etc..)

Une quarantaine de JC sont regroupés dans le bassin ouiller regroupés en 7 ou 8 triangles. Seul le responsable de triangle a le contact avec le triangle de direction( Henri Garcia, Simonet..). Ces jeunes à coté de leurs activités de proagande, recrutement, collecte d’argent et de vivre aident les FTP légaux dans la réalisation d’action contre Vichy. Henri Garcia arrété au cours d’une mission sera fusillé le 22 mai 1944. Son successeur au J.C, C.Laurent sera tué aux Hermets le 9 août 1944 avec deux autres J.C lors d’une mission. Le dernier secrétaire clandestin de la J.C du bassin, Eroles qui était aussi le C.E de la 4215 ème Cie du premier Bataillon FTPF de l’Aveyron sera tué lors des combats pour la libération de la poche de Royan.

11 décembre, Important sabotage aux mines d’Aubin dans un atelier et un magasin

23 décembre départ du sinistre préfet Marion nommée en haute Savoie.(Voir les préfets en Aveyron 1938/1944)

Fin de l’année : Arrivée d’Henri Noguères comme chef régional de Franc-Tireur (Capdenac). Son père Louis Noguère (député socialiste)  était installé  à Villefranche et rédigeait des journaux clandestins

Donc, en 1943, malgré répression et arrestations, la résistance s’organise et sabotages et attentats, éliminations de collaborateurs se multiplient. Mais en Aveyron, la réalité de cette résistance entraine la peur et au lieu de considérer leur lutte dans le but de libérer la patrie, cette société anticommuniste, xénophobe y voit le risque d’une guerre en faveur du bolchévisme. La presse locale continue d’exprimer que le salut du pays réside plus que jamais dans la fidélité à Pétain et le retour aux valeurs traditionnelles.

VII-5-1944

Sur le front oriental, l’Armée rouge ne cesse de progresser vers l’Ouest. Elle entre à Kiev, en Ukraine, en novembre 1943, en Italie la bataille est aux portes de Rome, les Alliés sont maîtres de toute l’Afrique du Nord et le débarquement sur la côte Atlantique ne fait plus aucun doute .

La dépêche avril 44

Les notables, le clergé et le monde rural Aveyronnais restent, sans retenue, favorables au maréchal et à son gouvernement . Le 5 février 1944, des maires du département emmenés par Bonnefous maire de Rodez, Tourtonde nommé maire de Decazeville par le préfet Marion etc … se rendent à Vichy pour rencontrer Pétain. « la délégation des maires de l’Aveyron est rentrée lundi en Rouergue enchantée de son voyage et encore toute émue de l’accueil que lui ont réservé le Maréchal de France, Chef de l’État, et Monsieur le président Laval, Chef du gouvernement » « Laval se déclarera impressionné par leur volonté de servir qui animait ces représentants »

le Journal de l’Aveyron 12 février
1944

Les milieux bourgeois et cléricaux appréhendent, pour la plupart, la victoire des « rouges  »qui entraînerait la bolchevisation de l’Europe et restent dans le schéma d’avant guerre « plutôt Hitler que le Front Populaire » . La presse du département accentue sa propagande pro-Vichy et qualifie les résistants de « terroristes bolchéviques au service se Moscou ennemis de notre civilisation. » Les résistants «qui veulent voir notre pays disparaître dans la misère, la faim, la guerre civile, l’anarchie et la mort » « traitres et pilleurs » « vrais assassin » (l’Union Catholique)

Mais pessimiste, le journal de l’Aveyron constate douloureusement l’activité « terroriste » désormais sur le département : exécution de miliciens, sabotages, agressions d’élus etc….

Le journal de l’Aveyron 18 mars 1944

Au cinéma Rex à Decazeville est présenté le film, ultra-antisémite, le juif Suss qui attirera quand même autour de 300 spectateurs. (Rapport des RG Aveyron Dos.201W-75)

Louis Dupiech, qui vient de remplacer le préfet Marion :« la répression du terrorisme est perçue comme un mal nécessaire pour mettre un terme aux exploits de groupements qui inspirent un sentiment de terreur dans les masses paysannes » février 1944 A.D.Aveyron Dos 201W-75

En résumé, ce département où les notables, le clergé, plus que jamais fidèles à Pétain, la presse dont la propagande pétainiste bat son plein met la résistance locale dans un environnement ultra défavorable et sous la menace d’indiscrétion mais surtout de délation.

Cependant les milieux urbains du Bas-Rouergue, notamment les ouvriers n’accordent aucune confiance à ces journaux ou à la radio vichystes et suivent favorablement à la radio de Londres les revers des Allemands de plus en plus conséquents à l’Est et ces succès remportés par les troupes Russes sont favorablement commentés dans les milieux ouvriers.  » dans l’ouest Aveyronnais industrialisé, on espère qu’à la fin de l’hiver les attaques soviétiques rejetteront hors des frontières les armées allemande et entraineront l’effondrement du Reich » Rapport du RG à l’intendant de police régional de Montpellier 16 janvier 1944 A.D. Aveyron Dos 01W-75

L’opinion a grandement évoluée dans l’ouest Aveyron y compris dans le monde paysan du fait des évènements internationaux, de la politique de collaboration du gouvernement de Vichy mais aussi de la propagande de la résistance permettant la création en son sein du maquis FTPF « le maquis d’Ols »

Avant le débarquement, ce premier semestre 1944 sera donc le temps de l’organisation , la montée en puissance de l’action de la résistance multipliant sabotages et attentats, neutralisant les collaborateurs les plus impliqués, et diffusant des tracts de contre-propagande Vichyste. Un rapport les Renseignements Généraux constatent le 30 mars sur la résistance aveyronnaise « l’activité essentielle relevée se situe dans le Bassin et aux actions des résistants locaux s’associent les maquis du Lot »

Les organisations de masse communistes, Le FN, Les FUJP, menaient une vigoureuse propagande anti-Vichyste et anti-allemande au contraire des socialistes et de la résistance non communiste d’une grande discrétion. Sur les 48 journaux et tracts distribués entre avril 1944 et et les premiers jours d’août 1944 et récupérés par les forces de l’ordre dans l’Ouest Aveyron, quatre étaient signés PC, 8 par les JC, 5 par le FN, 6 par les FUJP, 2 par les milices patriotiques, 3 par des syndicats illégaux, 3 par la CGT, 7 par les comités de libération, 4 par plusieurs mouvements de résistance, 3 seulement par les MUR, et aucun par les socialistes.

Dans le même temps, la répression s’intensifie. (L’intervention de la division Das Reich autour de Figeac y prendra la part la plus terrible), nombre de résistants sont arrêtés.

En bas Rouergue qui a vu l’apparition des maquis au deuxième semestre 1943, les« terroristes bolchéviques », comme les nomment la presse aveyronnaise et la dépêche, y sont, début 44, en quasi garnison. Deux conceptions du combat s’affrontent, d’un coté ceux qui préconisent la tactique de la guérilla, lancer des coups de main rapides et disparaître, de l’autre, il y a ceux qui raisonnent gros maquis ou gros bataillon qui attendent le jour J, autrement dit, les attentistes. Les instructions de l’état-major FTPF sont formelles : Attaquer partout où c’est possible allemands et miliciens (Embuscades) Maintenir hors d’usage les voie de communications Fixer les troupes d’occupation  Pas de concentration de maquis.

Dans le bas-Rouergue, on l’a vu, les objectifs économiques et militaires à saboter ne manquent pas : La route nationale 140 reliant Rodez à Paris via Decazeville, Capdenac, Figeac, Gramat. La ligne de chemin de fer Toulouse Paris via Capdenac qui double le grand axe Toulouse Paris via Cahors . Les lignes de chemin de fer Capdenac-Cahors, Capdenac-Aurillac, capdenac-Rodez. Les lignes haute tension qui convergent vers l’importante station de transformation d’Aubin. Les productions du Bassin houiller etc…

Fin 1943 et au premier semestre 1944 les FTP du maquis d’Ols à l’Ouest de l’Aveyron (région de Villefranche de Rouergue, Capdenac, Decazeville ) ont une grande activité, associés à ceux du Lot à l’Est de leur département (Région de Figeac, Cajarc) (En 1943 , les FTP du Lot ont été rejoint par nombre de résistants du Bas Rouergue et notamment beaucoup de mineurs. Ils interviendront souvent dans l’Ouest Aveyronnais notamment à Capdenac et dans le bassin)

Au Premier février 1944, les maquis qui dépendent de l’AS-M.U.R du Lot passent avec armes et bagages au FTPF.

C’est la guerre dans le Lot. Alors que dans les maquis on veut agir et rendre coup pour coup, dans les sphères supérieure des MUR, on pense toujours au jour J, ne pas tuer d’Allemands, attendre etc…Le capitaine Philippe (JJ Chapou ) (H), chef des MUR du Lot (qui dépendent des MUR de Toulouse (R4)passe au FTPF de Limoges (R5) approuvé par la quasi totalité des maquisards qui le suivent avec armes et bagages à l’exception de Vaysettes chef régional de l’AS de Figeac qui ne se rallia pas à la nouvelle organisation et reconstitua un nouveau maquis à Montredon, prés de Decazeville (quelques mois plus tard il fut capturé, déporté il ne revint qu’en 1945) La nouvelle organisation FTPF était sous la responsabilité de Philippe et de Georges *(H) (décembre 1943, l’effectif se monte à 600 hommes, le 6 juin 44 à 2500, et à 6000 à la libération)

*Georges (Robert Noireau) (H)est né à Vicq (Nord) en 1912. Il rejoint la Résistance en 1941 et devient responsable de la zone Paris-Ouest de l’Organisation spéciale (OS). Arrêté, il est mis en liberté provisoire pour des raisons de santé et passe en zone sud en août 1941. Il se lance alors dans diverses actions de sabotage dans le Gard et, informé que la police judiciaire de Montpellier le recherche il gagne l’Aveyron (Alès -Aubin à vélo). Arrêté par la Gestapo à Aubin, le 12 août 1943, il parvient à s’évader de la prison de Rodez. Il est pris en charge par un cheminot communiste de Capdenac qui le confie aux FTP du Lot. Robert Noireau vient d’entrer dans le Lot! Sous le nom de lieutenant-colonel Georges, il se signale immédiatement comme un organisateur de premier ordre et, prenant le maquis quasiment à zéro, le rassemble et en fait une armée. En Août 1944 il entra à Toulouse à la tête d’une colonne de 1500 maquisards.

Dés le premier janvier 1944, les actions spectaculaires vont se multiplier dans le Bas-Rouergue (pour le seul mois de janvier on compte des dizaines d’attentats : mise hors service de locomotives, destruction du matériel des mines, de pylônes électriques etc …..Et les sabotages à l’actif de la résistance ne cesseront pas sur les sites industriels fortement utilisés par les Allemands qui se trouvent à quelques km de distance. L’usine Ratier à Figeac, qui fournit les hélices des bombardiers Heinkel , le bassin houiller dont le charbon approvisionne la Kriegsmarine à Bordeaux, la gare nodale de Capdenac par laquelle transitent les prélèvements allemands d’une bonne partie de la production charbonnière, métallurgique du bassin, agricole, etc….(En 1943, en France, 50 % du trafic ferroviaire, 80 % de la sidérurgie, 100 % de l’automobile et de l’aéronautique, l’essentiel du BTP étaient au service exclusif de l’effort de guerre hitlérien.)

L’activité des groupes armés en ce semestre pré-débarquement consiste donc à limiter la production de charbon, scléroser les transports sur rail pour limiter voire arrêter les prélèvements allemands (charbon, métallurgie , produits agricoles etc..), fixer les troupes ennemies, lutter contre les collaborateurs et récupérer tickets alimentaires , vêtements , armes et argent.

Les journaux « collabo » ne peuvent plus nier la réalité résistante.

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Journal de l’Aveyron du 4 mars 1944  Cette image a un attribut alt vide ; le nom du fichier est image-50.png

Rapport du préfet Louis Delpiech destiné au cabinet du ministre de l’intérieur et long d’une vingtaine de pages, ce rapport de synthèse daté du 30 avril, concerne la seule période comprise entre le 1er mars et le 30 avril 1944. (A.D Aveyron Dos.201W-75)

« Ainsi que je le signalais dans mon précédent rapport, l’existence de maquis dans les départements voisins de l’Aveyron et en particulier dans le Lot et le Cantal, a amené une recrudescence des attentats terroristes dans le département. Ces attentats portent principalement depuis quelque temps contre les installations ferroviaires, les locomotives et les pylônes de transport de courant électrique à haute tension. Il y faut ajouter depuis quelque temps, des vols répétés d’essence. Les précautions prises, à la suite des instructions ministérielles (réduction du nombre de dépositaires , remise chaque soir au commissariat de police ou de gendarmerie du flexible et de la manivelle) restent inopérantes. Des vols de titres de rationnement sont également à signaler(…). J’appelle à nouveau l’attention du Gouvernement sur l’insuffisance des effectifs de police et de gendarmerie mis à ma disposition pour le maintien de l’ordre. Les éléments du maquis n’hésitent pas à se montrer en armes en plein jours soulignant ainsi l’impuissance de la force publique à s’opposer à leurs agissements.(….)

Attentas-sabotages-incendies « Pendant les mois de mars et d’avril, les activités terroristes représentent : 4 assassinats auxquels il faut ajouter une personne carbonisée dans un incendie 3 personnes blessées une personne enlevée 29 pylônes de transport électrique à haute tension sabotés 8 attentats contre des locomotives 4 attentats contre des trains 2 attentats contre des installations minières 8 attentats divers(incendies, destruction de véhicules…) 7 vols d’essences représentant une quantité de 10 000 litres 3 vols de denrées alimentaires 3 vols de tabac 4 vols de véhicules 2 vols d’effets militaires 2 vols de numéraires(745 000 francs au total) 3 vols d’explosifs(3 750 kg et 13 000 détonateurs) 2 vols de tickets d’alimentation »

Dans ce même rapport  « Le calme traditionnel du département de l’Aveyron est de plus en plus troublé par des sabotages et des attentats dus, il est vrai, pour la plupart, à des éléments étranger au département »

Bien que non exhaustives et pour la seule période des mois de mars et avril 1944, ces actions démontrent, s’il en était besoin, que la résistance en Aveyron, essentiellement à l’Ouest du département*, combat efficacement et sans relâche obligeant les forces d’occupation à réagir et mener nombre d’actions répressives..

*(Un rapport des Renseignements Généraux du 30 mars 44 note : « l’activité essentielle relevée en Aveyron se situe dans le Bassin et aux actions de résistants locaux s’ajoutent celles des groupes lotois »

Actions contre les collaborateurs et répression

Le 25-février 1944, Bachellerie, chef cantonal de la milice, est atteint de plusieurs balles à la suite d’une rafale de mitraillette tirée au travers de la porte vitrée de son domicile, place Jean-Jaurès à Aubin, par plusieurs individus non identifiés. Transporté à l’hôpital de Decazeville, il décédera le dimanche 27février, à 6h20, des suites de ses blessures. Le chef d’escadron Goy, alias «Valzergues», confirmera que les auteurs de l’attentat sont les Espagnols de l’UNE.

Le 9 mars Garcia Henri*(H)participe, avec *Pierre Delpech (H)(futur maire communiste de Decazeville élu en 1977) à l’exécution en pleine rue du commissaire de police Georges Roche, à qui les résistants reprochaient son zèle (Roche nommé à Decazeville en juin 41 multiplia les arrestations et les interrogatoires musclés de résistants). Son activité répressive lui valu en mai 43 une promotion par René Bousquet lui-même , excusez du peu …..

*Henri Garcia Envoyé en mission dangereuse à Millau, sera arrêté lors d’un banal contrôle le 22 avril 1944 et torturé durant plusieurs jours. Transféré à la Gestapo de Montpellier, il sera exécuté à la butte de tir de Villeneuve-lès-Maguelone le 22 mai 1944 à l’âge de 23 ans, avec un camarade, Louis Bonfils. Inhumé au cimetière militaire national de Luynes puis en terre Decazevilloise. Odette Garcia , son épouse rejoindra le Maquis D’Ols où elle retrouvera Pierre Delpech obligé de rentrer alors dans la clandestinité.

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19 mars 1944 La Croix de L’Aveyron

Le 17 mars 1944  à Decazeville, attentat par explosifs commis contre le magasin de radio de M Saget., ancien milicien. A.D. Aveyron Dos 201W-75 Dans la nuit du 22 au 23 mars 1944, des tracts ont été apposés à Decazeville, tracts du Parti Communiste accusant les miliciens de mettre au compte des F.T.P. des forfaits criminels commis par eux. Contenu de ces tracts :  » Les terroristes miliciens de Pétain, Laval, Darnand, faussaires , provocateurs et diviseurs de Français « . « Dans la nuit du 29 au 30 mars 1944 à Decazeville , »La vitrine du Bureau de l’Office de placement allemand ainsi que la devanture du magasin de vêtements appartenant à M.G. ont été brisées par jets de pierres ». (RG 02-04-1944 ADA 201 W 75). « Le 6 mai, attentat sur la commune de Valzergues, contre trois miliciens d’Aubin : Modeste Santamaria,Stephan Miras et Herman Picard sont grièvement blessés. ils sont transportés à l’Hôpital Tinel à Decazeville. Le maçon Miras principalement visé y décédera le lendemain ». (ADA  11MC7-27-31). « Plusieurs membres de la Milice, étrangers à la commune de Decazeville, sont venus assurer une garde à vue à l’hôpital, autour des blessés. » (RG 13-05-1944 Commissaire de Police d’Aubin 23-04-1944 ADA 201 W 75″).

Le 8-12 mai , Jugement et exécutions par le maquis d’Ols de Chevillon (agent de la gestapo, waffen-SS) et d’une indicatrice du SD de Rodez. Le 4 juin à Aubin , le chef de la milice Litré Froment est blessé d’une rafale de mitraillette sur la route de Viviez

Début juin, un milicien de Villeneuve est exécuté alors qu’il se rendait à Rodez, convoqué avec tous les miliciens aveyronnais pour accentuer leur lutte anti-terroriste. Le 8 juin, un attentat par explosif a détruit une boulangerie à Combes. Le 15 juin les résistants enlèvent le correspondant des journaux d’Aubin et de la dépêche de Cransac, tous deux membres de la milice. Le 18 juin, à Decazeville, une ouvrière couturière de Decazeville est enlevée par quatre hommes armés. Le même jour, attentat contre un magasin de tissus à Aubin et d’un débit de vin à Combes. Le 21 juin un membre de la milice est enlevé à la terrasse d’un café. Le 3 juin, le bureau de permanence de la légion , place Jean Jaurès à Aubin est saccagé par des maquisards.

Le 3 juillet, un groupe d’hommes masqués, enlève à Mouret, puis exécute à proximité de Decazeville, le chauffeur de l’Office de placement allemand. (A.D. Aveyron Dos 201W-76)

Le 4 juillet, un officier de la marine allemande est abattu à sa sortie du bureau de la SMUD (Société des mines et Usines de Decazeville). Rapport du commissaire de police de Decazeville le 21 juillet 1944)

Le 10 juillet, deux femmes proches de la famille Bachellerie (Bachellerie, chef cantonal de la milice exécuté en février 44), sont enlevées à leur domicile. Une seconde subit le même sort le 24/07( A.D. Aveyron DOS. 201W-16)

Justice FTPF

Les personnes arrêtées étaient jugées par une cours martiale FTPF, et les procédure, sommaires quelques fois n’empêchaient pas des garanties essentielles assurées aux prévenus jugés après une instruction et audition de témoins et de la défense. Il n’était pas rare que les instructions durent plusieurs semaines et les FTPF pouvaient se lancer dans des enquête très approfondies. Ainsi, certains accusé ont du être exécutée, d’autres condamnés à payer une amende ou autres condamnation et parfois simplement soumis à des mesures d’intimidation.

Répression

Suite aux actions de Guérilla et de sabotages de la résistance, les Allemands, Miliciens et GMR vont multiplier les opérations de ratissages et de représailles. Le 15 mars  la répression effectuée par l’intendance de police de Montpellier dirigée par *Pierre Marty et le SD(Sicherheits Dients) a entraîné une vague d’arrestation à Aubin-Cransac.

Après que Georges Roche, commissaire de police à Decazeville, eut succombé (9 mars 1944) des suites d’une action menée par les résistants, Pierre Marty l’intendant de police de Montpellier — qui, le 12 mars, avait assisté avec ostentation aux obsèques de ce fonctionnaire vichyste zélé secondé par sa « brigade » — engagea, en liaison avec la Sipo-SD, des actions de représailles contre la résistance du bassin minier. Sept personnes (communistes, FTP, des Français et des Polonais) et Pleinecassagne membre du mouvement Libération-Sud et de l’AS furent arrêtées dans les trois localités du bassin minier : Decazeville, Viviez, Cransac. Les communistes : -Ernest Ginestet frère d’Edmond Ginestet est déporté dans « le Convoi des tatoués » vers Auschwitz puis Buchenwald avec d’autres Aveyronnais. Rentré en 1945, épuisé,  il meurt 3 ans plus tard. Raoul Bessières(H), est interné à Auschwitz , Buchenwald puis à Flossenburg où il décèdera le 24/12/1944. -Même destinée pour Alexis Viguié qui meurt le 10 février 1945 Jean Rosowski (H) décèdera à Dora. François, son fils, reviendra vivant de Buchenwald mais restera marqué par la cruauté et les horreurs des camps de concentration. Henri Fulrand et Germain Garibal reviendront d’Auschwitz . Hélène Passerat (H) du Gua, revient vivante de Ravensbruck avec son fils qu’elle a mis au monde là-bas l’un des trois bébés français qui ont survécu aux camps de la mort. Martial  Pleinecassagne (H)de l’AS fut arrêté sur dénonciation d’une femme de Decazeville qui avait appris ses activités clandestines par l’intermédiaire du gérant de la pharmacie mutualiste où Pleinecassagne travaillait (tous deux furent ultérieurement conduits au maquis où ils furent jugés et fusillés) Martial Pleinecassagne, arrété le 15 mars 1944, a été exécuté dans les locaux de la Gestapo le 22 mars 1944. Il est inhumé au cimetière du Gua à Aubin.

*Pierre Marty est un modèle de l’ultra-collaboration. Il a été arrêté en Allemagne par les Américains. En 1948 enfermé à la prison Saint-Michel, condamné à mort par la Cour de justice de Toulouse et fusillé en 1949.

LES SABOTAGES

Le 19 Janvier sabotage de l’usine Ratier à Figeac qui fabriquait , au rythme de 300 par semaine , des hélices à pas variable qui équipaient les avions Heinkel de la Luftwaffe. L’idée d’un bombardement aérien fut vite écartée, car dans ce quartier du Pont du Gua , l’usine au cœur de l’agglomération ne pouvait être détruite sans qu’il en résulte d’importants dégâts et des victimes dans la population. Le 19 janvier 1944 , cinq patriotes allaient poser les pains de plastique nécessaires à la mise hors d’usage de trois machines indispensables à la production qui sera ainsi paralysée.

Jean Fouilhaux (H)membre du Front Uni de la jeunesse du Lot fut tué par l’explosion de la machine qu’il venait de faire sauter.

Une machine à reproduire les pales après l’attentat
les bâtiments après l’attentat

Sabotages d’installations électriques

Débutés en juillet 43 , 85 pylônes électriques sont détruits entre juillet 43 et juin 44 : Le 25 avril 43 mise en chômage technique de 360 ouvriers pendant 6 jours suite à un sabotage de lignes électriques. 11 juillet 43, sabotage à la dynamite du pylône n°3 (ligne du poste Godin-Viviez à Rueyres) et d’un câble téléphonique (ligne Capdenac-Rodez) 27 avril 44 sabotage d’un pylône à Combes, commune d’Aubin. 12 septembre 43 ,le pylône n° 14 est saboté à Decazeville et entre Viviez et Penchot, la ligne vers Rodez. 17-19 octobre 43 , à Combes , St-Parthem , Aubin , pylônes électriques endommagés

3 juin 1944  communiqué militaire inter régional D FTPF : « le 3ème détachement de la 4201ème Cie détruit à l’explosif les pylônes alimentant les scieries occasionnant l’arrêt total de la production pendant 10 jours.Tout le personnel travaillant pour les boches est au chômage »

Sabotages d’installations minières

Les instructions des FTPF et CGT de réduire la production des mines s’est traduite par le sabotage continu des installations minières en1943 et se multipliant dés le premier janvier 1944

24 août 43 sabotage de l’ascenseur à la mine  de Decazeville.  10 j. d’arrêt . 28 août 43 à Decazeville , acte de sabotage du chevalement du puits central démoli par quatre bombes ; il est rendu inutilisable jusqu’en février 44, 4 mois de réparation. 11 décembre incendie d’un atelier de réparation et d’un magasin de moteurs de la compagnie minière d’Aubin 12 décembre 43 deuxième incendie volontaire dans un atelier d’appareillage  à la même mine d’Aubin.Le 3 janvier 1944 sabotage de la cabine de coupure électrique de la découverte ,un mois de réparation. Le 5 janvier , les FTPF et les guerilleros Espagnols pillent la poudrière des houillères d’Aubin. 24 janvier , au puits central des mines d’Aubin , le locotracteur et 14 bennes sont précipités dans le puisard ; un loco-tracteur dynamité au Paleyret. Le 5 février , destruction d’un compresseur à la découverte de Combes. Le 6 février attentat à l’explosif contre deux locomotives à voie étroite au dépôt du puits n°12 à Aubin ; immobilisées pour plusieurs mois et ce même jour attaque de la poudrière des Houillères avec nouveau vol de poudre et dans la nuit , attentat au dépôt du Gua (Aubin) contre des locomotives. Le 15 février , deux puits sabotés aux mines d’Aubin et Cransac.. Le 27 février , A Combes , sabotage à l’explosif de la salle des machines du plateau Banel , du compresseur et de la sous station électrique. Dégâts très importants. Transformateur détruit : 4 jours d’arrêt de travail aux mines de Decazeville et une année de réparation. Le 19 mars , sabotage du transporteur aérien évacuant le remblai , destruction complète d’un pylône de 40 m de haut (4 mois de réparation et 2500 ouvriers au chômage technique pendant 4 jours .L’extraction minière aurait été réduite de 70 % pendant 8 semaines. Le 29 mai , nouvelle destruction complète d’un pylône du transporteur aérien acheminant le remblai(réparations jusqu’en octobre) Le 5 juin , nouveau sabotage du compresseur et de la sous-station électrique du Banel (les réparations seront effectuées jusqu’en avril 46. Le 10 juin , trois fortes explosions détruisent sur le plateau de Lacaze ,le moteur et le tambour du cabestan du skipp servant à l’évacuation des déchets du charbon vers le crassier interdisant l’évacuation des impuretés après triage . L’extraction paralysée entraîne la mise au chômage technique d’un millier d’ouvriers Puis le 13 juin, c’est le moteur et le tambour du plan incliné n°3 qui sont endommagés. Ce plan incliné était utilisé pour diriger les wagonnets de charbon et de remblai en provenance du puits de mine et la découverte de Combes vers l’atelier de criblage. Ce sabotage entraîne un ralentissement notable de la production.

Donc dés la fin du mois de juin , les mines de Decazeville ont leur activité paralysée par les sabotages. Les mines d’Aubin ont maintenu une certaine activité mais moyennant le stockage de leur production. Decazeville n’exportait plus de charbon pour les allemands.

En résumé , les mines de Decazeville ont été quasiment paralysées à partir de fin juin .Seules les mines d’Aubin avaient quelque activité mais étaient obligées de stocker leur production. L’occupation du bassin houiller par les FTP de la 4201ème compagnie du maquis d’Ols fit cesser définitivement toute sortie de charbon et de benzol. Et ce charbon , il ne fut pas possible de le remplacer pour les allemands par celui des mines du Tarn , les mineurs s’étaient mis en grève perlée à l’appel du bureau clandestin de leur syndicat .

Sabotages ferroviaires

Par la ligne Toulouse-Paris via Brive-Cahors transitaient d’énormes quantités de marchandises du Sud-Ouest pillées par l’occupant. Quand cette ligne électrifiée étaient coupée par les sabotages des résistants Corrèziens , les trains de marchandise étaient déroutés sur la ligne Paris-Toulouse via Capdenac. Cette voie avaient donc une importance stratégique Les FTP du Lot avaient à charge la destruction du réseau sur la partie lotoise et le maquis d’Ols de la partie rouergate.

« Marc »organisa et fit exécuter toute une série de sabotages (voir en annexe , le témoignage d’Henri Gasc (H) du réseau « Résitance-Fer » de Capdenac sous l’autorité du commandant Marc.) Henri Gasc , sans explosifs et peu d’armes dans un premier temps ,retint l’idée de faire dérailler les trains . Quelques outils et une lampe signal suffisaient pour cela et les résistants de Decazeville et Capdenac pouvaient réunir facilement. Le 26 mars 44 , premier sabotage effectué par les FTPF du maquis d’Ols sur la voie ferrée Béziers-Clermont Ferrand prés de Séverac le Château. Conduits par Perrutel « Durand «  (H) 5 maquisards stoppèrent un train de marchandise , firent descendre les cheminots et lancèrent le train à toute vitesse vers le dépôt de machines . Les destructions , même limitées par le fait que le train ait été dévié sur une voie de garage , a interrompu le trafic pendant plusieurs jours sur la ligne. Le 27 avril , ils déboulonnent un rail sur la ligne Capdenac-Toulouse prés de Naussac , une locomotive et trois wagons déraillent et interrompent le trafic pendant quelques heures Le 29 avril c’est en gare de Naussac qu’ils arrêtent un train , le sépare en deux et lancent la locomotive sur ceux de queue , ce qui fait dérailler et brûler quatre wagons. Toujours ce 29 avril ils font dérailler un train de voyageurs et de marchandises à Saint Martin de Bouillac sur la ligne Capdenac-Rodez-Séverac le château .Le trafic un convoi de charbon et de produits métallurgiques est interrompu pendant trois jours. Le 8 mai ils font descendre les cheminots d’un train de marchandise à Cajarc sur la ligne Cahors-Capdenac, scindent le convoi en deux et font télescoper le deux parties détruisant des wagons et interrompant le trafic. Le 12 mai sur la ligne Capdenac-Toulouse entre Villefranche de Rouergue et Monteil , ils déclenchent une explosion qui endommage plusieurs rails. Le 12 juin ,une vingtaine de résistants sabotent la ligne Capdenac-Rodez (rail coupé sur 35 cm). Ils arrêtent le train , en font descendre le personnel et le lancent en direction du rail coupé , mais le train ne déraille pas et continue jusqu’à la gare de Capdenac où il bute sur un wagon et le fait dérailler , ce qui interrompt le trafic pendant plusieurs heures. Ce même jour dans un tunnel prés de Sonnac , sur cette ligne Toulouse-Capdenac , ils font dérailler un train dont la locomotive et un wagon sont détruits

A ces actions de sabotages , il faut ajouter : 18 janvier 44 une locomotive détériorée par une explosion à Fontvergnes (Decazeville) et par déraillement à Capdenac 6 février , une locomotive endommagée au dépôt du Gua (Aubin) 1 9 mars , sabotage au dépôt de Fontvernhes , 2 locomotives sur 4 détériorées fin mars 35 locomotives sabotées à l’acide au dépôt SNCF de Capdenac

Les FTPF du Lot qui avaient en charge les sabotages de la ligne électrifiée Paris-Toulouse via Montauban réalisèrent un sabotage important sur la ligne Cahors-Capdenac

Le 6 Avril 1944 ils coupent cette voie par laquelle transite le charbon pour la Kriegsmarine à Bordeaux et même celui alimentant les dépôts SNCF de la vallée du Rhône (Cet itinéraire plus long que celui de Capdenac-Toulouse offrait néanmoins de multiples avantages. la pente était moins raide le même convoi transportait le double de combustible et empruntait à Cahors la ligne électrifiée .

Les FTP ont déterminé le tunnel de Coudoulou comme point de coupure le plus favorable. Il est situé entre les gares de Saint-Cirq-Lapopie et Conduché. Arrêtée en gare de Conduché , la machine et ses huit Wagons furent lancés en direction de Cahors. Quatre Wagons ont déraillé dans le tunnel et deux à l’extérieur. Les résistants ont ensuite fait exploser la machine qui n’avait pas déraillé et le Wagon de benzol qui se trouvait à l’entrée du tunnel immobilisant la lignes pour de longs jours. L’opération n’a fait aucune victime mais le lendemain sous la pression de l’occupant les travaux de déblaiement ont été trop rapidement menés malgré une atmosphère irrespirable dans le tunnel (les intervenants ressortent de suite, plusieurs asphyxiés) due à la présence de wagons d’ammoniaque , de bois de gazogène , de benzol. Et le 7avril vers 15 h 45, l’explosion d’une grosse citerne d’ammoniaque a provoqué la mort de sept agents et deux blessés dont l’un décédera le lendemain.

Tous ces sabotages , le rythme de coupure infernal par ceux du maquis d’Ols et des FTPF du Lot fut tel qu’à partir du débarquement toute circulation sur la voie ferrée était impossible. Das Reich appelé en renfort sur le front de Normandie ne put emprunter le rail. Les quelques vingt jours de retard imposés à un déplacement qui n’en exigeait que trois ont contribué d’une façon décisive au succès de la mise en place par les Alliés d’une tête de pont en Normandie.

10 avril 1944 Occupation de Cajarc

Fin mars 44 , début avril , les troupes allemandes ont engagés de terribles opérations répressives en Corrèze, en Dordogne et dans le Cantal contre le maquis et contre les populations civiles qui les soutiennent. Le commandant Rivière, responsable militaire de l’inter région FTPF (Lot, Corrèze, Dordogne) donne l’ordre au « colonel Georges » chef FTPF du Lot et au commandant Philippe (J J Chapou)(H) commissaire aux opérations FTPF du Lot et »Alain »(René Andrieu) son adjoint d’y exécuter une opération de diversion susceptible de soulager les résistants des départements voisins . ( En janvier 1944, le chef des FTPF du Lot, le « colonel Georges « -Robert Noireau, a reçu en renfort Jean-Jacques Chapou »capitaine philippe » de l’AS qui, lassé de « l’attentisme » des dirigeants de l’AS a rallié les FTPF de « Georges » avec 250 maquisards)

L’ordre reçu était de se maintenir sur place et de ne décrocher qu’après un engagement avec les troupes d’occupation. La date, le lieu et les moyens d’action étaient laissés aux responsables FTPF du Lot « Philippe », désigné pour pour mener l’affaire sur la plan militaire, fixe son choix sur Cajarc à 50 km de Cahors et à une trentaine de km de Figeac et Capdenac, toutes les routes qui y parviennent, accidentées, sont faciles à barrer et à défendre, au Sud, la route de Villefranche et celle de Montauban, à l’Est longeant chaque rive du Lot qui conduit à Figeac par Cadrieu et à Capdenac par Montbrun. Au Nord ,l’une se dirige vers Marcilhac , l’autre sur Figeac.

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La voie ferrée qui longe le Lot est coupée depuis le 6 avril au tunnel du Coudoulou à l’Ouest. Les résistants feront sauter la voie à l’est en direction de Capdenac. Le maquis d’OLS contrôle toutes les routes sur la rive gauche du Lot en évitant que les FTP du Lot ne soient cernés par les troupes Allemande, les GMR et les miliciens (Ils récupéreront les troupes qui en se repliant ont dû traverser la rivière à l’issue de l’opération)

Au jour J fixé au 10 avril, 500 hommes de tous les maquis du Lot bien armés qui, en car , qui en camion ou en voitures individuelles, se rendent à Cajarc, venus de huit maquis, Bessières, Imbert, Jean Bart, Gabriel-Péri, Guy-Môquet, Douaumont, France, Liberté, République, ces deux derniers à base d’espagnols.(3ème Bataillon FTPF, 2310, 2311, 2312 Cie FTPF)

Sur les diverses routes les embuscades sont installées, la gendarmerie ou « Philippe » installe son PC, la poste , la gare et la mairie sont occupés. Les gendarmes sont enfermés dans des locaux disciplinaires pendant toute la durée de l’opération.

Dans le même temps, un tract dactylographié était distribué à la population : « A la population de Cajarc :: des patriotes en armes occupent aujourd’hui votre ville. Au même titre que pour les patriotes d’autres pays occupés, l’heure est venue de participer d’une façon active à la libération de la France et de la débarrasser définitivement des brigands boches et des traitres qui la souille et qui la pille. Nous vous appelons tous à rejoindre nos rang. Nous vous donneront les armes nécessaires pour que cette lutte de libération nationale soit menée jusqu’à la victoire totale sur la canaille hitlérienne et sur ceux qui, au mépris de toute idée de patrie, se sont mis à la solde des nazis.

L’intérêt militaire, politique, économique et humain de notre patrie exige que tous les français, rejetant un attentisme qui sert l’ennemi, se lancent hardiment dans la bataille libératrice qui redonnera à la France sa place de grande nation libre »

« EN AVANT POUR LA LIBERATION, VIVE LA FRANCE LIBEREE »

Les frères Roques qui étaient à l’origine de la destruction d’un maquis et Bousquet milicien notoire sont exécutés. Plusieurs dynamiteurs sont envoyés faire sauter la voie à un km en direction de Capdenac. A 9 h Philippe avertit la Gestapo cadurcienne de l’occupation. Vers 13 heure une unité allemande s’approche de Larnagol, attaque la ligne droite et tombe sur l’embuscade principale placée sous les ordres du chef Pitchoro (Ariza) qui dispose de l’effectif complet de deux maquis. Embuscade classique sur laquelle est installée une mitrailleuse et un fusil mitrailleur balayant une ligne droite d’environ 500 mètres, et d’hommes installés sur les hauteurs. Au cours des premiers combats, quinze feld gendarmes et deux hommes de la Gestapo sont tués ou blessés, un seul a réussi à s’enfuir en traversant le Lot à la nage. Au cours de l’après midi les Allemands reviennent en force et occupent les hauteurs qui entourent la ville ; sept cent cinquante allemands c’est à dire la presque totalité de la garnison de Cahors , deux unités GMR (groupes mobiles de réserve ) et vers le soir une centurie de la milice . Des accrochages ont lieu un peu partout et à la fin de la journée l’étau se resserrant il est temps de décrocher.

Après de multiple accrochages, et au moment du décrochage, le groupe du maquis France, commandé par « Chomino » (Charles Boizard ») ne peuvent être averti par l’agent de liaison. Les FTPF Van Emond, Quémeré, Mouly,   seront tués. Quatre autres seront capturés, amenés à Cahors puis à Toulouse et fusillés à la prison Saint Michel, Chomino, quelque temps avant encore jeune instituteur à Couvert-Soturac, Larrive Georges, Emile Coiry, Durand « fil de fer ».

Gabriel Mailhebeau (Instituteur à Lanargol (Lot), Il rejoignit la Résistance au sein du Maquis Douaumont, relevant de l’AS et Libération-Sud puis des FTP).Les circonstances de sa capture ne sont pas bien définies, Il a possiblement été arrêté le 10 avril 1944 lorsque des résistants barrant la route Cajarc-Cahors ont été tués ou arrêtés. Selon une autre source, il aurait été arrêté par le SD en mars 1944. Dans tous les cas, Il fit partie du convoi du 27 avril 1944 parti de Compiègne à destination d’Auschwitz-Birkenau. Il fut ensuite transféré à Flossenbürg (Allemagne) où il mourut.

Laissons Ange Ariza commandant l’embuscade principale:

Rapport Ange Ariza « Pitchoro » » Je reçu comme instruction avec la maquis « France » et le maquis »Liberté » composés uniquement d »espagnols, de faire un barrage en chicane à la sortie de Larnagol.. Je choisis le dernier virage à la sortie du village qui me donnait la visibilité sur la route de cahors et de Saint-Chels. Je plaçais le maquis « Liberté » sur la route de Saint-Chels avec une mitrailleuse qui couvrait en enfilade la route départementale de Larnagol et de Saint-Chels et le maquis « France » sur les hauteurs de la route nationale avec mitraillettes fusils et grenades, gardant pour moi le fusil mitrailleur. Je donnais à chacun mes instructions tout en recommandant de ne pas faire de bruit et surtout de ne pa se montrer. La matinée se passa s’en voir les allemands, ce n’est que vers treize heures que j’entendis des bruits de moteurs. Je donnais aussitôt l’alarme en recommandant à mes hommes de n’ouvrir le feu qu’aprés la première rafale que je tirerai avec mon FM. J’aperçus trois voitures allemandes qui tombèrent dans le piège, et à vingt mètre je fis feu; toutes les armes des maquisards firent de même, et plusieurs grenades explosèrent. Surpris, les allemands sortirent des voitures, plusieurs furent touchés et les autres sautèrent dans un champ pour essayer de rejoindre le Lot qui se trouvaient à 500 mètres, certains furent tués mais la riposte vint. Je donnait l’ordre de passer à l’assaut et me lançait à leur poursuite. Je me trouvais face à un colonel sur qui le vidai mon chargeur. Je récupérais des armes, des patiers et trois voitures dont deux étaient en état de marche. Je comptait les morts allemands: 14, et pas un seul blessé de notre côté. Je donnais l’ordre de reprendre les positions et de bien faire attention. Je pris une voiture pour aller demander de nouvelles instructions à Cajarc. Je fus reçu par le lieutenant Antoine qui m’ordonna de rester sur mes positions jusqu’à la nuit. Je rejognis mes hommes et les informais de cette décision que je trouvais tout à fait illogique.La soirée allait le confirmer. les allemands informés par Paganel arrivèrent de Cahors, de Saint-Chels, et de Calvignac et nous encerclèrent. Seule la route de Cajar nous permettait un repli. Les allemands s’étaient rapprochés de plus en plus, je trouvai plusieurs de mes hommes blessés dont un de mes anciens, dit « Roosevelt », qui me demanda de l’achever. Je n’en eu pas le courage. Je fis tout pour sauver le reste de mes hommes que j’embarquai rapidement dans les camions avec consigne de rejoindre Cajarc. Une dizaine d’hommes manquant dont mon adjoint Chimino, je pris une voiture et revins en arrière afin de les récupérer mais un fusil mitrailleur troua ma porte et mon pneu. Je fis donc demi-tour sur place et me dirigeai vers Cajarc car il n’y avait plus rien à faire. Je rattrapai mes hommes et rentrai à Cajarc. Nous étions encerclés de toute part par les allemands, les GMR, et les miliciens. J’entrepris avec quelques hommes des tirs d’entrtien sur les GMR qui se trouvaient sur la route de Villefranche de Rouergue. A la tombée de la nuit; je reçu l’ordre de me replier sur Livernon. Nous passames la nuit dans une bergerie et ce n’est que le lendemain que j’appris la perte d’une dizaine d’hommes à Larnagol qui avaient été torturés et tués; les uns sur place, les autres à la prison Saint- Michel à Toulouse. »Ange Ariza « Pitchoro »

Le monument commémoratif intitulé »Barrage de Larnagol »

La dépêche, fidèle à sa ligne collaborationniste titrera quinze jours plus tard « 80 bandits éliminés à Cajarc » par 25 gardes de la milice(sic) et la Croix de l’Aveyron ne fut pas en reste ( communiqué copié collé et titre légèrement différent)

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La Croix de l’Aveyron 25 avril 1944
La Dépêche 25 avril 1944

L’occupation de Cajarc du 10 avril eut un fort retentissement, portant atteinte au moral des Allemands qui à compter de ce jour dans le Lot s’abstiendront d’effectuer leurs multiples sorties qui paralysaient beaucoup la résistance. Elle montra aussi à la population que la résistance armée était vraiment devenue quelque chose d’effectif. Cette opération est un moment emblématique de la stratégie des FTP. Elle a pour but de rallier les attentistes et a un impact considérable sur l’administration de Vichy et sur les troupes d’occupation

Le premier mai, à l’initiative de « Philippe », et après l’expérience de Cajarc, c’est l’occupation de Gramat qui est décidée, afin d’attirer dans un guet-apens, les allemands basés à Cahors. Les embuscades sont placées loin de la ville et le dispositif de sécurité renforcé. C’est le lieutenant « Antoine » qui assure l’occupation de la ville et sa protection rapprochée, avec les maquis « Guy Mocquet », « Bessières » et « Douaumont ». Ils constituent ainsi le groupement nord. En interception éventuelle, entre Figeac et Assier, à Reilhaget, près de Reilhac, on trouve les trois maquis espagnols « Liberté », « Egalité », « Fraternité ».

Le groupement sud, est en embuscade à quinze kilomètres de Cahors avec les maquis « Gabriel Péri », « France » et « Jean Bart ». « Philippe » installe son PC à Constans. Les allemands, bien avertis, ne sont pas tombés dans le piège et n’ont pas quittés Cahors (D’après les ordres, ils ne devaient plus se déplacer qu’en force encadrés par la division Das Reich et ses unités blindés). L’opération dont le décrochage s’est effectué à midi, reste positive, ayant, comme à Cajarc, un grand impact sur la population. Une gerbe fut déposée au monument aux morts et des fonds récupérés à la perception et à la poste.

5 mai 1944 Le guet-apens de Saint Félix

Le chef départemental de l’AS (Armée secrète), Léon Freychet , décide une opération contre la station d’essence de la Standard française des Pétroles de Saint-Félix (proche de Rignac) afin de se procurer des carburants pour ses unités combattantes . Celle-ci fut un fiasco , car les Allemands , informés , étaient au rendez-vous.

Pour cette opération, l’AS fit appel à trois de ses groupes invités à venir se ravitailler en essence. Le premier, commandé par Birebent , appartenait au groupe franc et maquis de La Prade du Sud-Aveyron , rattaché au maquis de l’AS « Paul Clé », le deuxième au maquis Du Guseclin , le troisième à un groupe de l’AS d’Espalion, dans le Nord-Aveyron. Informés , les Allemands attendaient l’arrivée des résistants au dépôt de Saint-Félix. Ils étaient postés à proximité dans la soirée pluvieuse du 5 mai. Le groupe commandé par Birebent fort de neuf hommes arriva le premier sur les lieux vers 21 heures. Au bout d’une heure d’un combat inégal , Birebent décrocha accompagné de quelques-uns de ses hommes qui réussissaient à se disperser. Vers 22 heures , le groupe du maquis Du Guesclin arriva à son tour sur les lieux et tomba dans le guet-apens. Les soldats allemands couchés dans les fossés de part et d’autre de la route, tirèrent avec des fusils-mitrailleurs sur la camionnette transportant les six hommes du maquis Du Guesclin. Le combat, très inégal dura près d’une heure,quatre maquisards sont tués. Jean Clauzur (H), Aimé MORHAIN (H) ,Félix SCHMIT (H),JosephPETITJEAN (H).Roger Lavergne (H)blessé sera fusillé à Sainte-Radegonde le 17 août 1944

Das Reich dans la région

Le 6 avril 1944, arrivée de la division Das Reich à Montauban, groupe d’élite de la Waffen SS qui est constituée en 1939 de 15 000 hommes et de centaines de chars , éprouvée par des mois de batailles sur le front Russe notamment à Koursk. Ce sont en effet près de 8 000 d’entre-eux qui ont péri à l’Est. Commandé par le général SS Lammerding, l’état-major de la division – 140 hommes – s’installe à Montauban et est cantonné sur une cinquantaine de points de la région parmi lesquels Valence-d’Agen, Moissac, Lauzerte ou encore Caylus. Aguerris par des centaines de massacres de masse en Biélorussie , on les retrouvera lors des massacres d’Oradour, Figeac, Montpezat, Tulle, etc… Les 11,12 et 13 mai , suite à l’activisme grandissant des maquis locaux , les éléments SS de la division Das Reich organisent une gigantesque rafle dans la région de Figeac. L’ombre d’Oradour masque la multitude de crimes sordides commis sur ce territoire par la Das Reich

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Lammerding commandant la 2ème division Das reich

En 1953, au tribunal de Bordeaux il est jugé pour crimes de guerre pour les massacres de Tulle et Oradour-sur-Glane commis les 9 et 10 juin 1944 ; il est condamné à mort par contumace mais l’Angleterre refuse l’extradition alors qu’il est dans la zone d’occupation britannique en Allemagne . Et plus tard l’Allemagne de l’Ouest refuse également de le remettre aux autorités Françaises. Il crée à Düsseldorf une entreprise de bâtiments et travaux publics , qu’il dirige jusqu’à sa retraite ; il meurt d’un cancer généralisé en 1971.. .Il été enterré à Dusseldorf avec les honneurs militaires…..Ses funérailles attirent plus de cinq cents personnes parmi lesquelles de nombreux anciens membres des Waffen S.S., venus de toute l’Allemagne fédérale

8 juin-20 juin 1944, la Division Das Reich – Quercy.net

La rafle de Figeac par la division Das Reich le 12 mai 1944

La milice, les GMR, les gardes mobiles etc ..incapables de réduire les actions des résistants qui se sont développées dans le figeacois a incité les chefs de l’armée allemande à intervenir brutalement et avec force avec les Waffen SS et l’une de ses divisions blindées de Das Reich. L’occupation de Cajarc et l’intervention au dépôt de Capdenac compte parmi ces actions les plus spectaculaires qui ont fortement contrarié (c’est un euphémisme) les allemands .

La raffle de Figeac est une opération militaire planifiée et exécutée par une unité de la Division Das Reich, le 2e Panzer Grenadier Regiment der Führer et un détachement du Panzergrenadier-Régiment Der Führer, qui comprend une partie des 1er et 3e bataillons stationnés respectivement à Valence d’Agen et à Montauban, Caylus et Nègrepelisse, avec deux cibles précises : les réfractaires au Service du Travail Obligatoire (STO) et les « terroristes » c’est-à-dire les maquisards. La Résistance est en effet très active dans l’arrondissement de Figeac favorisée par le cadre naturel et qui est considéré comme un repaire de « terroristes ». Ses effectifs sont nourris par l’échec notoire du STO et l’approche de la « Libération » que chacun pressent et attend.

L’action doit débuter le 10 mai 1944, dans l’après-midi, avec le regroupement à Caussade de toutes les unités SS. L’arrivée sur le théâtre des opérations – près de la moitié du département du Lot – est prévue vers 20 heures. L’ordre d’opération fixe des objectifs bien définis grâce aux renseignements des indicateurs.( Les informations très sérieuses fournies par les indicateurs français étaient transmises au chef de la section policière, l’obersturmnannfuhrer SS Muller) C’est dans la nuit du mercredi 10 au jeudi 11 mai 1944 que Das Reich traverse Figeac dans le vacarme assourdissant des engins chenillés et des camions qui transportent la troupe. Au grand soulagement de la population figeacoise, le convoi se dirige vers le nord et le nord-est sans s’arrêter. L’opération d’envergure » vient de commencer. On les voit partout. Les nazis, guidés par des indicateurs, fondent sur tous les objectifs définis par l’Ordre d’opérations : Assier, Lacapelle-Marival, Le Bourg, Latronquière, Bretenoux, Saint-Céré , Rouqueyroux, Gorses, Terrou, Espeyrou , Leyme, Saint-Maurice, Le Bouyssou , Saint-Vincent, Lavergne, Calmejane, Sénaillac, Teyssieu, Camburat… Ce ne sont qu’exactions, destructions, incendies, assassinats et arrestations en grand nombre. 19 personnes sont exécutées dont 9 dans le petit village de Saint Félix, à Bagnac, à Cadaillac et à Lauze; la totalité de Terrou (289 h) est détruite. Le soir venu, les nazis se regroupent aux portes de Figeac, bloquent la ville; des équipes mixtes, Gestapo, police allemande et indicateurs, parcourent les rues où patrouillent aussi les militaires. Le 12 mai au petit matin, les Allemands annoncent que tous les hommes doivent se présenter à la gendarmerie pour vérification des papiers. Des patrouilles traquent les hommes dans les rues et pillent de nombreuses maisons. Les raflés sont triés selon leur statut et leur âge. Le tri effectué, seuls sont retenus les hommes de 16 à 60 ans, ouvriers artisans, lycéen , enseignants…. Le 13 mai, quand Das Reich s’en va, la ville est sous le choc, C’est en effet quatre cent cinquante personnes qui ont été raflées y compris 8 femmes arrêtées la veille. Regroupés avec ceux arrêtés la veille dans les villages environnants , c’est un convoi de plus de 800 prisonniers qui rejoint Cahors puis Montauban.

Joulié Georges ,18 ans , de Naussac dans l’Aveyron est pris par les SS avec le fils du maire de Figeac , deux autres camarades et un Capdenacois. Le 14 mai il est fusillé à Montauban avec Benne Pierre 19 ans Fontanges Henri et Robert Bélaubre en présence du lycéen de Capdenac qui assistera à l’exécution. On découvrira les cadavres le 22 juillet à Montbéton à 6 km de Montauban

Plaque située dans la caserne Doumerc à Montauban

Au bout d’une éprouvante semaine à Montauban, trois convois partent par voie ferrée. Les deux premiers avec 226 « travailleurs » sont acheminés vers Allemagne pour un travail exténuant dans les usines des Sudètes. 133 « politiques » dont 8 femmes sont transférés le 14 mai ,dans des conditions épouvantables, à Dachau ou à Neuengamme (c’est dans ce camp au sud-est de Hambourg que périrent de nombreux détenus de Figeac et du Ségala) On compte 83 raflés dont on a aucune précision d’affectation

Sur les 450 raflés de Figeac, 170 dont trois femmes, tous politiques, ne sont pas revenus.

La rafle de huit femmes et 450 jeunes hommes, ce 12 mai 1944 à Figeac, est mal connue en dehors du Lot. Les horribles exactions de la Division Das Reich, un mois plus tard à Tulle et à Oradour-sur-Glane, l’ont occultée !

Le martyre des Figeacois n’est pourtant pas terminé. Les 1e, 2 et 3 juin à Figeac et aux alentours, les unités de Das Reich stationnées à Caylus relancent des représailles sanglantes dans toute la région en réponse à l’attaque du dépôt de Capdenac. Ils tirent sur tout ce qui bouge, fusillent à tort et à travers, incendient fermes, maisons et même villages, détruisent des troupeaux. Le 1 er juin entre Caylus et figeac, un travailleur civil du camp est assassiné. A Limogne, jour de marché, les allemands tirent dans la foule et tuent 6 hommes dont les plus jeunes avaient 17 et 14 ans. Une personne tuée à Cadrieu et deux autres à Frontenac. Le 2 juin à planioles et dans les villages voisin, lls lancent des grenades incendiaires. On comptera 33 maisons, 25 granges et hangars incendiés, des dizaines d’animaux tués A Camburat un tué et un blessé grave par les occupants d’une auto-mitailleuse 

Le 3 juin les résistants tendent une embuscade sur la RN 122 entre Viazac Colombier. Deux voitures se retrouvent sous le feu des maquisards dans lesquelles on comptera 7 morts dont un colonel Allemand, un sous-officier et une femme. Deux passagers ont la vie sauve et peuvent donner l’alerte. Une demi-heure plus tard auto-mitrailleuses et camions chargés de soldats arrivent, les représailles commencent. huit hommes et une femme qui rejoignent Figeac sont fusillés dans la localité de Viazac au lieu-dit la Rivière. Une stèle commémorative fut érigée sur le lieu du massacre, sur le bord de la route RN 122 entre Viazac et Blagnac-sur-Célé. Un peu plus tard ils arrivent au hameau de Cayla et assassinent huit personnes .

Ils repassent à Figeac le 7 juin, arrêtent le sous-préfet et le maire qu’ils relâcheront.Ils quittent définitivement la ville le 8 juin

Le 31 mai 44 , occupation de Capdenac par les FTPF du Lot

Gare de Capdenac ,au premier plan , la rotonde

Le 31 mai 1944, une opération est montée par les FTPF du Lot à Capdenac, gros centre ferroviaire. L’objectif est de mettre hors d’usage le matériel de la gare qui pourrait être utilisé par les nazis en prévision d’un débarquement allié)

Ordre d’opération

« Mission générale : le 3 ème bataillon FTPF du Lot est chargé de la destruction de la gare de Capdenac. Objectif de la compagnie dans le secteur comprenant le dépôt et la barrière. 1-Téléphone : couper les fils, interrompre les communications (téléphone du chef de dépôt, téléphone allemand). 2-Faire prisonnier les allemands occupant ce poste 3-immobiliser la barrière 4-récupérer l’huile du dépôt et tout outil susceptible de nous servir 5-détruire le dépôt Pendant toute l’opération assurer la sécurité de la route N°594 venant de Rodez

Départ fixé par le commandant de compagnie de façon que le bataillon soit au au point de ralliement et partira en convoi de l’embranchement de la D19 (labathude à Figeac et de la N 653 (Lacapelle -latronquière à 0h30 le 1er juin. Itinéraire : fixé au point de ralliement-L’itinéraire de repli sera le même. Mot de passe:France : nanou PC du bataillon : gendarmerie

C.O.B 3 ème bataillon Lieutenant Camille* *Lieutenant Gratias René (H) pseudo « Camille » instituteur de Gorses ((Lot)

L’objectif est de mettre hors d’usage le matériel de la gare allié). 27 locomotives 5000 et 580-le pont transbordeur-la plaque tournante-pompe et château d’eau et les postes d’aiguillage.

L’importance des moyens utilisés est ici considérable Mission générale du 3 ème bataillon FTPF du Lot sous le commandement du lieutenant Gratias René pseudonyme « Camille »

Les 2 311ème, 2 332 ème, 2 310ème Cie FTPF et le Maquis République (Espagnol) sont les participants à la mission commencée à 5 heure. Un dispositif de contrôle de la ville est mis en place avec patrouilles et garde des carrefours. A l’hotel prés de la gare, des agents de la Gestapo qui tentent de fuir sont abattus. Toute la gendarmerie est faite prisonnière Sabotages du pont transbordeur, de la pompes du château d’eau, des aiguillages, de la grue électrique, du pont tournant, du transformateur, mise hors d’usage des 27 locomotives . Réquisition d’argent à la poste (750 000 francs), à la gare (1 708 000 francs) et à la perception (325 000 francs) 12 cheminots allemands se rendent mais sont relâchés à l’issue de l’opération compte tenu de leur attitude anti-nazie (un cheminot nazi préférera se suicider plutôt que de tomber aux mains du maquis) L’opération commencée à 5 heure était terminée à 9 heure. L’évacuation se fit avant que les troupes allemande aient eu le temps d’intervenir. 3 tués dont deux hommes de la gestapo, aucune perte du côté des FTPF 500 hommes environ ont participé à l’opération transportés par 35 gros camions et 6 voitures

La rotonde après le sabotage

Juin 1944

Aprés la rafle du12 mai 1944, le martyre des Figeacois n’est pourtant pas terminé. Les 1e, 2 et 3 juin à Figeac et aux alentours, les unités de Das Reich stationnées à Caylus relancent des représailles sanglantes dans toute la région en réponse à l’attaque du dépôt de Capdenac. Ils tirent sur tout ce qui bouge, fusillent à tort et à travers, incendient fermes, maisons et même villages, détruisent des troupeaux. Le 1 er juin entre Caylus et figeac, un travailleur civil du camp est assassiné. A Limogne, jour de marché, les allemands tirent dans la foule et tuent 6 hommes dont les plus jeunes avaient 17 et 14 ans. Une personne tuée à Cadrieu et deux autres à Frontenac. Le 2 juin à planioles et dans les villages voisin, lls lancent des grenades incendiaires. On comptera 33 maisons, 25 granges et hangars incendiés, des dizaines d’animaux tués A Camburat un tué et un blessé grave par les occupants d’une auto-mitailleuse 

Le 2 juin , opération des FTPF du Lot

Rapport d’opération du détachement Bessière FTPF : » vers 10h30, les maquisards attaquent à Linac (Lot), à 150 m du pont du Colombier , un véhicule Peugeot qui se dirigeait de par la RN 122 de Figeac à Aurillac. Le chauffeur et un sous officier sur le siège avant sont tués net. Un colonel descend , il se défend au pistolet ,une rafale le plie en deux,il continue de tirer et tombe dans le fossé , une grenade l’achève. Un autre allemand descend de la voiture , il est tué aussi. Il y aune femme sans connaissance dans la voiture , fouille rapide de celle-ci et des cadavres ; la voiture est culbutée dans le fossé et incendiée. Un bruit de ferraille annonce l’arrivée de la colonne blindée . Pons donne l’ordre de repli »

le 3 juin 1944 Répression à Viazac(Lot)

Le 3 juin, suite à l’embuscade du 2 juin, des SS de la 2e Panzerdivision Das Reich arrêtent en représaille huit hommes et une femme dans la localité de Viazac et les massacrent au lieu-dit La Rivière à proximité du lieu de l’embuscade. Une stèle commémorative est érigée sur le lieu du massacre , sur le bord de la route RN 122 entre Viazac et Blagnac-sur-Célé.
Liste des victimes : BASTIDE Henri, 23 ans, DARLES François, 41 ans, FERRER Mariano, 56 ans, FOURNIER Robert, GIBRAT Frédéric, 68 ans , GIBRAT née SAINTE-MARIE Anne, dite Eugénie, 74 ans PRÉVOT Gaston, 24 ans RINGEVAL Henri Joseph, 42 ans VALÉRO Gilber

Un peu plus tard ils arrivent au hameau de Cayla et assassinent huit personnes

Le 5 juin, une colonne allemande à Memer

Le 5 juin 1944, journées dramatiques à Memer. Conséquence de l’exécution de deux SS venus du camp de Caylus tout proche

Ces deux gradés SS appartenaient au service de ravitaillement des troupes du camp de Caylus et procédaient régulièrement à des achats agricoles à Mémer et dans les villages avoisinant ce que la résistance locale dénonçait, d’où, vraisemblablement, leur exécution.

Dés le début se l’après midi, arrive en représailles, une colonne allemande qui cerne le village. Menaces, portes fracturées, interrogatoires vains, l’absence de complicité avec la résistance évidente rende vaine la recherche d’armes et de maquisards cachés. Malgré tout, les allemands surexcités rendent la situation très dangereuse et après le paiement d’une forte amende, repartent en emmenant neuf otages qui transférés à la caserne Pomponne à Montauban d’où, ils seront relâchés après un interrogatoire musclé par la Gestapo. Malgré les dégâts divers,les brutalités,et les vols importants dans les maisons, les habitants ont échappé aux déchainements brutaux que subiront d’autres villages et villes.

6 juin 1944 jour J du débarquement allié en Normandie

Les soviétiques réclamaient le débarquement depuis deux ans. Les responsables de la résistance s’étaient souvent posés la question : Les américains et les anglais ne le retardent-ils pas pour laisser les armées allemandes et soviétiques s’étriper ? Par ailleurs , au bout de combien de temps peut-on être assuré qu’il a réussi? Une tête de pont de cette importance demeure vulnérable pendant plusieurs jours. C’est plus qu’il n’en faut pour une riposte des blindés allemands .L’armée allemande est encore puissante et agressive d’où l’importance de fixer les allemands dans les régions et les freiner vers la Normandie Les FTPF reçoivent l’ordre national « d’accentuer la guérilla partout où le rapport des forces ne joue pas en faveur des patriotes en armes .Les sabotages devront se multiplier, tout particulièrement sur les voies ferrées , les embuscades se faire plus nombreuses , les maquis être plus agressifs .La pression doit encore s’intensifier .Chaque allemand fixé dans la région est un homme de moins en Normandie« 

La nouvelle du débarquement se répand dans tout le pays. Des centaines de jeunes partent dans les bois à la rencontre du maquis. C’est une partie de ces jeunes volontaires qu’on retrouve dans la tragédie de Gabaudet et Capdenac (voir plus bas)

Le 8 juin , Das Reich reçoit l’ordre de rallier la Normandie mais , comme en Russie ,elle reçoit aussi l’ordre , besogne classique des SS ,de « nettoyer » en priorité les arrières du front

Dans l’Aveyron , l’opinion publique se divise mais pour l’essentiel , le débarquement c’est le retour de la guerre dans le département et la victoire des alliés , l’antichambre de la victoire des bolcheviques. Les journaux locaux affichent en première page les communiqués allemands et , à propos des bombardements des villes , parlent de barbarie païenne et déforment et désinforment à tout-va. « Les troupes anglo-saxonnes subissent de lourdes pertes et sont en passe d’être rejetées à la mer par des contre-attaques allemandes ». l’Union Catholique ajoute ,le seul danger c’est toujours le bolchévisme « infernal ennemi de la France,de la civilisation chrétienne et de l’humanité » La dépêche n’est pas en reste qui affiche elle aussi sans sourciller les communiqués allemands et parle de contre-attaque qui se déroule favorablement.

La dépêche 10 juin 1944
La dépêche 12 juin 1944
La croix de l’Aveyron 9 juin 1944
La croix de l’Aveyron 23 juin 1944

Mais en bas Rouergue , compte tenu de l’activité soutenue des FTPF du Lot et du maquis d’Ols , personne ne tient aucun compte de la propagande Vichyste et une majorité se réjouit ouvertement du débarquement notamment les milieux ouvriers. La région est en quasi insurrection .Le maquis est chez lui .Il réquisitionne , prélève , multiplie les attentats , règle leur compte aux miliciens et collaborateurs. Les GMR ont été obligés de se retirer à Rodez et la municipalité Vichyssoise de Tourtonde nommée par le préfet Marion a trouvé plus prudent de démissionner. C’est le maquis désormais qui incarne l’autorité. Le pouvoir vichyste en déliquescence et ne tient qu’à la présence de l’armée allemande. La succession d’opérations depuis fin mai visant les gendarmeries a éliminé leur capacité de riposte et de répression et les incite pour les plus prudents à rallier la résistance.(on a noté plus haut que le maquis d’Ols a augmenté sa puissance de feu en s’emparant de leurs armes.) Les policiers systématiquement désarmés ,l e pouvoir est totalement impuissants face à la résistance.(Les GMR du bassin a du être replié sur Rodez dés le 22 juin 1944)

Le 10 juillet 1944 le secrétaire général de la préfecture notera dans un rapport au ministère de l’intérieur « Depuis le débarquement , le département est en pleine effervescence ; les maquis sont à peu prés partout chez eux. Si en l’absence du préfet *, j’administre le département et si j’exerce quelque pouvoir , c’est vraisemblablement parce qu’il y a quelques troupes allemandes à Rodez ; sans cela il est probable que le département serait entièrement administré par la Résistance (–). l’arrondissement de Villefranche et plus particulièrement le Bassin houiller sont entièrement aux mains du maquis(–)

*Le préfet Dupiech a été arrêté le 10 mai 1944

Dès lors , pour le mois de juin 1944 , les opérations et évènements spectaculaires vont se succéder avec en corollaire des actes de répressions toujours plus sanglants. Le 5 juin, une colonne allemande à Memer Libération de la prison de Villefranche le 6 juin Arrivée de la division Das Reich ou plutôt retour de la division le 8 juin La tragédie de Gabaudet le 8 juin L’exécution de Maurice Lagarrigue à Capdenac le 19 juin Autre tragédie à Lavayssière-Capdenac le 23 juin Occupation de Decazeville le 29 juin etc….

Libération de la prison de Villefranche*

Le 6 juin ,le débarquement allié connu , les détenus communistes à la prison de Villefranche mettent les gardiens devant leurs responsabilités et une délégation conduite par Louis Odru (H)exigent du directeur leur libération immédiate. Après tergiversations des gardiens qui écoutent les bulletins d’information pour vérifier que les alliés n’allaient pas être rejetés à la mer , les détenus politiques quittent la prison. 12 hommes partent aux maquis d’Olt .Parmi eux Louis Odru-Curie- déjà cité qui en deviendra le CE (Commissaire aux Effectif chargé des problèmes politiques) , Michel- « Verlaine » qui sera responsable de la section transport , Santi qui assurera l’intendance. Perrutel (H), lui dirigera le sous-secteur Aveyron de la région D installé à Villefranche de Rouergue et puis sera un des cadres du maquis Alfred-Merle de Coudols .(Arrété le 26 juillet 1944 par le Sipo-SD pendant une opération ,torturé il sera exécuté le 6 août 1944 )

Louis Odru* et la réalité de la libération des prisonniers par le lieutenant Crocccichia : 

« Le lieutenant Cancel , commandant de la prison , le principal Croccichia , l’adjudant Carton , les autres gardiens-à l’exception d’un seul -étaient des attentistes . Le 6 juin , ils ont tenu compte du débarquement ,de l’activité du maquis du villefranchois et de la résolution des détenus politiques pour se résoudre à franchir le pas . J’appellerais ces gens là des naphtalinards. »

A contrario de l’activisme et de l’importance des FTPF, et des FTPT-MOI, les autres mouvements ont mis en place des structures d’accueil qui virent affluer vers elles, à partir du débarquement, de nombreux patriotes, certes , mais aussi nombre de personnes désireuses d’effacer un passé douteux. Ainsi, le 7 juin, les gardiens de la prison de Villefranche-de-Rouergue avec les prisonniers de droit commun(les politiques s’étaient évadés la veille) gagnèrent un maquis de L’Organisation de Résistance de l’Armée (O.R.A) et profitèrent d’un armement conséquent issu de parachutages d’armes importants ce qui manquait notoirement au FTPF.

*Louis Odru (H), né le 9 décembre 1919 était instituteur à Menton. Membre des JC depuis fêvrier 1934 , il adhéra à la SFIC au cours de l’été 39. Arrêté le 5 novembre 1940 pour propagande communiste au sein de l’armée , il fut condamné à 5 ans de prison . Aprés la libération de la prison , Rejoignant le maquis FTP d’Ols-Camboulan (que commandait son camarade de prison Vittori), commissaire aux effectifs, il participa à la libération de l’Aveyron et du Tarn (notamment Albi, bassin de Decazeville-Aubin, mines de Carmaux). Sous le pseudonyme de « commandant Curie », il commandait les FTP lors du défilé de la Victoire à Albi, fin août 1944.

Das Reich de retour

Après le 8 mai 1944 et La rafle de Figeac opération militaire planifiée et exécutée par une unité de la Division Das Reich, le retour de Das Reich dans la région. Le 8 juin, Aux premières lueurs du jour, «Das Reich» commandée par le général Heinz Lammerding part depuis Montauban fort de 15 000 hommes, 1500 véhicules dont 209 chars et pièces d’artillerie autoportées pour rejoindre le front de Normandie. C’est la 2e division cuirassée (Panzer) de la Waffen SS, Das Reich. Elle va entreprendre un mouvement de 725 km qui s’achèvera prés de vingt jours plus tard en Normandie. Le temps pour cette formation d’acquérir une réputation sinistre et de s’inscrire dans l’histoire parmi les plus atroces chapitres de la Seconde Guerre mondiale.

Au passage on peut rectifier une interprétation qui s’est imposée concernant l’activité de la division SS Das Reich, jusqu’à l’ouverture des archives allemandes remises par la Russie à la RFA après la disparition de l’URSS. Si cette armée, exsangue après un séjour prolongé sur le front de l’Est, sommairement reconstruite pendant son séjour à Montauban, a mis 20 jours pour rallier la Normandie, c’est qu’elle avait reçue l’ordre, comme en Russie, besogne classique des unités SS, de « nettoyer » les arrières du front en priorité. Tous ses crimes (Oradour, Tulle, Bretenoux etc..) étaient donc prémédités

A Cahors , le corps principal , sous les ordres de Dieckman continue vers le nord via la N20 Les blindés prennent la direction de Figeac par la D653 D’autres suivent la D662 qui longe le Lot vers Figeac et Capdenac

Le 8 juin la tragédie de Gabaudet.

Gabaudet était un lieu de rassemblement de tous les jeunes gens de la région (du Lot mais aussi de l’Aveyron) qui, fuyant le STO, passaient dans la clandestinité. Le choix de ce lieu a été déterminé par son isolement, loin de toute voie importante de communication, d’accès difficile par les chemins, dans un secteur qualifié de calme. Gabaudet, rattaché au poste de commandement F.T.P.F cantonné à  Escazal, à la ferme Lafon, près d’Espédaillac, est placé sous la protection des maquis  France  et  Gabriel Péri. Malheureusement, cette protection se trouva réduite les 7 et 8, une partie de l’effectif étant envoyé en renfort vers Bretenoux où une compagnie de l’Armée secrète de Corrèze se trouvait en difficulté lors de l’attaque d’une autre colonne allemande remontant vers la Normandie.

Sur dénonciation du gendarme Bonaventure de Gramat et guidés par un avion de reconnaissance, le 8 juin vers 19 heures, la ferme est encerclée par une colonne blindée de chars, chenillettes et soldats Waffen SS appartenant à la 2e SS-Panzer-Division « Das Reich » venue de Figeac. Ils déclenchent un feu nourri de mitrailleuses et mortiers et en même temps cernent le camp. Pour les maquisards surpris, souvent arrivés la veille, c’est la débandade. Beaucoup tombent tués ou blessés. Ces derniers seront achevés à la baïonnette. La moitié réussit à s’échapper. Descendu de leurs chars, les allemands entreprennent un massacre méthodique des hommes qui croyaient pouvoir se rendre. Ils incendient la ferme et mitraillent ceux qui tentent de sortir. Tous les blessés qui ne peuvent pas fuir sont exterminés, sans exception.

On dénombrera 35 corps mutilés, carbonisés civils ou FFI. Quelques 70 maquisards et paysans furent capturés, la plupart déportés et peu connurent la fin de la guerre. Arrêté fortuitement le 8 au soir par le maquis ORA de l’Alzou , le gendarme dénonciateur reconnu avoir fourni à des agents allemands de Capdenac les renseignements leur permettant d’investir facilement le camp de Gabaudet ; Il a été executé.

Itinéraires de la Das Reich (Sans dénonciation, comme dans beaucoup de cas, les allemands n’auraient pas eu à connaître Gabaudet.)

La stèle inaugurée en 1945. On voit encore les ruines de la ferme.

Liste des victimes à Gabaudet :

Volontaires FFI
Baillot René, Beaumont Pierre, Bordes Marcel, Contesenne Roger, Couhot Claude, Cremoux Jean, Darnis Pierre, Depré Jean, Descole Jean-Henri, Dupui Bernard, Forestier Fernand, Galarzac(Alonso Bollo), Joliton Martial, Lafon Jean-Pierre, Lascombes Roger, Maury Jean-Louis, Pack, Pierret Raymond, Plantié Lucien, Teisseyre René, Thamié Claude, Vernaujou Roland, 3 inconnus et des disparus.

Civils
Joutet Denise, Joutet Antonin, Thamié Jacques, Gauthier Antoine.

On peut s’étonner qu’une unité allemande soit arrivée à surprendre un maquis de 200 hommes sans que l’alerte puisse être donnée.

Le débarquement avait eu lieu deux jours auparavant, le pays était en effervescence. C’était la ruée vers le maquis et bien sûr, les structures d’accueil n’existaient pas. La veille, 200 jeunes gens provenant de tous les bourgs de la région (Figeac, Saint-Céré) et de l’Aveyron, s’étaient rassemblés là, pas encore organisés et armés. La journée du 8 juin s’était écoulée entre fièvre et insouciance, toute entière occupée à l’installation, à l’habillement et à la première instruction.

Dans la soirée, harassées, les jeunes recrues regagnaient leur couche de paille dans la vaste grange, quand la ferme fut assaillie par l’arrière.

19 juin 1944-Maurice Lagarrigue (H)du groupe de cheminots affiliés au mouvement Franc-tireur , réfugié provisoirement à Faycelles (Lot) avec sa femme et son fils , il regagne momentanément son domicilie le 19 juin qu’il trouve occupé par deux supplétifs d’origine soviétique auxquels il propose de rejoindre le maquis. Leur ayant donné rendez-vous pour le soir même , ceux-ci reviennent mais accompagnés de soldats allemands. Maurice Lagarrigue tenta de prendre la fuite mais il fut pris en chasse et abattu à 300 mètres de chez lui.

23 juin 1944 La tragédie de Lavayssière-Capdenac

Le 23 juin 1944 , un groupe de jeunes maquisards des commandos Hubert *(ils étaient jeunes, impulsifs, courageux, mais… avec une formation au combat quasi nulle) fut encerclé au lieu-dit Lavayssière (commune de Figeac , Lot) par des troupes allemandes après avoir saboté les aiguillages de la bifurcation de Capdenac-Gare (Aveyron) entre les lignes de chemin de fer se dirigeant vers Cahors (Lot) et Brive (Corrèze). Ils furent surpris par un détachement allemand qui sortit du tunnel de Capdenac (Prévenus par un indicateur de Capdenac-le-Haut). Vingt-et-un maquisards furent tués à Lavayssière et onze furent faits prisonniers dont sept furent fusillés le soir même près du crassier de Capdenac-Gare (Aveyron) .

Lavayssière sur la route de Figeac à Capdenac

*Les commandos Hubert », une formation active d’abord près de Montredon (Lot), à proximité du Cantal et de l’Aveyron , puis dans l’Aveyron à Livinhac-le-Haut, commune située très près du bassin houiller de Decazeville et pas très éloignée du Lot.
De fait, les commandos Hubert intégrèrent dans leurs rangs des maquisards originaires du bassin houiller de Decazeville (Aveyron). En mai 1944, ils étaient passé sous le contrôle des groupes Veny (AS) du Lot. Le refus de passer au FTPF comme la quasi totalité des MUR du Lot incita leur second chef, Marcel Élie, à installer, vers le 15 juin 1944, les commandos Hubert — environ trois cents hommes bien armés et équipés — dans l’Aveyron à proximité de Decazeville.Voir Malraux résistant?

Carte de France érigée près du giratoire de Lacapelette prés de Figeac
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« Le crassier » à Capdenac où furent fusillés Sept des maquisards

Comme dans la tragédies de Gabaudet, les Allemands ont été informés par un indicateurs français qui porte la responsabilité des massacres. Pour Gabaudet le gendarme coupable a été exécuté.

Le responsable du massacre de Lavayssière, un habitant de Capdenac le Haut ( qui domine Lavayssière) a lui aussi été bien identifié mais a semble t’il, comme beaucoup, a échappé à l’épuration. Il est vraisemblable que le Ratier indiqué dans ce texte ci-dessous soit celui qui a averti les Allemands de Capdenac

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La voix du peuple 5 novembre 1944.

Ce même 23 juin 1944, Figeac est occupé par les FTPF du Lot

Rapport du commissaire de police de Figeac au sous-préfet de Figeac, le 25 juin 1944. « J’ai l’honneur de vous informer que le 23 juin vers 13 h de nombreuses détonations ont été entendue semblant venir de Capdenac. D’aprés les renseignements , il s’agirait d’un engagement entre maquis et troupes d’occupation sur le territoire de la commune de Capdenac-le-Haut . Il y aurait des morts et des blessés de part et d’autre. Ce même jour , en fin d’après-midi, Figeac est occupé par un millier d’éléments du maquis du Lot venus en camions et en voitures. Des sommes importantes sont prélevés à la poste, au Crédit Lyonnais, à la BNCI, à la Socièté Générale et à la perception. Le matériel entreposé à la prison de Figeac et appartenant aux GMC a été récupéré après avoir fait sauter la porte extérieure à l’explosif. 7 tonnes de tabac ont été enlevés dans un entrepôt. Les maquisards ont emporté tout le matériel d’imprimerie et machines à polycopier à l’imprimerie Chagnaud et tous les stocks de papier à l’imprimerie Lala. Aux usines Ratier, des pièces de voitures, de l’outillage et des denrées alimentaires provenant de la cantine de l’usine ont également été emportés. Des stocks de chaussures et autres sont prélevés dans différents commerces et des bons de réquisition ont été remis aux intéressés Vers 19 heures deux individus armés se sont introduits dans le bureau de la sous-préfecture et ont emporté un certain nombre de dossiers, notamment des rapports de police. Enfin vers 20 h 15, le commissariat de police a été occupé et moi-même ainsi que le personnel gardés à vue sous la menace des armes. Une partie du fichier,toutes les archives et les dossiers du commissariat ont été enlevés ainsi qu’un revolver 7,65 et toutes les munitions de réserve. Le commissariat a cessé d’être occupé à 21 h 40  »

Commissaire de police de Figeac .

29 juin 1944-Occupation de Decazeville

Le 29 juin , entre 800 et 1000 FTPF occupent Decazeville. La troupe , d’une ampleur exceptionnelle , est transportée par 24 camions et une dizaine d’automobiles sans plaque d’identité mais qui arborent fanions tricolores et sigles FTPF. Les maquisards défilent chants et poings levés , investissent la mairie , le commissariat , la poste. Ils pénètrent dans la perception , au Crédit Lyonnais , à la banque Moulinou où ils s’emparent de prés d’un million de Fr. et prélèvent ici ou là d’importante quantités de marchandises.

Juillet 1944

En ce mois de juillet , la Wehrmacht recule sur tous les fronts où elle est engagée (Italie , Normandie ) et à l’est c’est une quasi débâcle , l’armée rouge progresse de 20 km par jour.

En Bas Rouergue , depuis juin , l’administration vichyste n’y administre plus rien , le maquis d’Ols est chez lui. Les maires nommés par le préfet de Vichy dans les municipalités communiste d’Aubin , socialiste de Capdenac , radicales de Villefranche et Dcazeville sont virés et remplacés par des assemblées de patriotes. Essentiellement dans cette région de l’Aveyron se poursuit une vive activité résistante avec , depuis longtemps , la priorité à l ‘action directe. Le comité de libération du bassin engage la population , par tracts , à rejoindre le Front National . Des attentats frappent des cibles significatives : « Le 3 juillet les FTP enlèvent et exécutent à Coté de Decazeville le chauffeur de l’office de placement allemand » (A.D.Aveyron Dos.201W-76) , le lendemain toujours à Decazeville est abattu à la sortie de la direction des mines un officier de marine Allemand. Les comités de libération ont pris la situation en main et dirigent l’administration. Le comité inter-local du bassin houiller s’occupe du ravitaillement de la population et des maquisards , du maintien de l’ordre , de l’épuration , de la tutelle des mines et usines , de la création des FFI .

14 juillet 1944

Le CNR entendait faire du 14 juillet 1944 le prélude à l’insurrection nationale.
Il invita à la grève , ce jour ou le suivant, « si les hommes de Vichy esquivent l’épreuve de force en [en] faisant un jour férié » et préconise des manifestations appelées à clairement s’inscrire dans la perspective de l’insurrection nationale. Des instructions spéciales sont adressées aux FFI et FTP pour faire du 14 juillet une « journée d’attaques généralisées contre les occupants et les traîtres ».

Ces appel reproduit par l’Humanité est rejeté par la SFIO minoritaire au sein du CNR (Rappelons que depuis juillet quarante ce parti avait disparu , liquéfié , volatilisé sans même avoir été interdit).

L’appel de l’État Major FTPF est très clair« Le 14 juillet 1944 doit être un jour de rassemblement , de mobilisations et de combats qui donnent à tout le peuple français la mesure de sa puissance , qu’il va se jeter toute entier dans l’insurrection nationale en chassant l’envahisseur et en rétablissant toutes es libertés populaires. Français , Françaises , à l’appel du CNR , faites grève le 14 juillet(–)organisez des manifestations de masse aux monuments aux morts »

Le 8 juillet 1944 ,le C.I décida : De monter pour le 14 juillet une grande manifestation à Decazeville De déclencher le même jour une grève générale insurrectionnelle dans le bassin houiller du Tarn (Les responsables VENI ,C.F.L ,M.U.R des FFI ont été contactés et ont refusé de s’associer à ces manifestations )

Le 10 juillet , tous les détachements du maquis d’Ols intègrent l’appel de l’EM FTPF et se préparent à de grandioses manifestations pour célébrer la fête nationale dans les grands centres de l’Ouest Aveyron et dans les villages .

La commémoration du 14 Juillet dans l’arrondissement de Villefranche de Rouergue est d’une ampleur exceptionnelle , où se mêlent civils et soldats. Un défilé des FTPF a lieu auxquels se sont joints l’AS de Prévinquières et le maquis Antoine (Veny) venu du Naucellois .

Et à Decazeville , dans la nuit du 13 au 14 juillet 1944 , en silence , sans que la population s’en aperçoive, Vittori envoya un détachement FTP , commandé par le capitaine Louis Odru (alias Curie) qui investit Decazeville. Au petit matin , les points stratégiques étaient occupés par les troupes et la ville bouclée.

Le 14 juillet 1944 à de Decazeville , Viviez , Cransac et Aubin , tel que le raconte Marceau Coursières (H) (Dantès) dans la clandestinité) dans L’Humanité du 14 juillet 1994

« Le bassin houiller fut libéré le 14 juillet. Le 14 juillet 1944 , le peuple de Decazeville et de tout le bassin houiller, après de longs mois d’une lutte douloureuse, est venu à bout d’une autre bastille. Celle-ci avait pour nom : le pétainisme , le fascisme , l’hitlérisme. En juin 1943 , durant l’occupation allemande , sur l’initiative et l’instigation du Parti communiste clandestin , un comité inter-local de libération s’est créé dans l’illégalité. Il siégeait à Decazeville , ayant comme rayon d’action le bassin houiller. Sa composition en était la suivante : Marceau Coursières (Parti communiste clandestin) ; André Cayrol (syndicat clandestin des mineurs) ; Raoul Froment (Front national) ; Irénée Raynal (Front uni des jeunesses patriotiques) ; Ernest Germes (personnalité socialiste). La région Tarn-Aveyron, dont je dépendais , m’avait confié la mission d’organiser une action de masse pour le 14 juillet 1944 qui avait pour but de promouvoir la résistance à un niveau supérieur et de progresser par là même vers la libération. Notre objectif était de sortir de la clandestinité et de prendre contact au grand jour avec la population. Cependant , pour entreprendre cette opération qui , normalement , devait porter un grand coup aux Allemands , il était nécessaire d’obtenir l’accord unanime des membres du Comité de libération et l’appui militaire des maquis , afin d’assurer au maximum la sécurité pour le cas où les Allemands seraient intervenus.

Pour être juste , il faut bien reconnaître que si par malheur une colonne allemande avait été dépêchée de Rodez vers le bassin il y aurait eu inévitablement combat , avec effusion de sang et aussi des représailles plausibles, à l’égard de la population. Mais, d’autre part l’envergure et la simultanéité de ces actions sur divers fronts à la fois paralysaient les nazis. Ils se sentaient de plus en plus menacés et débordés par la guérilla des maquis et le sabotage intensif de la production et des transports. Le principe donc de cette opération étant enfin accepté par le comité inter-local de libération, il nous fallait ensuite faire appel aux militaires pour le leur faire adopter et nous mettre d’accord sur l’organisation pratique. A cet effet nous avons pris contact avec les maquis d’Ols, commandés par François Vittori (alias Marc). Celui-ci avec son état-major nous donna son plein accord pour cette action décisive. C’est ainsi que dans la nuit du 13 au 14 juillet 1944, en silence, sans que la population s’en aperçoiv , Vittori envoya un détachement FTP , commandé par le capitaine Louis Odru (alias Curie) qui investit Decazeville. Au petit matin, les points stratégiques étaient occupés par les troupes et la ville bouclée. Ce fut une réussite totale , tant par le dispositif que par la discipline et le comportement de ces hommes en arme et en cotte bleue des FTP du 1er bataillon de l’Aveyron. Le matin donc , comme une traînée de poudre , la population apprend la nouvelle et progressivement s’agglutine devant la mairie , comprenant qu’il se passait quelque chose d’extraordinaire. Des alentours elle a accouru et vers 9 h 30 la place Decazes était noire de monde. C’est à ce moment-là que nous , membres du comité inter-local , avons gravi l’escalier et avons pris possession de la mairie. Je décrochais le portrait du maréchal Pétain et , le mettant en pièces , j’en jetais les débris en pâture à la foule déchaînée. L’émotion faisant place à un enthousiasme délirant , les applaudissements sans fin crépitèrent et les cris de joie jaillirent de la foule , couvrant comme une marée montante la place Decazes. De son côté, Pierre Bessac réinstallait sur son socle, dans la salle d’honneur, le buste de la République (…). Nous avons alors décidé spontanément de poursuivre sur cette lancée vers Viviez , Aubin et Cransac. La population criait des slogans et chantait «la Marseillaise» et autres chants patriotiques et révolutionnaires. Arrivés à la mairie de Viviez , il fut procédé par les patriotes au même scénario d’occupation que celui qui avait eu lieu quelques moments plus tôt à Decazeville. Et puis , continuant notre marche en avant , le cortège ne s’arrêta qu’à Cransac, avec nouvelle occupation de la mairie et même scénario. Enfin nous retournions sur nos pas pour terminer cette action victorieuse à Aubin. Ce jour-là, la population du bassin houiller prenait conscience qu’une longue période de souffrances , de privations et de malheurs allait prendre fin. L’horizon s’éclairait enfin , avec sans doute une ère nouvelle de paix et de liberté. Les nazis avaient-ils été surpris et avaient-ils surestimé nos forces , nul ne le saura jamais. Ce qui est sûr, c’est que notre détermination et notre tactique avaient été confirmées et payantes.

Mais les nazis se vengeront en faisant une descente sur le bassin houiller le 10 Au terme de cette journée du 14 juillet 1944 , la population se dispersa , les troupes FTP se regroupèrent pour regagner leur campement et rejoindre aussitôt Carmaux où les combats faisaient rage. C’est ainsi que le 1er bataillon de l’Aveyron se distingua en participant à la déroute des nazis, jusque chez eux en Allemagne (…). Firmi-Marceau Coursières L’Humanité 14 juillet 1994

Dans un pays encore occupé , où l’ennemi traqué et furieux n’a pas fini de porter des coups , les populations du Bassin houiller , de Villefranche ,de tout le Bas-Rouergue ont eu , avec ces manifestations du 14 juillet , un avant-goût de la liberté.

Combats de Carmaux

Lors de la réunion du 8 juillet 1944 le comité insurrectionnel FTPF D2 décida -D’organiser une importante manifestation populaire à Decazeville le 14 juillet (Voir le 14 juillet 1944 dans l’Ouest Aveyron)

l’Humanité 30 juin 1944

– De déclencher le 13 juillet une grève générale insurrectionnelle dans le bassin houiller du Tarn.

Ces décisions furent soumises et acceptées par les diverses instances supérieures (Comité insurrectionnel Inter-Régional D, ((C.M.I.R), et Commandant de la 3 ème subdivision des FTPF, Instructeurs et direction zone SUD du PCF).

Les objectifs de cette gréve générale étaient, vis à vis des autorités Vichyssoise et de la direction des houillères, imposer des revendications économiques et priver par cette grève les allemands de charbon et de benzol. Développer la lutte armée contre l’occupant et aguerrir les jeunes FTPF.

Obliger nombre de syndicaliste du Tarn( dont le fameux Sinot « Lenoir » qui, on verra plus tard, favorable à la charte du travail de Pétain, Opposé à la grève insurrectionnelle il appela à la reprise du travail. ) a choisir publiquement entre la collaboration avecVichy et les allemands et la lutte avec la résistance.

Le comité insurrectionnel D2 (Tarn-Aveyron) était composé de : Berthet Felix (H)« Rémi » responsable politique régional du PC J . Milhau « Albert » responsable régional du Front National « Georges » responsable régional des Jeunesse Communistes Fournier Raymond, responsable des FUJP Marcel Pélissou (H), responsable du syndicat illégal des mineurs de Carmaux  Chaze « Rebel » commissaire civil régional FTPF (Il assurait la liaison entre le CI et le CMR D2) Rafalic Milan « Fernand », Apolonio de Carvalho* « Edmond » et G.Marin « Gaston » représentant la direction régionale de la FTP-MOI.

Le commissaire régional aux opérations D2 Chaze « Rebel » qui assurait la liaison avec le Comité Militaire Régional (C.M.R) D2 des FTPF.

*Apolino De Carvalho, en février 1980, prit part au Brésil à la création et à la direction nationale d’une nouvelle organisation politique de gauche, le Parti des Travailleurs, celui de Lula.

La décision de déclencher cette opération est prise après une analyse approfondie de la situation politique, militaire et syndicale.

Le 12 juillet 1944, l’Etat-Major subdivisionnaire et régional FTPF a donné un ordre d’état d’alerte. Les mineurs du Tarn, de Carmaux, Blaye, Cagnac les mines, vont se mettre en grève et la mission du maquis d’Ols est d’appuyer leur mouvement par une action armée et d’assurer la protection des mineurs en arrêt de travail.

Travaillant en étroite liaison avec le Comité Régional FTPF un comité insurrectionnel de six membres siège en permanence à Carmaux ou Tanus.

Pour donner plus d’ampleur à cette opération, le comité insurrectionnel FTPF D2 proposa leur participation aux responsables locaux et départementaux C.F.L, Veni, M.UR, et syndical (Sinot) qui refusèrent en bloc pourtant beaucoup mieux armés que les FTPF.

Pendant 8 jours, avec l’appui massif de la population, action de masse et action militaire vont se succéder.

Le 13 juillet,déclenchement de la grève au poste du matin. Les détachements FTPF devant assurer la protection des grévistes arrivent en fin de matinée et se heurtent aux allemands pendant une heure trente avant de décrocher.

La direction des mines annonce accepter les revendications corporatives présentées, les syndicats socialistes du syndicat légal appellent à la reprise du travail le 17 juillet.

Passant outre les consignes du syndicat légal Vichyste, le comité insurrectionnel considérant que la grève insurrectionnelle allait de pair avec la libération, décide de poursuivre et d’étendre l’action.

Le C.M.R D2 demande le renfort des FTPF aveyronnais.

Le 14 juillet, à 13 heures, après la revue au monument aux morts de Decazeville, les FTPF du maquis d’Olt reçoivent l’ordre de départ vers Bougnounac dans le Tarn.

Encore et toujours , les dirigeants Vény et AS présents à Bougnounac jugeant l’attaque à venir trop risquée refusent de s’y associer et de céder des armes aux FTPF comme le leur a demandé « Marc ».(L’attente du jour j dont ils se référaient pour ne pas intervenir avant semble êtres extensible.)

Les combats à Carmaux vont durer 6 jours Le 15 juillet , à 14h30 , le premier détachement commandé par « Curie » va occuper Cagnac , l e deuxièm Blaye et le troisième en réserve se positionne à Taix. A Blayes, le combat s ‘engage avec les allemands , et au bout de 6 h l’ennemi doté d’un armement nettement supérieur et qui reçoit des renforts importants de Carmaux impose le décrochage. Aucune perte n’est à déplorer coté maquis et les allemands ont des tués et des blessés et soixante prisonniers sont ramenés.

Le 17 juillet, le préfet de région nota qu’il n’y a eu aucune reprise du travail.

Le comité insurrectionnel demande au C.M.R D2 d’engager une opération sur Carmaux.

Les FTPF se préparaient à attaquer quand le chef FFI du Tarn Durenque demanda de rencontrer le C.M.R D2 au PC des FTPF. Il annonce qu’il a donné l’ordre après concertation avec les chefs C.F.L et Veni d’engager le combat avec les FTPF.(Ils avaient pris conscience qu’attendre l’arme au pied lleurferait perdre tout crédit auprès de la population et un officier Veni, De Dainville agita même le risque de voir installer une mairie communiste par les FTPF.

Les FTPF n’étaient pas dupes sur la motivation des chefs Veni et C.F.L, eux qui avaient prédit échec et bain de sang ne pouvaient pas risquer de sombrer dans le ridicule en s’abstenant de combattre alors que la victoire des FTPF se dessinait.

L’objectif est maintenant Carmaux où les forces allemandes sont importantes. A Bougnounac viennent en renfort la 4209 ème Cie FTPF, et le camp espagnol avec 70 à 80 combattants armés.

Le 18 juillet , les maquisards isolent Carmaux avant de l’investir. Les FTP attaquent le PC en centre ville et les postes allemands des puits de mine Sainte Marie et de la Tronquié. Les affrontements sont particulièrement violents à Blaye et à la Tronquié où sont tués des soldats d’Ols et plusieurs allemands. A la fin de la matinée , des éléments de FTP venant des barrages installés à la périphérie pénètrent dans la ville et dégagent les groupes encerclés. Les rapports de force devenant trop défavorables suite à l’arrivée de renforts ennemis, les FTP décrochent et se replient sur Bougnounac.

Toute la journée, Carmaux, après de durs combats, a donc été aux mains des maquis, la grève des mineurs totale et l’ennemi a eu des pertes sérieuses (plusieurs dizaines de tués et beaucoup de blessés, et 55 « Vlassovs » armés sont passés du côté des maquisard.

Pour le maquis d’Ols, cinq tués, Guillon , fils du capitaine de gendarmerie Guillon, lui même résistant déporté en Allemagne, Jakouboski André (H), Martinez Raymond (H), Matezuck Stanislas H), Peul Roger et trois blessés.

Le 20 juillet, le comité insurrectionnel demanda de continuer l’action FTPF sous la forme de guérilla contre les postes isolés et les transports et le C.MR. D2 autorisa le maquis d’Ols à rejoindre ses bases sur le causse d’Ambeyrac.

Les FTPF ont indiscutablement marqué des point par rapport aux autres organisations de résistance qui ont été obligées de se rallier momentanément aux conceptions activistes des FTPF et de prendre contact avec le C.M.R D2.

Un mois plus tard,Carmaux sera reprise après de durs combats et la garnison allemande faite prisonnière.

Le libérateur

21 juillet 1944 engagement à Montbazens

Des combattants du maquis Duguesclin sont accrochés prés de Montbazens par un convoi Allemand. L’attaque fera plusieurs morts parmi les occupants et les résistants .

« Ce 21 juillet , les résistants partant en permission rencontrent un convoi allemand. Le combat fait rage et l’avancée de l’ennemi est stoppée , mais côté maquisards 13 victimes parmi lesquelles le lieutenant Georges Billon-Vivenot, intervenu sans attendre l’aide de ses camarades». La dépêche 12/05/2018

24,25,26 juillet 1944, la colonne de Wilde en Ouest-Aveyron, combats de Gelles et Villefranche

Après avoir regagné ses cantonnements suite aux combats de Carmaux le 19 juillet 1944 et à peine le PREMIER BATAILLON de FTPF DE L’AVEYRON formé (Le 23 juillet 1944, voir plus haut), on annonce une colonne allemande , la colonne Wilde* venue « nettoyer » le Lot et le Bas-Rouergue, secteur du maquis d’Ols .

La 11ème Panzer Division qui est mise à contribution dans la lutte contre les maquis possède, entre autres, une unité d’intervention , groupe de combat, le groupement Wilde, du nom du Lieutenant-Colonel qui le dirigeait : Traugott Wilde. Il est constitué de deux bataillons (entre 1 000 et 2 000 hommes chacun), motorisés et munis de batteries provenant du 111ème régiment de grenadiers blindé. Le groupement Wilde est chargé après le 10 juin de prendre au sud de Brive, la place de la 2ème Panzer Division SS, la tristement célèbre « Das Reich » remontée vers la Normandie , après le débarquement des forces alliées du 6 juin.

24-25-26 Juillet Les combats de Gelles

Le 24 juillet , une colonne forte de deux milles hommes avec blindés est donc annoncée sur l’axe Cahors-Figeac-Villefranche de Rouergue. Les maquis FTPF du Lot et le maquis d’Ols en accord décident de poster des embuscades sur cette route chacun dans leur secteur : Les FTPF du Lot entre Cahors -Figeac et au pont de La Madeleine commun au département du Lot et de l’Aveyron , le maquis d’Ols sur les routes de Decazeville ,Villefranche ,Najac. Devant le danger ,une réunion a lieu à Loupiac. La encore ,les chefs Veny , O.R.A et CFL décident de décrocher sans combattre . Les FTP du Lot et d’Ols eux sont déterminés à harceler ces colonnes sur leur passage. Les premiers éléments de la colonne qui arrivent à La Madeleine sont accrochés par les FTP du Lot qui leur infligent quelques pertes.Le pont qui devait sauter n’est qu’endommagé et laisse passer l’infanterie ,dans un premier temps et les blindés après avoir été réparé. (Notons ce rapport FTPF du Lot le 25 juin 1944 : « Routes N140 : minée à la hauteur de Lacoste, Pont de Camburat sauté-un détachement en embuscade. Minée à la hauteur de la route de Bouyssou, un détachement en embuscade, minée à la hauteur d’Aynac Etc…N122 sud : pont de la Madeleine réparé. Les allemands sont passés. La 2311ème met en place un dispositif au mas de Noyer pour battre le pont et le reminer »

Les premiers éléments d’infanterie de la colonne, arrivés au croisement de la route de Gelles-Foissac et de la nationale Paris-Toulouse se heurtent à une embuscade montée par la 4201ème Cie du maquis d’Ols avec une soixantaine de combattants.

« La mission est d’attaquer la colonne par un feux nourri d’une ou deux minutes et de décrocher en suite. »Pourtant, le combat durera deux heures et les allemands ont des pertes sérieuses , mais le pont de La Madeleine réparé a laissé passer les blindés qui contournent les combattants du maquis et leur imposent le décrochage sous les tirs d’armes lourdes et huit maquisards sont tués : ALTERANO Pierre (H)« Jourdan » Sergt. ARTIS Albert (H)« Attila » BOYER Maurice (H) « Faidherbe » FALEAS Victor « France » GOETCHEL Maurice (H)« Sully » KRAZICK Etienne(H) « Juin » PEREIRA Jean(H) « Laperouse » RENOU Jean (H).

Le lendemain, 25 juillet, nouvel accrochage avec des forces du maquis plus importantes. Les SS, compte tenu des attaques incessantes, sont déchaînés, ils égorgent les blessés, les arrosent d’essence et les brûlent ici, sur la route. les pertes seront nombreuse de part et d’autre, sept maquisards trouveront encore la mort

CZAJKOWSKI Joseph(H) « Barat » FERNANDEZ Joseph (H) GORNAY Roger (H)« Berthier » GUERTZEN Jules « Jules » PORTA Raymond (H)« César » Lieut. RINALDI Armand « Garibaldi » (H)TOULZE Georges « Chanzy » (H)

Ajoutons RODRIGUEZ Manuel(H) tué lors de la destruction du pont de Toirac dans l’après-midi du 25 Juillet, ordonnée par le commandant MARC en accord avec les FTPF du Lot pour empêcher d’être pris à revers par les unités allemande traversant le Lot par le pont.

Le docteur Delpech encore, lors du vingtième anniversaire des combats de Gelles .

« Quelques jours après les combats de Carmaux, les 23,24,25 juillet , les hommes à peine reposés attaquaient la fameuse division Das Reich. Nos jeunes maquisards se battirent comme des lions contre l’armée allemande. Nous avions engagé dans ce combat un millier d’hommes avec un armement léger (mitraillettes , fusil-mitrailleurs , mitrailleuses , grenades)contre un ennemi supérieur en nombre , en matériel et pourvu de blindés. Malgré cette infériorité technique, les pertes infligées aux nazis furent très lourdes : des rapports allemands qui tombèrent entre nos mains font état de plus de cent morts et blessés (en tous cas hors de combat) Qui ne se souvient dans la région de ces journées héroiques , mais qui ne se souvient aussi de la rage des SS égorgeant nos blessés, les arrosant d’essence et les brulant ici sur la route ? Dix huit camarades trouvèrent la mort, parmi lesquels plusieurs des plus anciens du groupe du camp Dominique Vincetti. »

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Villefranche de Rouergue les 24 et 25 juillet

La colonne allemande attaquée à Gelles arrive à Villefranche de Rouergue en milieu de journée. A l’entrée de la ville, ils font prisonnier trois FTP : Benne (H)Lambert Emile (H) Toulouse J.E.(H) qui sont interrogés et torturés dans l’après-midi du lendemain 25 juillet. Les nazis tentent, en vain, de leur arracher des informations sur le maquis. Menottés, ils seront conduits autour de 15 heures au bois du Couati où Paul Benne et Émile Lambert sont assassinés d’une balle dans la nuque sous les yeux de Toulouse. Celui-ci est conduit au camp FTP renseigné par des indicateurs*. Vers 16 h 30, une centaine d’Allemands donne l’assaut à une ferme où les maquisards ne sont plus là, ayant gagné le point de repli à l’approche des SS. Et en début de soirée, les assaillants quittent les lieux après avoir mis le feu au bâtiment. Ce n’est que le lendemain que le corps de Jean Toulouse fut retrouvé sur un tas de braises. Paul Falipou, un jeune, travaillant sa vigne, a été tué par les balles des mêmes assassins.

*Les dénonciateurs sont Freda Stern (Une espionne Sarroise « réfugiée » à Villefranche) et son père. Ils étaient surveillés, mais par excès de scrupules, les FTP les ont arrêtés et exécutés trop tard.

Dans le même temps les allemands établissent des barrages sur les routes menant à Villefranche. Une voiture transportant plusieurs FTP légaux est interceptée : Maurel André (H), Mouly Henri(H), Vèdrine(H), Dintillac Raymond(H). Le combat dure peu, à vingt contre un, à la mitrailleuse et à la grenade, trois maquisards, Mouly, Védrine et Maurel sont abattus. Un quatrième, Dentillac a sauté à temps et réussit à s’enfuir.

Route départementale D 89 « bois de Couati »
Route départementale D 47 lieu-dit« Fondès »

Les troupes allemandes quittent Villefranche dans le courant de l’après-midi du 26 juillet 1944 poursuivant leur périple sanglant vers Albi.

Août 1944

En ce début mois d’août , l’opinion aveyronnaise reste globalement hésitante . La hiérarchie catholique dont on connait la forte influence continu son soutien au régime de Vichy et son opposition aux alliés (« Le saint Père ne saurait reconnaître le régime soviétique »-revue du diocèse 4 août 1944)

Les journaux diffusés dans le département n’aident pas à avoir une idée objective de la situation. La Depêche , même si elle a gagné en prudence , n’hésite quand même pas à souligner la résistance de la Wehrmacht et diffuse allègrement les communiqués de guerre qui , contre toute réalité , décrivent l’échec des alliés face à l’armée allemande qui tient tête à tous les assauts et reprend des initiatives victorieuses.

Les journaux catholiques ne sont pas en reste , l’Union Catholique et La Croix de l’Aveyron diffusent eux aussi les communiqués allemands.

La croix de l’Aveyron 6 août 1944
La Dépêche août 1944

L’incertitude en Ouest Aveyron , par contre , n’a plus cours . On l’a vu plus haut , le maquis d’Ols y est en garnison et les comités de libération , sous son autorité , ont pris la situation en main et dirigent l’administration. Le comité inter-local du bassin houiller s’occupe du ravitaillement de la population et des maquisards , du maintien de l’ordre , de l’épuration , de la tutelle des mines et usines , de la création des FFI .

Le maquis d’Ols se réorganise sur de nouvelles bases .Depuis le débarquement , le combat a changé d’aspect , à la guérilla et aux embuscades succèdent des combats en ligne. Les détachements mobiles mais dispersés sont remplacés par des unités puissantes et bien articulées.

Depuis le 23 juillet , le Premier Bataillon de l’Aveyron a été ainsi constitué sous les ordres du « Commandant Marc » (François Vittori), devenant ainsi la « Force armée du Rouergue libre »

Le 6 août la 4.206ème Cie combat à Jouqueviel , les dix-onze août , dernier raid allemand dans le bassin houiller de Decazeville  , le débarquement du 15 Août en Provence précipite le mouvement. Les FTPF du maquis d’Ols participent à la libération de Carmaux du 16 au 18 août , puis d’Albi les 19-23 août et occupent Villefranche de Rouergue le 22 août . Entre temps , dans la nuit du 17-18 août , Rodez est libéré sans combat et les allemands quittent la ville après le carnage de Sainte-Radegonde et quelques soixante Vlassof prêts à fuir massacrés

6 août 1944-Combat de Jouqueviel (Tarn)

Le dimanche 6 août 1944 , au lieu-dit le Tel , un violent combat oppose la 4 214e compagnie FTP MOI – sous l’autorité de Roman Pietrowski (H)- à une forte colonne allemande (15 camions , tractant 3 canons de 40 mn ) venus de Toulouse pour anéantir ceux qu’ils nommaient les « terroristes polonais », se saisir des déserteurs géorgiens et récupérer plusieurs officiers et sous-officiers prisonniers du maquis. À l’issue de la bataille, qui dura plusieurs heures , on devait déplorer le massacre de 8 civils et de 21 partisans

Parmi les maquisards tués ,deux FTPF de la 4206 ème Cie du maquis d’Ols, Gonzales Elviro « Roblès »(H) et Puech Maurice « TARTARIN »(H).

La 4206 ème Cie était stationnée sur la rive aveyronnaise des gorges du Viaur face au village de Jouqueviel où stationnait la 4.214ème Cie FTP-MOI .

Ce lieu de cantonnement avait été choisi prés du terrain de parachutage CFL.Selon R. Azemar FTP(H) de la 4206e Compagnie , « Les soirs de parachutage ,nous y allions en faisant beaucoup de bruit , ce qui faisait décrocher les maquisards CFL et nous en profitions pour récupérer les containiers. »

Dix-onze août 1944, dernier raid allemand dans le bassin houiller de Decazeville.

Le 6 août , la garnison allemande de Rodez isolée, avec des unités Vlassof peu sures reçoit en renfort une forte colonne SS de plus de 300 hommes disposant de blindés légers, de canons et de lance-grenades pour une expédition punitive dans l’Aveyron.

Le C.L inter-local du bassin houiller est averti du danger qui menace l’agglomération minière et prend les disposition de sécurité : Barages FTPF par la 4 201ème Cie sur la D662 à 2 km à l’est de Decazeville, l’autre sur la D 221 à 1 km au sud à la côte de Serons Barrage CFL Marsoins sur la D 662 aux Hermets (13 km à l’est de Decazeville). Un groupe maquis CFL colonial prend position sur les collines dominant la gare et l’usine « Vieille Montagne » à Viviez

La colonne allemande répressive quitte Rodez le 10 août par la D 662 en direction de Decazeville .

Vers dix heures, au sommet deNuces, une voiture avec 5 FFI se heurte aux allemands. Trois sont tués : Georges Andreassian ,Michel Cruzelle,Pierre Boissière(H)(achevé au couteau). Marcel Cabrol(H)bien que blessé arrivera à s’échapper. Le dernier, Vincent Minelli fait prisonnier, convoyé à la prison Saint Michel à Toulouse sera libéré par les FFI le 21 août. (aucun des tués n’était aveyronnais)

Arrivée à Saint-Christophe, après avoir pillés quelques maisons la colonne se scinde en deux parties : -L’une continue sur la D 662 vers Decazeville -L’autre se dirige vers Aubin-Cransac pour pénétrer à Decazeville par l’ouest et prendre ainsi à revers le dispositif défensif mis en place par la résistance. A la sortie de Saint-Christophe, le premier groupe se heurte à une voiture FTP en mission. Après un bref combat, les quatre occupants sont tués : Claude Laurent (H), secrétaire de l’organisation clandestine de la JC de Decazeville et agent de liaison au premier Bataillon FTP de l’Aveyron), Blanquer Pierre de Carcassonne venu en Aveyron pour échapper aux miliciens, Costa Domingo(H) et Daniel Rodriguez

Quelques km plus plus loin, aux Hermets, vingt trois maquisards CFL et guérilleros espagnols venus dans quatre voitures tendre une embuscade sont surpris par l’avance rapide des allemands. Dés le premier quart d’heure d’un engagement violent, trois maquisards sont tués et deux blessés. Lorsque le groupe décroche, le Lt Roger Puech(H), Fourcat Marcel tout les deux de Decaazeville, Paya Raphael sont tué et les maquisards Zaratte(H),Cantaloube (H)et Castanet sont blessés. La colonne allemande reprend sa route après avoir incendié quelques maisons et granges. Les guerilleros harcèlent la colonne allemande et font sauter le pont qui enjambe le Rieu-Mort au hameau de Le Claux à trois km avant Firmi. Aprés avoir tué Roger Bessière, la colonne motorisée doit faire demi-tour et emprunte la petite route qui, par le village de Berthoumarie, relie la RN 662 (aujourd’hui D 840) à la D11. Les allemands passent la nuit à Auzits. (Durant ces engagements, les allemands ont eu une vingtaine de tués.)

Pendant ce temps , la deuxième colonne allemande composée de cinq camions, de blindés, de motos traverse Cransac et Aubin sans problème et rejoint Viviez.

Paul Lhorte, prisonnier évadé, qui tente de fuir sur les hauteurs d’Aubin est mortellement atteint d’une balle.

Arrivés au passage à niveau de la voie ferrée Viviez-Capdenac pour entrer à Decazeville par l’Ouest, ils se heurtent à une embuscade du Groupe Franc de Viviez et un détachement des maquis Marsoins. Au cours de ce combat, les capitaines André Larrive(H), Alfred Ichard (FTPF du Lot en mission) et le sergent André Lescure du Groupe Franc de Viviez sont tués . Une jeune dactilographe , Yvette Frayssinet , qui rentrait de Decazeville à Viviez après son travail a également été abattue.

Les allemands ne pouvant franchir le passage à niveau décroche en emportant leurs morts et blessés et laissant deux prisonniers. Ils reviennent à Aubin et à 20h rejoignent Decazeville par la côte de Céron

La 4.201ème Cie FTPF qui était en embuscade sur cette route avait reçu l’ordre de se replier sur Maurs, ainsi que la Cie FTPF qui occupait Decazeville (Ordre donné par le Haut-Commandement FFI « pour éviter une opération militaire sans aucune portée et ,de ce fait ,nuisible à la population. »(Il semble que cet ordre du Lt-Cel Journet FFI n’ait pas plu du tout aux FTP du Cdt Marc pour qui se retirer sans combattre n’était pas du tout dans les options FTPF.)

En ville, dans la soirée, Raymond Molinié (H) de Rodez, membre des milices patriotiques est abattu. Paul planque, responsable de la CGT clandestine à Decazeville, tentant de fuir en escaladant un mur très haut est tombé sur le ciment et s’est fracassé le crâne.

Des renseignements faisant état que l’objectif des occupants était de se regrouper dans la région de Saint-Flour et donc de franchir le Lot, Un groupe de résistants du Cantal conduit par le major Mac Pherson des services secrets britannique fait sauter le pont de Port d’ Agrès. La résistance locale les empêche de détruire le pont de Livinhac qui sera piégé avec ordre de le détruire si l’ennemi se présente*. (Le pont de la Madeleine avait été définitivement détruit)

Les services anglais avait tendance à tout faire sauter, voies de chemin de fer, ponts etc…, empêchés par la résistance, dans le soucis de l’après libération si ce n’était pas indispensable.

Le 11 août vers 7 heures, une patrouille de motards allemands constate que les ponts enjambant le Lot sont soit détruits, soit gardés. A partir de 11 heures , la colonne quitte la ville par Cérons et le groupe reconstitué à Aubin rejoint Rodez par Montbazens et Rignac….

Le dernier vestige de l’occupation allemande en Bas-Rouergue , la garnison du centre de transformation électrique d’Aubin attaquée et faîte prisonnière par les FTPF de Marc le 25 juillet, Il n’y a plus et il n’y aura plus d’allemands sur le territoire du Bas-Rouergue sinon des prisonniers.

Août Création effective des FFI (14 août)

Dans le Lot et l’Aveyron, deux fortes personnalités FTPF sont incontournables dans la résistance de leur département respectif, Le colonel « Georges » (Robert Noireau) et le Commandant « Marc » Vittori François Seul département de la région 4, le Lot FFI sera dirigé par un chef FTP, le Colonel « Georges »  (Robert Noireau)**

Au contraire du Lot,en Aveyron la constitution de la direction départementale des FFI a rélégué les FTPF à des rôles de second plan, alors qu’ils étaient de loin ceux qui avaient combattus le plus durement dans le département,pour laisser la place à des militaires de L’ORA ou de l’AS qui ont attendu tranquilement le jour J.

Le 14 août, Gilbert de Chambrun « Carrel », chef FFI de R3, Raymond Fournier « Charles »FTPF, et Bernard Henri Bonnafous « Richard$ (AS) constituèrent l’état major FFI de l’Aveyron comprenant : »Richard » chef départemental FFI, « Charles (FTPF) et Puget O.R.A adjoint. Service économique, Commandant Hygonet (AS). Commandants des secteur Nord Aveyron,, le colonel « Benoît » et pour le Sud, le colonel Devillier.

*Le commandant « Richard »,Bernard Henri Bonnafous parachuté en juin chef de l’AS en Aveyron qui donc ne connaît rien de la résistance locale et moins encore celle des FTPF.

Gilbert de Chambrun, pourtant compagnon des communistes qu’il a rejoint dans le combat, a été loin de favoriser les FTPF en nommant donc l’essentiel de militaires et un seul FTPF dans un département où les FTPF étaient largement majoritaires en nombre, en action et en tués. On comprendra que Vittori, commandant Marc imposa son indépendance devant ces curieuses nominations.

De la même façon, les 17 et 18 août, le CDL de l’Aveyron, sous l’influence ou plutôt les manoeuvre du non résistant Ramadier, les réformistes obtiennent la majorité inversement proportionnelle à leur activité résistante :

PS, Espinasse Norbert (H),Meraville A (H) M.U.R : Moisset , Helle ,Gres (PS) CGT : Libourel ; 6 communistes : (PCF : M.Coursière (H) , Bessac (H) ,FUJP A Quintard ,Bessac P ; FN Mazenq’H) ,Charbonnier) Ramadier Clot et Lacout pour les prisonniers de guerre.(socialisants)

**La nomination du Colonel Georges se fit dans des conditions telles que racontées par Serge Ravanel

**Fin juillet 1944, Serge Ravanel colonel FFI chef régional de l’ensemble des Forces de l’Intérieur de la R4 décide de se rendre dans le Lot à La nomination du chef FFI du département, le Colonel FTPF Georges dans les conditions telles que racontées par Serge Ravanel (H) « Les Allemands, après l’occupation de Cajarc et la crainte des FTP de Georges , ne sortaient plus de Cahors et le Lot était devenu une espèce de territoire libre. « Jean Cassou* (H)et moi avions décidé de nous y rendre. Nous prîmes le train pour Capdenac. A l’extrémité de la gare s’ouvre un tunnel. Les cheminots nous expliquèrent: « Les Allemands, après l’occupation de Cajarc et la crainte des FTP de Georges, ne sortaient plus de Cahors et le Lot était devenu une espèce de territoire libre. « Avant le tunnel, c’est la zone occupée , après c’est le pays de la liberté» A la sortie, deux drapeaux tricolores marquaient la frontière .On voyait circuler des voitures portant les lettres FFI et la croix de Lorraine. On nous attendait à la gare toute proche de Figeac.Nous partîmes aussitôt où nous attendait Robert Dumas*. (H) En nous voyant circuler dans des voitures « munies de fanions tricolores, c’était la liesse. On nous saluait à la traversée des villages. Nous passâmes la nuit dans un hôtel ayant du mal à réaliser que la Gestapo n’était pas à craindre »  

Serge Ravanel « L’Esprit de Résistance » Seuil *Jean Cassou nommé en juin 1944 commissaire de la République de la région de Toulouse *Robert Dumas (appelé préfet des bois) ; Le Lot fut avec la Corse le premier département à avoir un préfet Gaulliste.

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Le tunnel à la sortie de Capdenac vers Figeac

15 août , débarquement allié en Provence.

500 000 soldats de l’opération Dragon , transportés depuis l’Afrique du Nord par prés de 2 000 navires commencent à prendre pied sur 70 km de la côtes varoise . Si les effectifs engagés ne représentent que la moitié de ceux qui ont participé au débarquement en Normandie , l’armée B sous les ordres du général de Lattre de Tassigny compte 250 000 hommes . Sur les onze divisions placées sous le commandement du général américain Patch , sept sont françaises .

Au soir du 15 , tous les objectifs sont atteints et les alliés tiennent toute la zone de débarquement sur une profondeur de 15 à 30 km.

L’ordre de repli allemands , décision extrêmement pénible pour Hitler , est pris le 17 août et doit organiser le départ des troupes du Sud Ouest vers la vallée du Rhône pour les concentrer à Dijon . Ce n’est pas une simple évacuation car il prescrit aussi de lutter contre les « bandes ». L’ordre d’évacuation ne sera effectif que le 19 août.

Venant de la haute Garonne , un bataillon de la 5ème brigade de la Flak plus le personnel de la base aérienne de Toulouse-Francazal entend gagner la vallée du Rhone par une route improbable , Albi, Lacaune, Clermont l’Hérault. Cette colonne entièrement motorisée , forte de 2000 hommes et fortement armée (avec même des chars tigres)  arrive à gaillac le 21 août , à Albi le 22 août et se heurte alors à la résistance dont le premier bataillon de l’Aveyron.

Deux bataillons de Freiwilligen détachés à Cahors et Agen et dont le départ a été retardé par les premiers ordres , ainsi que la garnison de Rodez , vont effectuer une longue retraite au rythme de leurs moyens hippomobiles mais ne pourront atteindre la vallée du Rhône. Cette retraite , improvisée à l’évidence , impose aux petites garnisons engagées dans des opérations de contre guérilla et de représailles , y compris après le débarquement en Provence , à réquisitionner en un jour , toutes sortes de véhicule .A Rodez ,l’ordre de la retraite est reçu le 17 août .

18 août Rodez sans combat

A Rodez, les préparatifs de retraite commencés depuis plusieurs jours se sont accélérés après le débarquement en Provence. Le 17 août, le Verbidungstab 802 reçoit l’ordre de faire retraite immédiatement derrière la ligne Seine-Yonne-Canal de Bourgogne. En début d’après midi , les allemands établissent des barrages autour de la ville avec mitrailleuses et chenillettes. Pour le transport des hommes et du matériel sont prélevés autocars, camions à gazogène, voitures hippomobiles etc…vélos. Les agriculteurs venus à Rodez pour affaires voient leurs montures et véhicules réquisitionnés . .

A la tombée de la nuit, le 17 août , 30 prisonniers sont amenés par les Allemands à la butte de tir de Sainte-Radegonde et massacrés à la mitrailleuse par un détachement SS de la Luftwaffe venue d’Albi.

Les troupes d’occupation quittent la ville dans la nuit du 17 au 18 août.

Les français incarcérés à la caserne Burloup tués à la mitrailleuse sur le champ de tir de Sainte-Radegonde

Un fort questionnement face à l’inaction de la résistance lors de l’évacuation de Rodez par les Allemands allait se poser : Une action offensive sur Rodez aurait-elle pu éviter le massacre de Ste Radegonde ? Comment expliquer l’inertie de la résistance AS et O.R.A et Veny le 17 quand ils furent avertis que le complot des Vlassofs avait échoué, que les Allemands se préparaient à quitter la ville  et qu’aucune embuscade ne fut organisée dans les causses quasi déserts que les occupants devaient traverser pour gagner la plaine languedocienne ??? Il semble que ces résistants étaient plus préoccupés de s’emparer de la place laissée par l’effondrement du régime de Vichy que de chasser l’occupant.

Ainsi, dans l’après midi du 17 août, L’EM CFL mis au courant du départ imminent des allemands de Rodez prépara en collaboration avec un officier de L’EM de l’ORA et les chefs un plan d’investissement de la ville. On fit venir les maquis de tous les environs dans le but d’occuper la cité après le départ des Allemands et surtout avant l’arrivée des FTPF. Donc les FTPF et les guerrilleros Espagnols, même ceux qui reconnaissaient l’autorité du chef départemental des FFI (comme le maquis FTPF de la Bessade) ne furent mis au courant de cette opération.

Les FFI de Rodez, avertis de la veille du départ des allemands se gardent bien d’en informer « Marc » et ses FTPF.

« Le soir où les allemands ont évacués Rodez , les FTPF de « Marc » ont interceptés une communication téléphonique qui disait « Les allemands se préparent à évacuer Rodez,préparez vous à venir et l’occuper et surtout que « Marc » n’en sache rien » le plus triste dans cette affaire , c’est que trente emprisonnés de Rodez et soixante « vlassof » prêts à fuir ont été massacrés avant leur départ »

Le Maquis d’Ols « de l’Aveyron au Danube »page 38

La fraction « modérée » et socialisante qui venait de réussir à imposer son candidat à la direction départementale des FFI et à la présidence des FFL voulait s’emparer maintenant du siège du pouvoir, la préfecture.

A Rodez, cité administrative et commerçante, de droite franchement réactionnaire depuis toujours, les FTPF y étaient peu implantés et la garnison allemande s’était retirée sans problème vers la vallée du Rhône. Les consignes de De GAULLE : »La libération nationale qui ne peut pas être séparée de l’insurrection nationale » n’ont pas troublé outre mesure les chefs Veni et CFL qui, au contraire ont félicité les groupes qui au lieu de combattre et poursuivre le allemands ont pénétré les premiers dans Rodez pour s’assurer du contrôle de toutes les administrations. Cette priorité donné non à la lutte mais à la conquête des édifices publics procédait d’une tactique murement réfléchie définie par **Durenque membre du directoire des M.U.R et chef départemental FFI. « Il ne s’agissait pas de la levée en masse contre les boches avec des bâtons mais bien de préparer la prise du pouvoir à son départ contre l’autorité de Vchy. A mon sens, la seule chose devant être facilitée par le seul départ du boche, l’autorité vichissoise n’étant soutenue que par l’occupant »

Dans Rodez sans les Allemands le comité départemental de libération (qui n’a rien libéré du tout) installe le nouveau préfet Moisset qui veut interdire la tenue des réunions, la parution de journaux et tracts patriotiques (Ces mesures ressemble fort aux tendances Vichystes) ,Il prétendra même remplacer le sous préfet de Villefranche par le sous-préfet de Vichy mais la population l’en empêchera.

*Jean Moisset, diplômé en droit et écoles de la France d’Outre-mer). Directeur de la main d’oeuvre en Aveyron pendant l’occupation , Il poursuivra une carrière coloniale avant et après la guerre

*Durenque « Redon », militaire de carrière

16-18 août Le maquis d’Ols dans la libération de Carmaux

Dés l’annonce du débarquement en Provence , le comité insurrectionnel D2 décide de passer à l’offensive pour libérer Carmaux. L’attaque est décidée pour le 16 août à l’aube avec la 4.204ème Cie(légaux du bassin houiller de Carmaux ,la 4 214ème Cie FTP-MOI et la 4206ème Cie du premier bataillon de l’Aveyron.

Les responsables Vény pour qui « l’insurrection nationale » est plus comme l’occupation des édifices publics , symbole de souveraineté nationale que comme la destruction de l’occupant , apprennent que les FTPF projettent d’occuper Carmaux et décident de les court-circuiter en occupant Dans la nuit du 15 au 16 la poste , la mairie et le commissariat abandonnés par les Allemands

Les FTPF ,retardés par l’insuffisance de leurs moyens de transport ,le 2ème détachement de la 4206 ème Cie sous les ordres de « lamartime » (adjoint au CM du 1er Bataillonn FTPF de l’Aveyron) n’arrivent que vers 8 heure sur la place Ste Cécile. Le C.O.R D2 « Raudel » qui les y attendaient en compagnie des FTPF légaux de Carmaux, leur ordonna de rentrer en ville et d’attaquer les Allemands.

Les FTPF enfin au complet ( les autres détachements de la 4206 ème Cie et la 4214 ème Cie étant arrivés) , sont chargésd’en terminer avec la garnison allemande retranchée dans ses cantonnements . Appuyés par un groupe de mortiers de 50 du maquis Vény , l’assaut est donné et au bout d’une heure de combat la garnison allemande avec les officiers SS est faîte prisonnière par la 4206 ème Cie du premier bataillon de l’ Aveyron. Dans Carmaux libéré , le premier tract à être distribué au grand jour est celui du PCF qui y définit les tâches à accomplir : l’épuration , la gestion des affaires publiques ,la poursuite de la lutte.

La contre attaque allemande pouvant venir d’Albi ou de Toulouse ,le 16 au soir fut installé un important dispositif de défense sur toute les routes menant à Carmaux

Le 18 août les allemands développent simultanément à partir de la RN 88 trois offensives en direction de Blayes , du Garric et de Pouzounac :

Sur Blaye les fantassins allemands appuyés par des canons de petit calibre progressent vers le Nord Ouest . Une section du maquis Veny ,un groupe FTPF-MOI et la 4 206ème Cie FTPF dépêchée de Carmaux mettent l’ennemi en déroute qui abandonne un important matériel et 5 allemands sont fait prisonnier

Au Garric , un détachement OMA , la 4209ème Cie et la section mitrailleuse du premier bataillon de FTPF de l’Aveyron stoppent l’ennemi et détruisent deux de leurs canons.

Du coté de Pouzounac , les allemands sont également bloqués par les FFI (la 4214ème Cie FTPF-MOI et une section du maquis Stalingrad)

Au soir ,l’ennemi se replie vers Albi et les chefs Veny et CFL diffusent un communiqué de victoire  sois-disant FFI , dans lequel ni les FTPF , ni les FTP-Moi ni les Guerilleros ne sont mentionnés alors qu’ils y ont pris la part la plus importante et le Colonel « Durenque  » chef des FFI est obligé de diffuser la note suivante « Un communiqué du 18 août 1944 au nom des FFI a rendu compte à la population des opérations contre l’ennemi.Le groupe FTPF a été omis dans cette rédaction …. »

20-22 août 1944

Dans tout le Bas-Rouergue des réunions patriotiques sont tenues dans un grand enthousiasme au cours desquelles sont approuvés par acclamations la destitution des organismes et des représentant du régime de Vichy et l’installation des Comités de Libération Locaux (C .L.L) et conseils municipaux (Décisions préparées clandestinement depuis des semaines)

Villefranche de Rouergue

Le 20 août , Villefranche de Rouergue est occupée par une unité du Premier Bataillon de l’Aveyron et un détachement AS. Une assemblée de plusieurs milliers de personnes , réunie par le FN , a lieu sur la place Notre-Dame. Y prennent la parole Maury de l’AS ,De Lestang du Comité de Libération , « Curie » et « Marc »arrivés en retard suite aux combats d’Albi.

Le Comité de Libération*

-destitue le sous-préfet de Vichy et nomme comme sous-préfet intérimaire M.Soléry maire d’Ols -Dissout les organismes de Vichy : Légion , Secours National , Milice etc. -Interdit les journaux et publications autorisées par Vichy.

*Liste des membres du Comité de Libération Local : Jacquemond Clement (H) , professeur ,CGT.. ; président R. De Lestang ,avocat ,M.U.R ; Henri Pascal(H),M.U.R ; Dr Defaye FN ; Louis Erignac (H),professeur , F.U.J.P ; Cabal Henri ,cimentier ,PS ; Margotin limonadier P.C.

Decazeville

Dans cette ville , le Comité de Libération prend possession de la mairie et nomme un résistant président de l’assemblée municipale

19-23 août , libération d’Albi

Le 19 août , en début de matinée les allemands déménageaient le siège de la Kommandantur à Albi et formaient dans la grande rue et place du Vigan une colonne motorisée.

Ordre fut donnée par le commandement FFI d’harceler les convois allemands sur les routes d’Albi-Castres et Albi-Gaillac.

En fin de matinée du 19 août , deux colonnes se dirigent vers Albi . Les unités CFL, Veny et O.R.A par le Nord ,le long de la RN 88 et les FTPF , les FTP-MOI et les guerrilleros gagnent les faubourgs Est de la vllle. Toutes ces unités entrèrent simultanément dans Albi contrôlée par les légaux FTPF et CFL et les milices patriotiques.

Une forte patrouille de FTP se lance à la poursuite des allemands et entre en contact avec l’arrière garde ennemie à la sortie de l’agglomération. « Massenet » du premier bataillon de l’Aveyron est blessé. A quelques 12 km d’Albi sept chasseurs bombardiers anglais font de nombreux morts dans la colonne allemande et détruisent la plupart de leurs véhicules . Un millier de rescapés gagnent Castres à pied. Dans Albi libéré , la préfecture est investie par la nouvelle administration désignée par le CDL. La nuit tombant , les 4 206ème Cie , la 4 209ème Cie et la section de mitrailleuses du premier bataillon FTPF de l’Aveyron cantonnent au cinéma Rex et au Lycée.

Le 20 août ,on annonce la présence au Nord-Ouest de Gaillac du bataillon de la 5ème brigade de la Flack venant de la haute Garonne qui tente de gagner la vallée du Rhône par Albi , Lacaune , Clermont l’Hérault. Cette colonne est entièrement motorisée , forte de 2000 hommes et fortement armée (avec même des chars tigres). Elle emprunte les routes secondaires pour tenter de déjouer la surveillance de l’aviation alliée et cet itinéraire zigzagant ne permettait pas de prévoir les directions suivies.

Le CMR D2 envoie alors diverses unité FTPF à Gaillac.

Le 21 août , au matin , les allemands se dirigent vers l’Est par la D 32 , pénètrent dans Gaillac , s’emparent de la gare mais sont bloqués par les FTPF , et ne pouvant entrer dans la ville , la contournent et prennent la direction du Nord-Ouest par la D12 et la D3 . Des abattis sont faits sur la RN entre Gaillac et Albi et le pont sur le Tarn à Marsac est gardé par la 4 206 ème Cie , la 4 209ème Cie et la section mitrailleuse du premier Bataillon de l’Aveyron .

Des abattis furent faits sur la RN entre Gaillac et Albi ; A Marsac le pont sur le Tarn était gardé par la 4206 ème Cie ,la 4209 ème Cie et la section mitrailleuse du Premier Bataillon FTPF de l’Aveyron. Diverses unités FFI prirent position sur la RN Cordes-Albi.

Vers 21 heures ,les Allemands tirèrent au mortier sur les FTPF de 4214ème Cie qui patrouillaient sur sur la route Castelnau de Levis-Cordes et attaqués en Force les obligèrent à reculer .Malgré des renforts et la destruction d’un pont ,les Allemands occupèrent Villeneuve sur Vère.

Le 22 août , vers 8 h , les allemands , en direction de Cordes et de Carmaux se heurtent à la 4 214ème Cie FTP-MOI qui , devant la supériorité en hommes et en armes de l’ennemi , se replie sur Cagnac laissant 7 morts sur le terrain. Vers 11 h 15 la colonne allemande se met en route vers Albi.et le chef FFI du Tarn « Durenque »en désespoir de cause (A l’annonce de l’arrivée des allemands les FFI de « Durenque » se sont repliés sur Réalmont), demande aux 500 FTPF présents dont ceux de la 4 206 ème Cie , la 4 209ème Cie et la section de mitrailleuses du premier Bataillon de l’Aveyron relevés de Marsac d’assurer la défense d’Albi . Les allemands , à leur arrivée aux portes de la cité font face aux FTPF qui ont pris position de part et d’autre du pont Vieux. Après un violent combat , les nazis compte tenu de la disproportion de leur armement par rapport à celui du maquis forcent le barrage et traversent le Tarn et entrent à Albi. Ils n’occupent que la rue principale et envoient des patrouilles dans toutes les directions qui se heurtent aux FTPF et aux milices patriotiques. Les allemands , dans l’impossibilité de s’aventurer plus avant dans la ville la quittent en direction de Castres. A la sortie ils sont attaqués depuis les hauteurs des collines qui dominent la RN 118 par les 4 206ème et 4 209ème Cie FTPF. Pour éviter Castres , ils quittent la RN 118 et gagnent l’Hérault via Lacaune et Murat par les petites routes. Au milieu de la journée , »Marc » qui était à Rodez est averti de la situation critique d’Albi et a donné l’ordre à la 4 201ème Cie de s’y rendre au plus vite. Avec la 9ème Cie de Guerilléros de Salvador et la 4 201ème Cie ,il entre dans Albi en début de soirée et après avoir regroupé les combattants de la 4 206ème Cie et de la 4 209ème Cie occupent tous les édifices publics (Préfecture,lycée etc…) Cet état de fait , « Durenque » le découvrit avec dépit en rentrant à Albi en fin de soirée.

Résistants tués pendant la bataille d’Albi FTPF DES 4 206 ET 4209ème Cie Bergamini Edmond (H)« Couturier » ,blanc Emile (H) « Marseille » ,Blondel ,Croze H) ,Dallet René « Papin » ,DONADILLE F(H) « Castre » , Sergent Emile G(H) ,Leconte Georges (H) ,Orosco Francesco « Lesueur »(H) ,Rabec Pierre (H) ,Rochette « d’Artagnan » ,Rodriguez Antoine(H) FTPF de la 4 204ème Cie H. Carrié (H) , Aubin (H) Denis Ruiz(H) Un soviètique(Portlandze) de la 4 214ème Cie Trois des milices patriotiques d’Albi Maurice Lautier(H) responsable FTPF du CMR D2

Septembre

Le Bas-Rouergue , puis l’ensemble de l’Aveyron et du Tarn dont dépendent les FTPF du maquis d’Ols sont libérés Depuis la libération de l’Aveyron , De Chambrun (H)a nommé le lieutenant-colonel Journet* commandant de la place d’Armes , installe **Jean Moisset préfet provisoire et confirme la composition du CDL et demande à ***Richard Bonnafous de diriger les opérations. ****Subervie est nommé maire de Rodez.
Challiol , l’ultra collaborationniste est toujours évêque de l’Aveyron.(jusqu’en 1948) *Journet , Officier supérieur de troupes coloniales arrive en Aveyron en juillet 1943 **Jean Moisset , diplômé en droit et écoles de la France d’Outre-mer). Directeur de la main d’oeuvre en Aveyron pendant l’occupation , Il poursuit une carrière coloniale avant et après la guerre. Remplacé par Laguerre qui envisage dans ses premières décisions d’interdire la parution de journaux et tracts patriotiques ,les réunions , toutes mesures au fort parfum vichystes. ***Richard Bonnafous , parisien , il arrive en Aveyron en août 1944 et est nommé chef de l’AS ****Subervie , imprimeur à Rodez , membre de la Légion pendant tout le conflit ,les communistes n’en voulaient absolument pas .

En résumé , personnalités parachutées ou contestées , on comprendra que les résistants FTPF de l’Ouest aveyronnais ne soient pas enthousiastes après ces nominations En plus , le CDL désigné lors des réunions constitutives du C.D.L les 17 et 18 août 44, dans laquelle les « réformistes » obtiennent la majorité (Ce commités est composé de trois délégués pour chacune des formations suivantes : M;U;R ,PC ,FN ,PS ,CGT plus , curieusement , le seul représentant de l’Ouest aveyronnais Ramadier qui , a contrario de sa légende , n’a pas résisté le moins du monde.(nommé malgré les fortes réticences du PC) Ramadier « admis comme personnalité marquante connaissant les intérêts particulier du département » ne fait pas partie de la grande famille des résistants ,seul son vote négatif au gouvernement de Vichy est retenu en sa faveur et constitura son unique viatique .Et curieusement ,dés septembre ,il en présidera les séances.

Il n’est pas étonnants que ces responsables , loin d’être représentatifs de la résistance aveyronnaise soient méfiants vis à vis des FTPF et de leurs auxiliaires qui , quasiment seuls , ont réellements résisté et reprochent au commandant Marc son esprit d’indépendance. En fait , ils craignent surtout la combativité des FTP et l’activité des milices patriotiques et de leur grande popularité au prés de la population.(Ces responsables ne furent pas mécontents (c’est un euphémisme) du départ au front du commandant Marc et du premier bataillon de l’Aveyron)

Leurs conceptions révolutionnaires , leur volonté de conduire une épuration inflexible alliée à la fermeté dans la poursuite de la lutte contre l’ennemi en retraite effrayaient les responsables du département nommés et ce CDL « réformiste »

L’EPURATION

Contrairement à une image dominante d’une « épuration sauvage « persécutant femmes tondues et notables », De Gaulle et ses soutiens politiques ont plutôt opté pour une « non- épuration »favorable au statut quo général des élites inauguré par le CFLN à Alger, cette option bénéficia même à des criminels de sang.

( « l’épuration a été réduite a la collaboration de plume ou à la répression policière ou crapuleuse la plus indéniable, le haut clergé a été explicitement exclu du champ des recherches et des questionnements, et en ont pratiquement disparu le capital financier, l’armée, la magistrature-sauf notable exception-la police dans son ensemble et le clergé ».)

 La NON épuration En France » de 1943 aux années 1950 » Annie Lacroix-Riz Edition Armand Colin

En Aveyron, Monseigneur Challiol, ultra-pétainiste n’a donc pas été inquiété malgré, entre autres, son mutisme obsédant (pour ne pas dire plus) face aux lois anti-juives et des rafles dans l’Aveyron, son absence de réaction (pour ne pas dire plus) face aux écrits antisémites des revues religieuses, l’Union Catholique, La croix de l’Aveyron, la Revue Religieuse de l’Aveyron, etc….

Dans un rapport du préfet de l’Aveyron en date du 4 octobre 1944, au commissaire régional de la République à Montpellier, on peut relever le passage suivant : »L’évêque de Rodez ayant eu une attitude nettement favorable à Vichy et à la collaboration, son départ serait une mesure bien vue de l’opinion résistante du département » AD Aveyron Dos 201W-76

On pourra lire dans le N° 14 de Résistance : Mgr Challiol, vous êtes vous souciez de mes camarades et de moi-même? Vous-êtes vous attendri sur notre sort lorsque nous avions pour seule nourriture journalière une louche de rutabagas bouillis, à midi et le soir, et 200 gr de pain?…En 14 mois, j’ai maigri de 22 Kg. Vous ne vous êtes jamais ému de notre misère et votre charité chrétienne est à sens unique, en faveur des traitres …..« 

Il figurera dans la liste des 22 évêques « indésirables » à épurer à la libération. Sanction qui ne lui sera pas appliquée. Non seulement il ne sera pas inquiété mais il présidera scandaleusement les funérailles des 30 victimes de Sainte-Radegonde , le 20 août, et restera a son poste jusqu’en 1948.

Le rédacteur en chef de ce journal, par contre, antisémite forcené, chantre de la collaboration, pro-Allemand, Pierre Fau, extrait de la prison de Rodez par des maquisards, sera jugé et exécuté.

Le préfet Marion arrêté, condamné à mort puis emprisonné à la Libération est enlevé par les maquisards et exécuté le 16 novembre 1944 dans la carrière de la Puya , lieu-dit sur le territoire d’Annecy (Haute-Savoie).

Pour l’ensemble de la communauté résistante en Aveyron, l’épuration est unanimement tronquée et reste circonspecte face à de nombreuses adhésions. «Méfions nous des brebis galeuses entrées depuis peu parmi nous. Il y avait dans nos rangs, au jour de la libération, beaucoup trop d’uniformes encore imprégnés de naphtaline et beaucoup de brassard sur lesquels on aurait pu trouver l’écusson de la légion sous la croix de Lorraine » Rouergue républicain 8/9/44 Un membre de la commission départementale d’épuration affirme dans le même journal « L’épuration est sabotée ,(…)et qu’en cette période révolutionnaire, le grand danger se trouve dans la légion des silencieux et des neutres qui apparemment acceptent la République par la force des choses , dans la bourgeoisie apeurée et pusillanime et surtout dans les administrations pas assez épurée. »

Subervie , le maire désigné de Rodez est favorable à la clémence et refuse de reconnaître le délit d’opinion envers les pétainistes.

Notons que Subervie a été légionnaire pendant toute la durée de l’occupation*. Il est lui même surpris de sa nommination de maire : »quand le comité régional de la résistance venait me voir et m’informait que c’était à moi qu’incombait la charge de diriger la mairie de Rodez, j’objectais (……) le fait que je n’avais jamais cessé d’appartenir à la légion bien que mon activité se soit rigoureusement bornée aux secours des prisonniers et que je n’avais participé à aucune manifestation tapageuse et encore moins clandestine ….. » (Aveyron magazine n°29 février /janvier 2005)

Dans le même magazine à propos de l’épuration : « On me disait qu’il y en avait bien d’autres enfermés dans un Wagon en attendant son départ sur le maquis de Marc d’où on ne revenait généralement pas (sic) » Parlant des FTP à l’hôtel Biney :« La pagaille qui paraissait régner dans la maison me donna une assez piètre opinion sur la discipline de ces troupes d’occasion« (Ces troupes d’occasion qui se battaient au risque de leur vie(Des dizaines de tués ) pendant que lui était bien à l’abri au sein de la légion des combattants au service de Pétain). A propos du journal « Le Rouergue Républicain » journal du pourtant modéré CDL, Subervie écrit : »La création du Rouergue Républicain au lendemain de la libération est un exemple de cette espèce de dictature qui sévit alors dans tous les domaines. On va voir quelle magnifique occasion ce fut de pousser ses amis et de leur procurer un fromage confortable tout en assurant à certains partis la direction de la presse et par conséquent la formation politique » Visiblement il regrette les journaux collaborationniste tel que la dépêche ou autres.

*A la libération, la jurisprudence admise était que jusqu’en 1942 on ne puisse pas tenir rigueur de l’appartenance à la légion mais après 1943 ceux qui l’ont suivie ouvertement devaient être pour le moins suspendus.

On comprendra que nommer maire un tel personnage était pour le moins curieux et que les FTPF, après de telles resucées vichystes n’en voulaient pas.

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La voix du peuple 3 décembre 1944 Jonquet et Guibert ont été à l’origine d’un trafic illicite scandaleux pour le compte des autorités allemandes.(voir ci-dessous « l’épuration économique »

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La voix du peuple 24 décembre 1944 Pierre Fau rédacteur en chef de l’Union Catholique qui a appelé les Aveyronnais à collaborer à longueur d’éditos fut extrait de la prison de Rodez le 3 janvier 1945 ,avec Vanucci et un dénommé Randeynes, par une cinquantaine de maquisards et exécuté sans autre forme de procès.(Vanucci survivra à l’exécution et sera condamné à morts voir ci-dessous)
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la voix du peuple 10 février 1945. Condamné à mort le 7 décembre 1944, Vanucci, milicien et Waffen-SS ne fut jamais exécuté, le général De Gaulle commuera sa peine en travaux à perpétuité et il aurait fini sa vie comme taxi à Paris….
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La voix du peuple 31 mars 1945. Bachellerie père était le chef de la milice d’Aubin abattu le 25 février 1944 par les FTP et qui décéda à l’hôpital de Decazeville.
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16 juin 1945 la voix du peuple. Ratier est celui qui a prévenu les Allemands de Capdenac et entrainé le 23 juin la tragédie de Lavayssière-Capdenac. Vingt-et-un maquisards furent tués à Lavayssière et onze furent faits prisonniers dont sept fusillés le soir même près du crassier de Capdenac-Gare (Aveyron) .

L’épuration économique

Pendant quatre ans la France servit de plat de résistance au festin du Reich. Toutes les administrations, tous les services allemands se livrèrent à un pillage inégalé. Heureux comme des dieux païens, les Allemands puisèrent dans les richesses du pays. Vivres, denrées, produits finis, œuvres d’art, machines, minerais, or, argent, diamants, tout ce qui pouvait l’être était entassé dans des trains et des camions à destination de l’Allemagne.
L’addition de tous ces pillages équivaut à plus de mille milliards d’Euros

Comme partout en France, dans le département, une grande part de la production agricole et la plupart des activités industrielles aveyronnaises seront accaparées par l’économie de guerre du Reich. Les gros industriels gantiers, ceux de l’électricité, des caves de Roquefort, ceux de la Vieille-Montagne, ceux de Commentry-Fourchambault-Decazeville ont fourni allègrement les Allemands. Le charbon servira, entre autres, à alimenter la kriegsmarine basée à Bordeaux et les convois SNCF de la vallée du Rhônes. Le gaz produit par la cokerie de Decazeville sera utilisé au fonctionnement des véhicules allemands. Le cuivre et le bronze produit à Boisse-Penchot partira en pleins wagons vers l’Allemagne. Etc ….

EX, la BOMAP. L’usine de Villefranche de Rouergue, dirigée par le sieur Savignac, chef milicien fabriquait de la visserie pour les industriels de l’armement et de l’automobile

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La voix du peuple 28 avril 1945

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La voix du peuple 28 avril 1945

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la voix du peuple 22 mai 1948

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La voix du peuple 15 mai 1948

Autre exemple, des contrats qui ont permis d’équiper les troupes engagées à Stalingrad avec des dizaines de milliers de moufles et gilets fourrés fabriquées dans les usines Millavoises. Le marché s’avérait de deux sortes : l’équipement militaire de l’armée allemande et le luxe ou semi-luxe essentiellement pour une clientèle allemande ce qui a entrainé la confiscation des profits illicites (épuration économique ) à la libération.

(Les comités de confiscation ont été instaurés par l’ordonnance du 18 octobre 1944 complétée ensuite par celles du 6 janvier et du 2 novembre 1945, afin de saisir des profits réalisés entre le 1er septembre 1939 et la date légale de cessation des hostilités en Europe, soit le 8 mai 1945)

En matière de confiscation des profits illicites , Millau a occupé la première place pour avoir été
pendant toute la période troublée, le centre d’un trafic illicite scandaleux pour le compte des autorités allemandes.

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La voix du peuple organe du PCF pour l’Aveyron 7/14 janvier 1945
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Source : CAEF , B 57658 ministère des Finances et des affaires économiques 30 septembre 1948

L’épuration économique a été traitée de façon tout aussi indulgente (c’est un euphémisme) que celle des collaborateurs. Le préfet de l’Aveyron notera en février 1946 « l’impopularité de la hausse des tarifs de certains services et produits entraine un accroissement du ressentiment envers les profiteurs de guerre qui jouissent de leur fortune en toute impunité » (ADH ,137 W 22,rapport mensuel du 9 mars 1946) .

En décembre 1944, un Aveyronnais écrira : « le comité d’épuration a promis le nettoyage  mais il faudrait nettoyer partout où on faisait du commerce, ce serait un trop gros massacre et on n’a pas encore commencé et on ne commencera jamais( ADH, 999 W 214, interception postale, 29 octobre 1944, Durenque )

Pour la région de Montpellier, c’est dans l’Aveyron que les motivations relevant de la collaboration économique semblent être les plus nombreuses : Compte tenu de l’absence d’épuration officielle, une épuration paralégale des collaborateurs économiques s’est manifestée notamment par des attentats contre « ces profiteurs de la guerre » l’entrepôt de matériaux de construction de R. à Rodez, le domicile de L., industriel à Roquefort ou celui de l’ancien directeur de la société métallurgique Commentry-Fourchambault à Decazeville sont touchés. (10 août, 19 août (ADAv ,2W 7/2) 10 février 1945(ADAv 2W 7/1) etc….

Tableau 1. – Activité des CCPI78.

L’on voit ici germer cette idée forte et durable selon laquelle l’épuration économique n’aurait touché que les lampistes, ne serait restée que sur l’écume de la grande vague de réformes portées par le programme du CNR.

Epuration des organisations paysannes vichyste

La corporation paysanne de Pétain a été dissoute (ordonnance du 26 juillet 1944) mais l’organisation chargée de la liquider (le comité départemental d’action agricole )était truffée de membres du conseil régional corporatif (sur huit membres nommés, six étaient originaires de la corporation paysanne de Vichy et l’administrateur provisoire chargé de la liquidation des biens de la corporation était rien de moins que son ancien conseiller financier. Au lieu de « gommer » l’œuvre du gouvernement de Vichy, la Corporation paysanne a laissé son empreinte durable dans l’organisation actuelle de l’agriculture, la FNSEA) qui lui succèdera et nommera comme secrétaire général, René Blondelle, ancien syndic régional de la Corporation paysanne pendant l’occupation qui sera ensuite président de la FNSEA de 1949 à 1954 ….. Aux élections professionnelles de 1946, la plupart des dirigeants reviennent, après une courte épuration, aux postes de commande. Si on examine la liste des présidents et secrétaires généraux de la FNSEA jusqu’en 1961, on s’aperçoit qu’ils ont tous fait partie de l’organisation corporatiste.

En conclusion, plus encore qu’ailleurs, l’épuration en Aveyron a été excessivement indulgente du fait de pressions et d’influences vichyste restées très puissantes. Fait extraordinaire, c’est du fait se cette épuration timide et le juste châtiment des collaborateurs que la résistance a fait l’objet des calomnies les plus grossières. Comme partout en France mais plus encore en Aveyron, on est loin du bain de sang annoncé ci et là.

A la poursuite des Allemands.

Les FTPF qui persistent à donner la priorité à la lutte contre le fascisme se déclarent « Armée populaire » et décident de « reconquérir le territoire national et de poursuivre les nazis au-delà du Rhin » Promesse faite par le commandant Marc (François Vittori) en août à Villefranche de Rouergue.

Promesse tenu mais beaucoup de durs combats vont être livrés. Le premier Bataillon de l’Aveyron se restructure et part avec la demi-brigade Tarn-Aveyron à la poursuite des Allemands toujours présents dans une partie de la France.

Quittant Rodez les 6 et 7 septembre, les premiers combats du bataillon ont lieu à Autun (Interception de la colonne Elster à La Palisse au sud d’Autun) puis dans la campagne des Vosges où il prend d’assaut le col du Bramont puis la ligne des crêtes (du 3 au 9/12 1944 ) , participe à la prise de Rainkofp le 4 février 1945. Le 1er mars le premier bataillon est intégré au 151ème RI dans la prestigieuse colonne du colonel Fabien composée de combattants de la résistance et de l’insurrection parisienne , souvent d’anciens de la guerre d’Espagne .Il participe à la libération de l’Alsace et à la réduction de la poche de Colmar .

Dans le sillage de la première armée , et à la surprise totale de l’Etat-Major allié , le 151ème RI pousse vers le Sud , s’empare de Freudenstadt , au pied fe la Forêt Noire , coupant en deux le dispositif allemand et prend sans coup férir Stuttgart , Ulm et Constance. Le 25 avril ,au bout de trois semaines de durs combats , le 151ème RI atteint le Danube.

Avec la première armée , les maquisards du bataillon de Marc ont fait 200 000 prisonniers , libéré les deux tiers du territoire français et conquis le pays de Bade. Paradoxalement , leur courage et leur abnégation exemplaire reste peu connu en Aveyron qui devrait avoir vis à vis d’eux , pour le moins ,un devoir de mémoire.

Etats des tués du maquis d’Ols et premier bataillon de l’Aveyron : 52 tués au maquis ou dans les combats de la libération ,13 dans les combats des Vosges et 33 dans les combats en Allemagne (source « Le maquis d’Ols de l’Aveyron au Danube » Maison départementale de la résistance d’Aubin

Très rapidement , les résistants, pour la vieille et réactionnaire société aveyronnaise deviennent des indésirables et les vieux réflexes de peur sociale refont surface. Le commandant « Tête », délégué militaire régional n’était pas mécontent du départ à la poursuite des Allemands du noyau dur du maquis FTPF d’Ols et son chef, le commandant Marc. Les vieux réflexes anticommunistes vite réapparu, il fallait « maintenir l’ordre contre les maquis communistes et tous ces étrangers ». Ainsi, l’Aveyron perd très rapidement sa frange résistante la plus dynamique et la plus consciente politiquement. Lors qu’ils rentreront ils retrouveront l’Aveyron quasiment la même qu’avant guerre. Voir les élections post-libération

Elections post libération

Les consultations électorales se sont multipliées du printemps 1945 à l’automne 1946. Rappelons pour mémoire :

  • 29 avril-13 mai 1945 : municipales
  • 23 septembre 1945 : cantonales
  • 21 octobre 1945 : élections de la 1ère Constituante
  • 5 mai 1946 : référendum sur le projet de Constitution
  • 2 juin 1946 : élections de la 2ème Constituante
  • 13 octobre 1946 : référendum sur le nouveau projet de Constitution
  • 10 novembre 1946 : élections législatives

Municipales 29 avril-13 mai 1945

Pour les élections municipales, l’union des forces de la Résistance est maintenue partout, et à Decazeville une liste socialo-communiste est constituée. Face à la liste « d’Union républicaine antifasciste », une liste incomplète réunit trois militants du MRP.Toute la liste unitaire l’emporte haut la main. Il n’y a aucun élu MRP. Les six candidats communistes arrivent en queue. Ils constituent pourtant l’élément nouveau, avec l’élection de trois femmes, Mademoiselle Lestang, socialiste, Mesdames Goès et Argonès, communistes.

Cantonales septembre 1945

SFIO:16 %
PC:12,4 %
Div. gauche:3,8 %
UDSR:8,5 %
Radicaux:23,5 %
Total:64,2 %8

Dans l’arrondissement de Villefranche, le succès de la gauche est massif (SFIO : 46 % ; PC : 21, radicaux : 17).

Dans le canton de Decazeville, Ramadier n’eut qu’un seul opposant, Raynal, du parti communiste. Il totalisa 4 008 voix contre 1 777 à son rival

Dans le canton voisin d’Aubin, le conseiller communiste sortant Edmond Ginestet dès 1940, réélu maire, il est à nouveau membre du Conseil général. Il a battu d’une assez courte tête Norbert Espinasse, secrétaire fédéral de la SFIO

A Capdenac ,election d’un maire SFIO.

élections cantonales françaises

Assemblée constituante du 21 octobre 1945

Par ordonnance du 17 août 1945, le général de Gaulle a choisi la représentation proportionnelle dans le cadre du département, et par celle du 21 avril 1944 il avait accordé le droit de vote aux femmes ; ainsi les conditions du scrutin sont considérablement modifiées par rapport à l’avant-guerre.

L’effritement des positions résistantes est perceptible dés les élections municipales du printemps et s’accélère à l’élection de l’assemblée constituante du 21 octobre 1945. Les Députés sont élus selon le système de représentation proportionnelle suivant la règle de la plus forte moyenne dans le département, sans panachage ni vote préférentiel. (pour la première fois les femmes ont le droit de vote )

Les quatre députés élus

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Sont donc élus quatre députés dont un seul a résisté , Guy de Boyson*. Ramadier** a passé le guerre attendant la libération , Jean Solinhac *** de droite( MRP) transparent pendant l’occupation comme Joseph Bastide****

*Guy de Boyson

D’une vieille famille catholique , DE Boysson a suivi ses études au Grand séminaire de Lyon , au lycée Janson-de-Sailly , aux facultés de droit de Paris et de Lyon, puis à l’École libre des sciences politiques. Il sortit diplômé en sciences politiques et docteur en droit. Engagé dans la Résistance au sein des maquis FTP, il est décoré de la croix de guerre. Secrétaire général des Forces unies de la jeunesse patriotique, il devient membre de lAssemblée consultative provisoire le 8 novembre 1944. Il y est nommé rapporteur du budget de la jeunesse , de l’éducation physique et des sports au cours de la séance du 29 mars 1945.

Ramadier

**Ramadier , présenté comme résistants par ses amis SFIO est en fait resté paisiblement à Decazeville sans être ni d’un côté ni de l’autre. En juillet 1942,le commissaire de police note « M Ramadier,ancien ministre , s’abstient de toute manifestation » A.D Aveyron DOS.201W69-75 Temoignage de P.Delpech : Ramadier a dit à son père « Que fait votre fils avec ses voyous alors qu’il y a le STO ? » François Vittori apporte un témoignage similaire : « pour Ramadier , maquis=bandits » .Son unique viatique est son vote négatif aux pleins pouvoirs à Pétain en 1940 .

***Jean Solinhac . Même en cherchant bien ,au niveau résistance , c’est le néant.

****Joseph Bastide (source Wikipédia)

Avocat , bâtonnier du barreau de Rodez , il n’exerce aucun mandat politique quand le Congrès républicain national lui demande de se porter candidat aux élections législatives de 1936. Après une intense campagne axée sur la dénonciation du danger communiste incarné par le Front populaire , il est élu au premier tour devant un candidat radical. Il rejoint, à la Chambre des députés, le groupe de la Fédération républicaine de France, le grand parti de la droite conservatrice de la Troisième République. S’étant abstenu lors du vote des pleins pouvoirs au maréchal Pétain le 10 juillet 1940, il effectue son retour en politique après la Libération du territoire en devenant délégué à l’Assemblée consultative provisoire en 1944. Il y prend position en faveur d’une plus grande clémence des Cours de justice. En 1945, lors des élections à la Première constituante, il conduit la Liste républicaine de défense agricole dont il est le seul élu. Il rejoint le groupe de l’Unité républicaine qui devient après quelques semaines le groupe du Parti républicain de la liberté. Son grand combat concerne alors la lutte contre certaines réquisitions de titres de presse, qu’il juge arbitraire. Il ne se représente pas aux élections à la seconde constituante et décède à Rodez en 1957.

Son activité résistante et même son activité tout court sont une page blanche en 1939-1944.

Saluons Emile Borel

Saluons Emile Borel battu dans cette élection , protestant ,résistant , peu connu en Aveyron hors sa ville d’origine Saint-Affrique et pourtant brillant mathématicien spécialiste de la théorie des fonctions et des probabilités . Dreyfusard , il fait partie d’un quatuor d’amis prestigieux avec Jean Perrin , Paul Langevin et Pierre Curie fortement engagés à gauche. Il est ,en 1936 , avec Jean Perrin et Jean Zay , à l’origine de la création du CNRS. A noter qu’il est devenu député en 1924 en battant l’ultra catholique , le général Édouard de Castelnau, député sortant , ce qui n’est pas un faible exploit dans cette circonscription

A comparer avec le scrutin national ,le verdict de ces élections en Aveyron est à l’inverse du pays qui a donné une large victoire à la gauche. Le département reste profondément conservateur et le restera ,élection après élection ,aujourd’hui en 2020 plus que jamais.

Referendum 5 mai 1946

Le réferendum porte sur l’approbation ou non de la nouvelle constitution rédigée par l’assemblée constituante élue en octobre 1945.

Au plan national et en Aveyron ,le PC et la SFIO appellent à voter oui. Radicaux, républicains populaires et conservateurs à le repousser. Or dans l’Aveyron, c’est toujours le thème de l’école qui est la pierre d’achoppement.Il faut sauver l’école confessionnelle du danger marxiste ; les curés remobilisent à cet effet et réunissent les parents dans les villages pour les inciter à voter non au référendum.

Le non l’emporte avec même certains socialistes. Ces résultats sont accentués en Aveyron où le non l’emporte partout, même dans l’arrondissement de Villefranche (mais de justesse). La géographie du oui coïncide avec celle de l’implantation de la gauche.

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Le non au projet constitutionnel entraîne de nouvelles élections le 2 juin suivant, pour renvoyer à Paris une autre constituante et proposer une nouvelle constitution !

Eléctions du 6 juin 1946

Au plan national, grande stabilité ; le PC, le MRP et les radicaux consolident leurs positions ou progressent légèrement ,et légère régression de la SFIO .

En Aveyron

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L’Aveyron reste un département conservateur, les Républicains indépendants arrivent en tête et font un score bien supérieur au score national de ce parti qui se classe au contraire en dernière position. Et, comme depuis cinquante ans, seul l’arrondissement de Villefranche donne la majorité à la gauche ; mais dans cette circonscription, les différences politiques s’accentuent, suivant les tendances profondes : le nord, c’est-à-dire la région du Bassin d’Aubin-Decazeville et Capdenac, cantons ouvriers, votent le plus à gauche, mais c’est à Aubin seulement que le communisme triomphe et s’enracine depuis 1929 ; le Villefranchois est toujours aussi radical, et les cantons ruraux du centre et de Najac toujours plutôt conservateurs.

La guerre n’a donc pas modifié les tendances réactionnaires de l’électorat aveyronnais, seul le PC a progressé spectaculairement et remporte un siège. Mais la concurrence communiste fragilise la position de Ramadier

Referendum 13 octobre 1946

Le projet de Constitution est adopté par l’Assemblée à une confortable majorité (443 voix) et acte la naissance de la quatrième République; seuls radicaux, gaullistes et indépendants ont voté contre (106 voix) et cette fois le oui l’emporte à une faible majorité et une forte abstention.

Dans l’ensemble du département, 67 % des électeurs ont voté, 48,5 % ont approuvé le projet et 46,9 l’ont repoussé. Là encore droite classique a regagné du terrain.

Elections législatives du 10 novembre 1946

Les listes sont les mêmes qu’en juin 1946 pour le MRP, la SFIO et le PC .Au plan national, on enregistre une stabilité globale par rapport à juin, avec une légère poussée de la droite et des pertes à la SFIO (24 sièges) et au MRP (3 sièges). Ainsi, en novembre 1946, la France a encore glissé à droite confirmant la tendance de juin. La République s’annonce donc moins nouvelle que prévue et souhaitée telle par beaucoup.

En Aveyron ,le MRP arrive en tête . A gauche, le parti communiste a encore gagné des voix (2 000) et la SFIO, nettement derrière lui, en a perdu environ 1 500. L’électorat ramadiériste continue de s’effriter.

Chaque grand parti obtient un élu comme précédemment (E. Temple, J. Solinhac, P. Ramadier et G. de Boysson)

Si dans un premier temps dans de nombreuse villes du département on a assisté à un véritable retournement des valeurs et à un renouvellement des cadres par le bas , où par ailleurs les mouvements de résistance ont constitués un vivier au sein duquel ont été recrutées les élites nationales très rapidement l’influence des résistants s’est estompée , les corporatismes exacerbés et les forces réactionnaires ont redressé la tête et repris le département.. En Aveyron à l’exception du Bas-Rouergue dans un premier temps où Guy de Boyson de 1945 à 1948 et Edmond Ginestet de 1948 à 1951 y furent députés communistes , dés les législatives de 1951 la droite a repris la totalité des circonscription.(et pas le moindre résistant)

L’esprit de la résistance s’est peu à peu érodé en France . Dés 1947 , la plupart des grandes formations politiques cessèrent d’y faire référence.

Deuxiième Législature de la quatrième république (1951-1955 :

Quatre élus de droite : Jean Solinhac (MRP) Robert Laurens (Centre républicain d’action paysanne et sociale et des démocrates indépendants) Roland Boscary-Monsservin (RI) Emmanuel Temple (RI)

« …..L’esprit de la résistance ,c’était le respect de certaines règles et principes , tant dans la vie sociale que politique.On a instauré à la place , une IVème République qui , de dérives en dérives , allait devenir une réplique de la IIIème dont nous ne voulions à aucun prix le retour. Mener un si dur combat pour rendre à la France une nouvelle jeunesse , un dynamisme ,un esprit d’enthousiasme et de sacrifice pour finalement hériter d’un Ramadier en 1947….Amère victoire ! »

Serge Ravanel , polytechnicien ; officier de liaison du Mouvement Libération-sud ; chef national des groupes francs ; Chef des Forces Françaises de l’Intérieur ( FFI ) de la région toulousaine ; Chef de bataillon ;

Et en Aveyron ….

Article de Pierre Loubière dans le Rouergue Républicain du 08/O2/1945. »Servir et non se servir »

« La résistance était belle….sous la résistance » me confiait un vieil ami…troublé par les faits et gestes de cette nuée de pseudo-résistants , fin 44 , début 45 qui nous a envahis. A tel point qu’à l’heure actuelle peu de leviers de commande sont encore aux mains d’authentiques résistants.Sous peine de compromettre à jamais les douloureux efforts de tant d’années de sacrifices , il n’est plus possible de tolérer l’ingérence de pareils individus dans les affaires dont ils ne saurait être que des profiteurs »

La plupart des notables aveyronnais ont baissé la tête (pour ne pas dire plus) pendant l’occupation et très vite après la libération se sont réappropriés les rênes de la cité et du département ,comme si la guerre 1939/1945 n’était qu’une parenthèse qu’il fallait vite oublier. L’éclipse partielle de ces notable locaux explique ce refoulement de mémoire et la rapidité avec laquelle ils ont reconstruit les traditions conservatrices du département et réinstallé la société rurale et bourgeoise d’avant guerre. Ce quasi complot du silence et ces temps qui flirte avec l’oubli impose la nécessité de rappeler l’histoire de la résistance en Aveyron , et surtout en Bas-Rouergue .

Annexes

Sigles :

AGE : Agroupacion de guerrilleros espanoles

AMGOT : Allied Military Government for Occupied Territories

AS : Armée secrète

BCRA : Bureau central de renseignement et d’action (militaire)

CDL : Comité départemental de libération

CI: Comité insurrectionnel

CFL : Corps francs de libération

CGQJ : Commissariat général aux questions juives

CLL : Comité local de libération

CNR : Conseil national de la résistance.

COMAC : Comité d’action militaire

Combat : Mouvement de résistance de zone Sud qui fusionnera avec Libération et Franc-Tireur pour donner lesMUR et plus tard le MNL

EM : état major

EM FFI :Etat major FFI

EM-FTPF : Etat major FTPF

FFI : Forces françaises de l’intérieur

FLAK : DCA allemande. 

Franc-Tireur : Mouvement de résistance de zone Sud

FTPF : Francs tireurs et Partisans Français

-CMR : comité militaire régional FTPF

-CE : commissaire aux effectifs FTPF

-CO :commissaire à l’organisation FTPF

-CT : commissaire techniques FTPF

-FTPF-D2 : Région Tarn-Aveyron

-FTPF-MOI : FTPF-main-d’oeuvre immigrée

FFI : Forces Françaises de l’Intérieur

FN : Front National

FUJP : Forces unies de la jeunesse patriotiques

Gestapo : Geheime Staatspolizei. La Gestapo est la police secrète de l’État nazi, IVe
service de la Sicherheitspolizei (Sipo). En France, le terme « Gestapo » est
généralisateur et comprend l’ensemble des services de renseignement et de police
allemands : la Sipo-SD, la Kriminalpolizei ou Kripo (police criminelle).

GMR : Groupes mobiles de réserve

LFC : Légion Française des combattants (Ses membres ont obligation de prêter serment à Pétain)

LVF : Légion du volontaire Français contre le bolchevisme .La LVF combattra sur le front Russe sous l’uniforme allemand

Libération : Mouvement de résistance de zone Sud(son principal dirigeant était d’Astier de la Vigerie)

Luftwaffe : armée de l’air allemande

GF : groupe franc

Milice : Organisation paramilitaire française qui jouera le rôle d’auxiliaire des nazis dans la chasse aux maquis et juifs .

MLN : Mouvement de libération Nationale

MOI : Maquis de main d’oeuvre immigrée

MUR : Mouvement uni de résistance.

OPA : office de placement allemand

ORA : Organisation de résistance de l’armée

OS : Organisation spéciale

PPF : Parti populaire français (parti fasciste)

R3 : Région de Montpellier (FFI)

R4 : Région de Toulouse (FFI)

SAP : Service d’atterrissage et de parachutage

SD : Sicherheitsdienst (service de sécurité nazis)

Sipo-SD : Sicherheitspolizei-Sicherheitsdienst. Le Sicherheitsdienst (SD) représente les services de renseignement de sûreté, d’espionnage et de contre-espionnage du parti nazi et des SS. La Sicherheitspolizei (Sipo) regroupe, quant à elle, les services de police de sûreté dont fait partie la Gestapo (IVe service).

SOE : Spécial Opérations Executive (Direction des opérations spéciales britanniques)

SOL : Service d’ordre légionnaires

STO : Service du travail obligatoire

SS : Schutz Staffel (troupes d’assaut)

UNE : Union national espagnole

VITTORI François-Antoine -commandant Marc

Né le 21 novembre 1910 à Poggio Mezzana (Haute-Corse), mort le 16 novembre 1996 à Aubin (Aveyron) ; comptable ; militant communiste dès 1927 ; combattant en Espagne dans les Brigades internationales de 1936 à 1938 ; résistant FTPF, chef du maquis d’Ols (Aveyron) ; engagé dans la campagne des Vosges à partir d’octobre 1944.

François-Antoine Vittori était le fils d’un instituteur de Porri, Ange-François Vittori, maire de la commune jusqu’en 1966, et de son épouse Angèle Valentini. Il était le sixième d’une fratrie de 10 enfants dont 5 frères : l’un d’eux était Antoine-François, avec lequel il a été parfois confondu malgré les 8 ans qui les séparaient et les surnoms qui les distinguèrent dans la Résistance : pour lui, « Commandant Marc » et pour son frère aîné, « Capitaine Rémy ». En famille, on le surnommait « Bébé » et on appelait couramment son frère « François ». Les autres étaient Aurèle, Damien et Paul. Tous étaient communistes. Pour sa part, François-Antoine adhéra en 1927 aux Jeunesses communistes.
Il reçut à Bastia une formation en comptabilité et alla travailler à Marseille chez un pâtissier. Il y resta un militant communiste. En 1936, il s’engagea, comme deux de ses frères, Antoine-François et Aurèle, dans les Brigades internationales. Il appartenait à la XIVe Brigade, la « Marseillaise ». Il suivit l’école des cadres pendant cette période. En Espagne, il rencontra une jeune fille, Marie, arrivée de Paris avec son père qui était d’origine espagnole et voulait combattre pour la République. Marie et François-Antoine eurent un enfant né en novembre 1938 à Barcelone et auquel on donna le prénom d’Aurèle, son oncle, tué le 17 octobre 1937 à Cuesta de la Reina.
Après la dissolution des Brigades internationales en septembre 1938, les deux frères revinrent en France. François-Antoine, en 1939, travaillait à l’Arsenal de Toulon (Var). Ses activités communistes devenues clandestines depuis la dissolution du parti en septembre 1939, lui valurent d’être arrêté le 15 février 1940, incarcéré successivement à Marseille, Nice et Toulon avant d’être transféré à la prison militaire de Villefranche-de-Rouergue (Aveyron). Il en sortit le 14 août 1943 deux jours avant la date prévue pour sa libération. A la faveur d’une simple permission, il put choisir de ne pas retourner dans cette prison : il craignait à juste titre d’être interpellé par la police dès sa libération, puis interné dans le camp de Saint-Sulpice-la-Pointe. Il entra alors en clandestinité avec l’aide de la Résistance locale. Il se cacha dans la petite commune aveyronnaise de Saint-Salvadou et multiplia les contacts avec des résistants locaux.
C’est en août 1943 que la région FTPF D2 décida de créer un maquis dans le Rouergue. Pour choisir son emplacement, Georges Delcamp, membre du triangle de direction des FTPF de Toulouse, se rendit en Aveyron et, avec François Vittori, choisit le lieu d’implantation : ce fut le village d’Ambeyrac. L’instituteur était François Marty, naguère en poste à Saint-Feliu-d’Amont dans les Pyrénées-Orientales. Il avait été muté d’office par Vichy. Il facilita les premières prises de contact. Puis il fallut consolider le réseau de résistants jusque-là isolés, prévoir hébergements et nourriture. Tout cela fut réalisé en janvier et février 1944. François-Antoine Vittori a raconté la genèse du maquis dans des mémoires écrites en 1945 et rassemblées dans un opuscule intitulé : « Le Maquis d’Ols » qui fut édité en 2004 par les soins de Louis Odru.
La région FTPF confia à ce maquis une première mission : libérer les patriotes internés dans la prison de Villefranche, là même où Vittori avait été interné. L’action fut préparée en présence du Colonel Delcamp (ex-Greno-Arval). Antoine-François Vittori la conduisit. Elle échoua parce que l’un des hommes provoqua accidentellement un court-circuit qui alerta les gardiens. Puis le maquis se développa, d’abord avec l’apport d’un autre groupe venu de Saint-Affrique (Aveyron) puis avec l’arrivée de réfractaires venus en train jusqu’à Capdenac (Aveyron) : il fallait les conduire jusqu’à Ambeyrac au prix de longues marches et en évitant les convois allemands. Le maquis ne disposait encore que de six vieux revolvers. Il se ravitaillait grâce au maire d’Ols (Aveyron), monsieur Solery, et à son épouse Paulette qui devient agent de liaison. Ols est un petit village situé à 6 km d’Ambeyrac. Une action commando sur un dépôt de matériel allemand à Villefranche assura les besoins essentiels du maquis d’Ols qui prit le nom de Dominique-Vincetti, un résistant corse abattu en août 1943 par les Chemises noires à Casta (Haute-Corse), et qui avait été lui aussi membre des Brigades internationales.
Les maquisards pourtant dépourvus d’armes et d’explosifs entreprirent des sabotages sur les voies ferrées, en particulier pour interrompre les livraisons aux Allemands du charbon de Decazeville. Ils récupéraient des fusils chez les paysans mais attendaient en vain des parachutages. Ils firent des échanges armes/benzol (benzol récupéré sur une usine de Decazeville) avec des groupes AS plus favorisés : Cependant après le passage du major Mac Pherson, chef de l’équipe Jedburgh « Quinine », ils reçurent enfin en juillet 1944 mitrailleuses, mitraillettes et munitions. Ils avaient une imprimerie clandestine qui publiait leur journal. Le Libérateur . De nombreuses jeunes recrues arrivaient au maquis depuis le débarquement du 6 juin. Le 14 juillet 1944, les maquisards appuyèrent une grève insurrectionnelle des mineurs du bassin de Carmaux (Tarn). Dans l’affrontement avec les Allemands, ils perdirent 5 hommes dont 2 tués et 3 blessés. Pour sa belle conduite, François Vittori fut nommé commandant du bataillon. Les 24 et 25 juillet, ils attaquèrent une colonne blindée allemande en route vers Albi. Il s’agissait de tendre une embuscade au nord de Gelle, au pont de la Madeleine, en jonction avec des maquisards du Lot. Le groupe d’Ambeyrac perdit 25 hommes. Quand le débarquement en Provence et la retraite allemande arrivèrent, le maquis Vincetti comptait plus de 650 combattants. Ils réussirent à libérer Carmaux (Tarn) puis Albi (Tarn) le 23 août, avec le maquis AS Stalingrad. Ils arrivèrent à Rodez (Aveyron) après le départ des Allemands. Le maquis d’Ols avait perdu à cette date 52 hommes.
Le commandant Marc voulait continuer la lutte contre les Allemands. Il s’impliqua dans la formation du 1er bataillon FTPF de l’Aveyron. Il en fut le Commissaire militaire, son ami Odru dit « Curie » le Commissaire aux effectifs et Fabre dit « Granier » le Commissaire technique. Les 6 et 7 septembre ils partirent en direction d’Autun. Ils rejoignirent la colonne du sud-ouest du colonel Schneider puis furent cantonnés près de Dijon (Côte d’Or) jusqu’au 14 octobre dans l’attente de l’incorporation à la 1e Armée. C’était la période du difficile « amalgame » entre les résistants de l’intérieur et les militaires venus d’Algérie. François Vittori et ses hommes firent la campagne des Vosges avec la 3e D.I.A. puis la 2e D.I.M. pendant le terrible hiver 1944-1945. 13 hommes furent tués. Ce bataillon FFI réussit à rester en un corps unique. Les succès de François Vittori dans la conquête des cols vosgiens lui valurent la croix de guerre avec la citation suivante : « Chef plein d’allant, donnant à son unité une remarquable impulsion. Le 4 décembre, en dépit de la médiocrité des moyens matériels dont il disposait et au cours d’une violente tempête de neige, a occupé le col du Bramont par une audacieuse poussée en avant, apportant ainsi une contribution très importante à la manœuvre du groupement ». En février 1945, Vittori commandait 464 hommes. Le « Bataillon Marc » fut incorporé le 20 février au 151e RI. Le 31 mars 1945, il franchit le Rhin, au prix de 5 jours de combats meurtriers pour créer la tête de pont de Germersheim non loin de Mannheim. . « Ce succès, acquis de haute lutte et après des péripéties angoissantes, a exigé une somme d’héroïsme difficile à exprimer. […] Les merveilleux petits gars, FFI de la veille, ont passé » : ce sont les mots du général de Lattre de Tassigny dans son récit du passage du Rhin par la 1e armée. Ces mineurs de Carmaux et de Decazeville, ces paysans du Rouergue, prirent donc pied au pays de Bade et allèrent ensuite jusqu’au Danube. Ils avaient encore perdu 33 d’entre eux.
François-Antoine Vittori fut démobilisé en décembre 1945. Il reprit son travail de pâtissier, d’abord à Marseille puis dès 1946 dans l’Aveyron, à Montbazens où il vécut dix ans avec son épouse. Ils eurent deux filles, l’une (Marie-José) en 1948, l’autre (Renée) en 1951. Il restait un militant communiste actif. Très attaché à la mémoire de la Résistance, il participa à l’érection du monument de Gelles dédié au souvenir des FTPF morts lors de ce combat. En 1956 il s’installa avec sa famille à Aubin, une commune proche de Decazeville, où il poursuivit une activité communiste militante. Il y créa une section de l’ANACR et organisa des rencontres entre les anciens résistants et les scolaires. Il s’y trouvait au cœur de la région minière où il avait recruté ses camarades pendant l’occupation et qui fut, entre décembre 1961 et février 1962, l’épicentre de grèves parties des mines de Decazeville et aboutissant à une véritable grève générale dans l’Aveyron. François-Antoine Vittori demeura à Aubin jusqu’à sa mort.
« François Vittori, le Commandant Marc, a été fait Chevalier de la Légion d’honneur (citation à l’ordre de l’armée), croix de guerre, avec étoile vermeil (citation à l’ordre de l’armée), Croix de guerre, avec étoile de bronze (citation à l’ordre de la brigade), médaille de la Résistance ». (Marie-José Augey)

Interview d’un Résistant de Capdenac (Aveyron)

À 90 ans, Henri GASC dit Ripette a l’esprit clair et le verbe rapide.

Lui qui parle si peu de la Résistance à ses proches, le voilà heureux d’évoquer, sans forfanterie, devant un camarade, cette période dangereuse mais exaltante.

Quand il est contacté pour la première fois, en 1942, c’est pour une participation financière: deux francs, que lui demande son ami WEBER. Ce ne sera qu’une entrée en matière.
Chauffeur d’une locomotive à vapeur, il sera intégré dans le corps prestigieux des « mécaniciens », donc responsable d’une locomotive, RIP (il ne retrouvera le surnom de son enfance « Ripette » que beaucoup plus tard), est une recrue précieuse pour la Résistance, dans l’importante gare de triage de chemin de fer de Capdenac, carrefour de cinq directions, qui compte 120 « machines » (locomotives) dans son dépôt.
Parmi les 1500 cheminots, dont 240 mécaniciens, il y a 15 Résistants sous les ordres directs de René CANTALOUBE et GARCIA, du réseau « Résistance-Fer ». Leur chef de secteur est le Commandant MARC, commandant FTP du maquis d’Ols. Ancien des Brigades Internationales, le commandant MARC est un dur. Inflexible, redouté par ses hommes, mais terriblement efficace. C’est lui qui dirige les opérations de parachutage d’armes du causse d’Ols, qui sont ensuite réparties entre FTP et AS. Ce partage donne parfois lieu à des contestations. C’est ainsi que RIP, ayant caché dans sa cave une dizaine de mitraillettes avec leurs munitions, ainsi que des explosifs, doit un jour constater leur disparition…

Leurs rôles s’exercent dans trois directions :
le renseignement,
le transport (essentiellement des armes),
le sabotage.

Les « renseignements » essentiellement sur les transports allemands, sont transmis verbalement au commandant MARC, qui les achemine en morse vers sa hiérarchie à Toulouse. Les « transports » sont essentiellement assurés sous les tas de charbon des tenders: près de cinq tonnes de charbon sont nécessaires pour aller de Capdenac à Toulouse. La cachette ne sera jamais découverte. Il s’agit surtout du transport des armes et du matériel parachuté par les alliés. Mais à la suite de la rébellion des Croates de l’armée allemande à Villefranche, RIP recueille un jour à la gare deux des déserteurs pour les déposer à 15 km de là, dans les gorges de Najac.Le « sabotage » peut revêtir des formes très variées. Deux véritables faits d’armes émergent:
lorsque en juin-juillet 44 l’ordre arrive de bloquer au maximum toute circulation ferroviaire afin de retarder la concentration des Allemands sur le front de Normandie, RIP met à profit sa connaissance du fonctionnement de la gare: il prend part, sous la direction de René CANTALOUBE sur ordre de MARC, au plasticage du pont transbordeur qui dessert la rotonde, bloquant ainsi pendant plus d’un mois toutes les machines au dépôt. Il procédera lui même plus tard au plasticage de deux autres machines,
peu de temps après, chauffeur de locomotive chargé de conduire avec Gaston CALMETTE, mécanicien, un train de marchandises de Capdenac à Toulouse. Ils l’immobilisent dans le tunnel de Villeneuve, laissent à l’arrêt la moitié arrière du train, puis ayant parcouru trois kilomètres avec la partie avant, la lancent en marche arrière et sautent aussitôt de leur machine en pleine accélération. Le choc violent dans le tunnel produit un enchevêtrement des wagons chargés de minerai de zinc, et il faudra là encore plus d’un mois pour rétablir le trafic.
Mais les actes de sabotage ne s’arrêtent pas là. Toujours respectueux du matériel quand c’est possible, RIP s’enhardit jusqu’à contester l’ordre du commandant MARC de saboter les machinespar explosion. C’est ainsi qu’il réussit à convaincre MARC que plutôt que de détruire du matériel, susceptible d’être utilisé plus tard par la Résistance, il est bien préférable de démonter tout simplement la tuyère de l’injecteur. Les tuyères seront soigneusement empaquetées puis enterrées par CAUSSE, et récupérées à la Libération.
RIP raconte également, avec une retenue de bon aloi, comment début 1943, avec ses camarades REILLEMER, WEBER, CANTALOUBE, BOUYSSET et GARCIA, ils sont amenés à partager un repas avec… Jean MOULIN, venu pour donner à MARC des instructions précises (ils n’apprendront que plus tard l’identité de leur convive).RIP évoque ses regrets d’avoir parfois échoué, mais également les succès de ses camarades. Il cite son ami TOUZOU qui a fait franchir la ligne de démarcation (entre la zone occupée par les Allemands et la zone « libre », par le tunnel de Vierzon) de nombre de Résistants, et il se rappelle de son propre échec pour faire évader son ami CAPRARO arrêté au cours d’une rafle à Figeac, de la déportation (heureusement, celui-ci échappera à la mort).Entre autres aventures, il se rappelle comment, en déplacement dans le nord de la France, avec deux camarades cheminots, ils avaient réussi à subtiliser à Termer, près de Chaumont, son « Lüger » à un gradé allemand qu’ils ont enivré. Preuve à l’appui!Parallèlement, RIP, après avoir stigmatisé la rudesse du chef de gare allemand SS de Capdenac (exécuté à la Libération), signale en contrepoint l’attitude compréhensive du chef de dépôt, un Autrichien, déjà prisonnier de guerre en 14-18 à Auzits ( près de Capdenac). De nouveau prisonnier en 1944, RIP le rencontre par hasard dans un convoi, et il est heureux de pouvoir le faire libérer.Au delà des strictes actions de Résistance, RIP tient à rendre un hommage particulier à Madame BERGON responsable du couvent de Massip à Capdenac. Madame BERGON a pu cacher et héberger cinquante enfants juifs qui ont ainsi échappé à la mort. Elle a été décorée de la « Médaille des Justes ».

L’évocation paisible de ces faits authentiques serait incomplète si n’était pas signalé le refus catégorique d’Henri GASC, dit « capitaine RIP », de recevoir la Médaille de la Résistance qui lui était proposée.


Propos recueillis par Pierre FIGUET
le 18 juillet 2010 et le 1er mars 2011

Malraux resistant ?

En mai 44, Malraux accompagné de deux officiers britanniques, Cyril Whatney et Richard Pinder, se présente au colonel Georges chef des FTP du LOT soi -disant mandaté pour regrouper les maquis Vény, ceux de l’ORA et FTP en un seul état-major au nom de l’efficacité sans préciser au nom de qui il parlait : de De Gaulle, des Américains, des Anglais ?

Malraux présentait les avantages de cet état-major: outre l’efficacité, le financement, les appuis anglais, l’armement, tous les problèmes matériels …..

L’affaire pouvait être tentante mais « Georges fit remarquer à Malraux que les FTPF n’avaient pas de problème de financement, leur doctrine en la matière étant de faire payer l’état de Vichy, quant’à l’armement le major MacPherson parachuté et le commando US présent les pourvoyaient suffisamment en armes.

Restait le problème de l’efficacité. La réponse ne pouvant être donné à son échelon, le colonel Georges lui conseilla de s’adresser à l’échelon supérieur. Pour le convaincre Malraux lui indiqua qu’une compagnie du Lot le suivait déjà. (Il était parvenu à convaincre une compagnie confiée à un sous officier d’active du nom d’Hubert alors sous la responsabilité du colonel Georges qui le convoqua pour mettre les choses au point .Hubert ne vint pas au rendez vous et préféra s’exiler dans l’Aveyron. On retrouvera ce groupe lors de la catastrophique opération du 23 juin 1944 à Capdenac au lieu-dit-dit Lavayssière. Après avoir saboté les aiguillages Ils furent surpris par un détachement allemand à la sortie du tunnel de Capdenac. Vingt-et-un maquisards furent tués à Lavayssière et onze furent faits prisonniers et fusillés ) Plus de la moitié de son effectif avec armes et bagages réintégra les FTP du Lot quelques jours plus tard.

Après enquête, Malraux bombardé par lui même colonel Berger, n’a eu aucune activité résistante et aucune autorité pour un commandement .

On aurait pu penser qu’il ait pu appartenir à un organisme du War office et plus particulièrement au S.O.E (Spécial Opération Exécutive -Services secrets britanniques chargé de l’action en Europe) mais le colonel Buckmaster, chef de cet organisme pour la France a démenti après la guerre que l’aîné des Malraux ait jamais appartenu à cet organisme .

Les chefs des maquis de Corrèze n’ont guère plus de souvenirs. Dans l’ouvrage « les maquis de Corrèze » on peut lire à la page 535, ce témoignage de Roger Lescure , chef des FTPF puis des FFI en Corrèze : »Au cours d’une tournée en Dordogne et dans le Lot en ce mois de juillet 1944, j’apprends l’existence d’un personnage se faisant appeler colonel Berger, et se disant « chef régional FFI » pour les trois départements : Lot, Dordogne, Corrèze. Intrigué, j’en parle au colonel Rivier, chef régional FFI de la Région R5 lors d’un de ses passage en Corrèze. Lui non plus n’a pas connaissance des attributions de ce « colonel » et me confirme qu’il est jusqu’à preuve du contraire, le seul chef FFI de la région5″….. « Vers la mi juillet a lieu dans un champ du côté de Neuvic-d’Ussel, une réunion des chefs des formation FFI de la région 5, en présence du délégué militaire national « Polygone » (Bourgés Maunoury ). J’en profite pour poser à ce dernier cette question : « Qui est ce colonel Berger, d’où vient-il, qu’elles sont ses fonctions ? réponse de polygone : »Le colonel Berger n’a aucune fonction, aucun commandement dans les FFI » et il ajoute : »Vous FFI, (AS et FTPF) n’avez d’ordre à recevoir que de vos chefs respectifs, c’est à dire du colonel Rivier pour la R5″

Dans le même ouvrage, André Odru, commissaire aux effectifs FTP Corrèze déclare : »On nous annonce un jour qu’André Malraux dit « Colonel Berger »propose que les unités FTP de Corrèze se mettent sous ses ordres. Nous ne répondons même pas à cette offre grotesque « Par contre , l’agitation de ce nouveau venu, général sans armée, qui cherche en dehors de nous, à prendre contact avec nos unités, la confusion qu’il entretient au sud du département, tout cela risque d’affaiblir notre dispositif de sécurité antiallemand ». Le comité militaire, en présence de Roger Lescure, prend la décision d’éloigner Malraux de Corrèze. »

Devant l’échec, Malraux passera dans le Lot où il rencontrera le même succès (Entrevue avec le colonel Georges)

Eloigné de Corrèze, de Dordogne, du Lot par les FTPF, quelque temps plus tard, revenant d’Albi (après avoir fait la même tentative? il sera arrêté par les allemands à l’entrée de Gramat, le chauffeur sera tué, un garde du corps blessé et lui même légèrement blessé. Pourquoi ne fut-il pas fusillé? Tout maquisard pris par l’ennemi, les résistants peuvent en témoigner, étaient au mieux fusillés et plus généralement massacrés, a plus forte raison pendant cette période où les Allemands étaient acculés et harcelés par les « terrorist »

Incarcéré à la prison Saint-Michel à Toulouse, libéré par les FTP avec tous les autres prisonniers le 20 ou le 21 août, Malraux regagne la Corrèze où il prendra bientôt la tête de la brigade Alsace-Lorraine. .

Quand on interrogeait Malraux sur la légende complaisamment entretenue de ses faits d’armes en résistance : 

comment avait vous bâti votre légende ?

– je n’ai jamais rien démenti, lâchait-il avec un sourire.

Peut-être avec Jean Lacouture * faut-il reconnaitre qu’il a quand même parfois payé pour mériter sa gloire : « Tous les cinémas, tous les tours d’illusionnistes et tous les coups de bluff ne peuvent faire qu’il n’ait été , quelques fois dans sa vie celui par qui les mots prennent leur poids et leur sens, parce que le discoureur s’offre aux coups »

Jean Lacouture « André Maraux une vie dans le siècle » Edition du Seuil

Mais était-il utile d’ajouter à sa gloire une résistance qu’il n’avait quasiment pas faite ?

3 réponses à « 1939/45 Résistance en Bas-Rouergue »

  1. SUPERBE TRAVAIL
    Mon père y était officier sous les ordres du commandanr Charles sous le nom de maquis « simon vedel « 

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  2. Quid de l’Aubrac et de Lassouts?

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